Les Plumes d'Audrey

Plumes littéraires et ratures

Autour de…#3 – Maurice G. Dantec

NDLR: Pour le troisième opus de sa chronique de rétrospectives d’auteurs, Silphi nous parle de Maurice G. Dantec. Merci à lui!

Il y a certains auteurs qui font partie de mon paysage mental.
Quelque soit ce qu’ils écrivent, j’y reviens toujours avec l’impression de retrouver un vieil ami.
Dantec est de ceux-là.

Il faut tout d’abord que j’avertisse un peu sur deux choses.

Premièrement, et ce depuis quelques années, Dantec est dans une phase mystico-christico-technico-salvatrice. Moralité, ses derniers romans ne sont pas super accessibles (depuis « Villa Vortex » pour être précis).
Et quand je dis pas super accessibles, c’est que c’est vraiment pénible parfois.
Hormis « Artefact » peut-être et encore, je ne suis pas certain.

Ensuite, il faut savoir que Dantec  est un personnage très controversé, notamment pour ses prises de positions pro-américaines, ses critiques de la radicalisation de l’Islam ou encore son catholicisme de droite réactionnaire. J’ai, vis à vis de lui et de ses propos, une attitude assez ambigüe.
D’une part je ne supporte pas ses idées telles que défendues dans ses essais comme le « Théâtre des opérations », d’autre part, je trouve que ce qu’il écrit dans ses romans est tellement beau d’un point de vue narratif et symbolique que j’occulte le fait que ce soit un mec que j’apprécie peu pour ses idées.

Mon histoire avec Dantec à commencé avec « Babylon Babies ».

Un roman qui s’est classé directement dans mon top ten SF et qui n’en est pas sorti. Un roman qui a vraiment su me toucher avec notamment ce passage mythique d’introduction nommé « Celui qui cherche et qui détruit » et qui pose un personnage magistral de l’oeuvre de Dantec : Toorop, un mercenaire qui cite « L’art de la guerre » de Sun Tzu (je vous ai mis la version pdf à imprimer gratuitement-c’est un truc à lire absolument et à mettre en perspective avec la société dans laquelle on vit), Clausewitch ou encore Musashi.
C’est un peu le mercenaire ultime produit par une société qui a fait de la mort un art, comme une poussée darwinienne invertie.

En quelques mots, « Babylon Babies », c’est la porte d’entrée que j’ai prise pour aborder l’univers de Dantec et je n’ai jamais réussi à trouver la sortie.

Je fais une parenthèse pour dire que l’adaptation ciné par Kassowitz est juste un scandale et qu’elle n’aurait jamais du être reliée à ce roman (ni commise en fait).

Après « Babylon Babies », qui était en fait la fin d’un pseudo cycle de trois romans, j’ai attaqué avec le premier roman de Dantec, « La sirène rouge » où l’on retrouve Toorop plus jeune confronté à un réseau de trafic divers et de snuff movies.
On est ici dans le thriller nerveux contemporain. Pas de poussée mystique, pas de SF. Rien que de l’action. Le roman a été adapté par Megaton à l’écran avec un succès mitigé.

Puis est venu « Les racines du mal ».
Un thriller, légèrement anticipatif qui a su me captiver d’un bout à l’autre.
Il y a  tout ce qu’il faut là dedans : un tueur en série, un scientifique brillant, une neuromatrice schyzophrène qui permet de simuler la personnalité du tueur en série, des scènes d’actions magistrales et un dénouement christique parfait. Tout ça porté par un style très efficace et une exploration de la schizophrénie magnifique posant les bases de ce que sera le chef d’œuvre « Babylon Babies » (oui je me répète, je sais).

C’est là qu’il faut faire un petit break.

Parce que c’est là qu’est venu « Villa Vortex ». Et c’est avec ce roman que Dantec est tombé du roman efficace au roman teinté de gnosticisme et fortement inspiré parla philosophie scolastique de  St Thomas d’Acquin.
Et je dois avouer qu’autant il y a des moments où ça fonctionne et où on est vraiment stimulé intellectuellement, autant parfois, on a juste  envie de pleurer du sang. MAIS ce roman, qui relève parfois du parcours du combattant est intéressant en ce sens qu’il marque à mon sens un tournant dans l’œuvre de Dantec. Et en même temps un espèce de nadir.
Car jusqu’à présent, c’est sur ce pivot inversé que l’auteur se reconstruit et revient petit à petit à des choses tout aussi mystiques mais contenu dans le feu d’une action mieux maîtrisée.

Je ne vais pas parler plus en détail des romans suivants, « Cosmos Inc » et « Grande Jonction » (qui forment un seul récit) ni de « Metacortex » (que je suis en train de lire et qui est une espèce de suite de « Villa Vortex » dans la gnose mais pas dans le récit).
Pas parce que je ne les ai pas aimé, et c’est plutôt le contraire mais parce que je crois qu’ils sont à lire après avoir suivi le même cheminement que l’auteur, pour en savourer pleinement l’essence. parce qu’il faut avoir fait ce suivi pour y voir autre chose que des romans puants de mysticisme et y reconnaître une certaine forme d’intelligence, bien que parfois par trop mal exprimée.

Car s’il est une chose à noter, c’est que Dantec n’est jamais aussi bon que dans la réelle narration, dans le feu de l’action, dans ce rythme qu’il parvient à insuffler à ses scènes d’actions ou d’enquête.
C’est lorsqu’il se laisse consumer par le verbe et son mysticisme que le style a parfois recours à des facilités qui nuisent à l’ensemble.

En conclusion, je dirai que si vous ne connaissez pas Dantec, il faut lire ses trois premiers romans.
Si jamais, vous accrochez sur la portée plus mystique de « Babylon babies » alors, il faudra passer soit sur « Villa Vortex » (et honnêtement, bon courage) ou alors sauter directement sur « Cosmos Inc » et « Grande Jonction » (ça se fait plus facilement).
Si cette partie mystique vous ennuie, alors vous pouvez vous concentrer sur les nouvelles de Dantec qui sont généralement de petits bijoux cyberpunks et que vous pouvez trouver dans le recueil « Dieu porte-t-il des lunettes noires ? »

Je sais bien que j’ai été un peu long, et encore j’aurai encore bien des choses à dire mais je vais m’arrêter là avant d’en faire trop et vous laisser avec quelques mots de Dantec publiés dans une interview :
« Je suis trop pop pour les petits profs, je suis trop ésotérique pour les avaleurs d’intrigues au kilomètre, je suis trop « mystique » pour les sciento-matérialistes, je ne le suis pas assez pour les tenants de l’un ou l’autre des supermarchés spirituels du moment, je suis trop réac pour les progressistes-universalistes, je suis trop futuriste pour les « conservateurs-nationalistes », je suis trop chrétien pour les athées, je suis trop catholique pour les chrétiens, je suis peut-être trop européen pour les Américains, et trop américain pour les Européens, après tout, je suis peut-être un simple fantôme. »

Ca résume bien le personnage.

Pour en savoir plus:

La bande annonce de « Metacortex » :

Métacortex, de Maurice G. Dantec (trailer)
envoyé par kaosystem. – Futurs lauréats du Sundance.

Un morceau écrit par Dantec avec No One Is Innocent et le site de l’auteur (d’où vient la photo de l’article)


La SF selon Clément #5: Dune – Frank Herbert

NDLR: Et voici le 5ème opus de la chronique SF de Clément. Merci à lui!

On a reproché à cette chronique de parfois trop regarder vers l’arrière et de faire la part belle à la Science-Fiction de Papa, voire de Grand-Papa.
Il n’est pas inutile de rappeler pourtant que c’est dans cet âge d’or américain des années 60 et 70 que l’on trouve la plupart des perles de genre et en tous cas, l’inspiration de toutes les ramifications du genre depuis lors.

Ce qu’on ne dit pas non plus, c’est à quel point certains auteurs ont su, il y a un demi siècle, raconter ce que serait notre futur, avec une acuité qui, a posteriori, ne peut que nous interroger.

C’est le cas de Frank Herbert qui avec son mythique Dune et sa guerre entre Atréides et Harkonnen pour l’Epice, a su, bien avant les premières et secondes guerres du Golfe et avant même les chocs pétroliers, expliquer par l’allégorie ce qu’allaient être les enjeux de pouvoir autour du Pétrole.
Mais avant de s’attaquer à la légende de la planète Arrakis, revenons un peu en arrière.

Revenons en 1959.
Après avoir servi dans la Navy pendant la Seconde Guerre Mondiale, Franck Herbert, devenue psychanalyste, écrit encore dans plusieurs petits journaux américains, notamment dans l’Oregon.
A ses heures perdues, le jeune Frank écrit quelques récits de Science-Fiction, œuvres mineures telles que « Looking For Something » publié en 1947.  Et c’est du hasard que va naître l’idée de Dune. D’un papier plus exactement. Un papier qu’il doit écrire, comme pigiste, sur les dunes de sable de la ville de Florence en Oregon. Alors que rien ne le prédestinait à cela, le sujet le passionne et il accumule la documentation sur le sujet. Bien plus qu’il ne lui en faut pour son article. Celui-ci est publié et la documentation reste dans un coin, sans tomber totalement dans l’oubli.

Il faudra quelques années plus tard que sa femme Beverly reprenne un emploi comme publicitaire à plein temps pour que Frank Herbert puisse vivre de son écriture. Après des années de recherches, il entame donc la rédaction de Dune, qui restera comme son chef-d’œuvre.

Paradoxalement, alors que l’histoire de la Guerre de l’Epice entre Atréides et Harkonnen va remporter un succès auprès des critiques et va être couronné à sa sortie par un doublé Prix Hugo – Prix Nebula, Frank Herbert ne va pas trouver son public immédiatement et il faudra attendre quelques années encore pour pouvoir vivre à plein temps de sa passion de l’écriture.
Entre temps, il travaillera, entre autre, au Vietnam et au Pakistan sur les questions écologiques.

C’est en regardant aujourd’hui, au delà du mythe, ce que sont les réflexions de Frank Herbert dans Dune que l’on comprend à quel point, parfois, la Science-Fiction peut être une anticipation.

Anticipation des enjeux écologiques d’abord.
Avec l’Eau, si rare sur Arrakis qu’elle est devenue une précieuse monnaie d’échange. A tel point que les Fremens, ces hommes des sables mystérieux ont sur inventer d’ingénieux stratagèmes pour l’économiser, à l’exemple de leurs distilles, combinaisons qui recueillent et filtrent l’eau corporelle.

Anticipation économique également avec en toile de fond de tout le cycle de Dune une réflexion sur la rareté.
De l’Eau, de l’Epice et des tensions que cette rareté engendre. Remplacez le nom de la famille Harkonnen par celui de la famille Bush, remplacez l’Epice par le Pétrole, remplacez Arrakis par l’Irak et les Fremens par les populations civiles irakiennes et le parallèle, imposant, vous donnera le vertige…

Anticipation politique aussi, évidemment, avec dans l’univers de Dune ce Djihad Butlerien où l’homme s’est libéré de la machine et les multiples trahisons dans le tourbillon desquelles on retrouve tous les enjeux de pouvoirs d’une brûlante actualité.
Pourtant, dans Dune, le salut vient de l’alliance entre les peuples. Alliance réalisée par Paul, fils de la maison Atréïde, devenu au contact des Fremens et après absorption de l’Eau de Vie des femmes du Bene Gesserit, Paul Muad’dib, prescient et messie du peuple natif d’Arrakis.

C’est cette leçon que donne l’œuvre de Frank Herbert, soulignée par cette Première Loi du Mentat, édictée après le Djihad Butlerien : « On ne peut comprendre un processus en l’interrompant. La compréhension doit rejoindre le cheminement du processus et cheminer avec lui. ». Et à voir le fossé creusé entre le monde occidental et le monde arabe aujourd’hui on ne peut être que saisi par cette leçon.

Dune a connu, sous la plume de Frank Herbert plusieurs suites.
Initialement destinée à être une trilogie complétée par « Le Messie de Dune », suite directe du premier roman et « Les enfants de Dune » aux accents plus écologistes où les Fremens doivent faire face à la pénurie de l’Epice.
La saga s’est enrichie avec plus ou moins de bonheur au fil des années. « Les Hérétiques de Dunes » et « La Maison des mères » racontent dans un futur lointain la guerre matriarcale entre le Bene Gesserit et les Honorées Matriarches.
Si le décor envoutant reste le même, l’intrigue, sans rapport direct avec les précédents tomes à tendance à s’essouffler.

Dune a également été repris au cinéma dans un film de David Lynch, réalisé avec la collaboration active de Frank Herbert.

Bien que respectant à la lettre l’esprit du roman, cette adaptation, mal vieillie, n’a pas su rendre à l’écran toute la complexité du monde créé par Frank Herbert.
Ceci dit, le film reste un classique du genre, à voir et à revoir, surtout pour ceux qui ont tant aimé l’œuvre écrite.


Autour de… #2 – James Ellroy

NDLR: 2ème opus des rétrospectives d’auteurs par Silphi. Merci à lui!

Pour la chronique de ce mois-ci, je vais revenir sur un auteur dont on a parlé dernièrement suite à la publication en français de son dernier roman, « Underworld USA ». Il s’agit aussi pour moi d’un auteur majeur de romans (très) noirs, James Ellroy.

Il en est de certains auteurs comme de petites madeleines de Proust littéraires.
J’ai découvert Ellroy par le biais d’un ami et je crois qu’à chaque fois que j’entamerai un livre de JE, je repenserai à cet ami. Je devais avoir à peu près 20 ans quand, à force de recommandations, j’ouvre enfin la première page du « Dahlia Noir ».

Pour moi, les années 50-60 aux US, c’était un peu Happy Days, où le personnage le plus sombre était Fonzie.
En entamant le premier volume du Quatuor de Los Angeles, j’ai bien revu mes tablettes. On plonge dans un univers fait de différentes teintes de gris où chaque personnage possède une part d’ombre plus ou moins importante et où l’ensemble de la société parait corrompue. Et peut-être encore plus au sein de la police. S’abîmer dans cette œuvre c’est aller au fond pour s’apercevoir qu’il n’y a pas vraiment d’espoir de remonter sans accrocs.

Commencer ce voyage là, c’est donc rencontrer une galerie de personnages tous plus ou moins teintés par la corruption, c’est les suivre sur une dizaine d’année tout au long des quatre romans composant ce cycle : « Le Dahlia Noir », « Le Grand Nulle Part », « L.A. Confidential » et « White Jahzz ». C’est assister à l’ascension de certain et la chute d’autre. C’est contempler Los Angeles dans sa grandeur, ses ors et sa décadence sous fond de chasse aux communistes. C’est se faire emporter par un style terriblement efficace de brutalité où l’on retrouve tout l’argot de la pègre et de la police pour une immersion totale.

Je ne saurai résumer le Quatuor de Los Angeles, il s’agit d’une œuvre complexe et habile qui pose les bases de ce que sont les États Unis selon Ellroy.

Et ce Quatuor initie avec brio une série de trois romans couvrant les années courant de 1958 à 1972 avec « American Tabloid », « American Death Trip » et « Underworld USA » qui vient de paraitre.
Là, c’est toute l’histoire des Etats-Unis qui est réinventée par Ellroy, car il ne faut pas oublier une chose : si Ellroy s’inspire d’évènements et de personnages réels et rendu avec une incroyable minutie, ce ne sont que des romans et l’ensemble de l’histoire, pour documentée qu’elle soit, n’est que ça : une histoire. Et cette histoire là, au travers de ces trois romans confirme Ellroy comme un grand auteur de romans noirs.
Au travers de ces évènements bien connus comme l’ascension et l’assassinat de JFK, le fiasco de la Baie des Cochons, l’étrangeté de Howard Hughes, l’assassinat de Martin Luther King, le règne du KKK dans les états du sud ou encore la toute puissante main mise d’Hoover sur le FBI et les affaires d’état, on retrouve tout ce qui fait les grands complots.

On s’abîme avec joie dans ce rêve américain dépourvu de morale ou d’espoir où, quelque soit le prix à payer, les personnages principaux sont pris au piège et avancent tant bien que mal. Cette trilogie est servie par un style encore plus dépouillé que le Quatuor. Un style quasi télégraphique qui ne laisse que peu de place à l’interprétation.

Comme vous l’aurez compris à la lecture de ces quelques lignes Ellroy réécrit l’histoire des Etats Unis à sa sauce et embarque le lecteur dans sa vision sombre et paranoïaque. L’homme apparait antipathique et mégalomane mais il faut bien avouer une chose : il est très bon à ce qu’il fait. Et son passé ressurgit au travers de ses écrits, que ce soit l’assassinat de sa mère ou son passé de malfrat et de cambrioleur, il a plongé dans sa propre noirceur et c’est un peu de cette expérience qu’il partage avec les lecteurs. Ceci est d’autant plus probant à la lecture du roman autobiographique « Ma part d’ombre » qui permet de le découvrir et de mettre en perspective le reste de son œuvre.

Je ne saurai donc que trop vous conseiller la lecture de ces romans. A peu près dans cet ordre. Après, je dois avouer que c’est un voyage qui va vous prendre du temps. On parle à chaque fois de romans s’étalant sur environ 700 pages bien denses mais c’est un voyage qui vaut vraiment le coup.

Je reviendrai plus en détail sur « Underworld USA » dans un prochain article pour vous en présenter la critique.

Pour en savoir plus:

- La page Wikipedia en français
- Un site non officiel très bien fait (en anglais)


La SF selon Clément #4: Le cycle des Princes d’Ambre – Roger Zelazny

NDLR: 4ème opus de la chronique SF de Clément. Merci à lui!

Pas de gagnant ce mois-ci, même si je soupçonne certains de s’être retenus car les réponses leurs semblaient trop faciles.
Néanmoins, pour ceux qui n’avaient pas trouvé, voici les 10 noms propres qui se cachaient dans les titres de romans de SF :

  • Jack Baron et l’éternité, Norman Spinrad
  • Les erreurs de Joenes, Robert Sheckley
  • Colomb de la lune, René Barjavel
  • Un cantique pour Leibowitz, Arthur Miller
  • L’étrange affaire Charles Dexter Ward, HP Lovecraft
  • Le voyage de Tchekov, Ian Watson
  • Docteur Adder, K. W. Jetter
  • Un martien nommé Jésus, PJ Farmer
  • Les enfants d’Icare, A. C. Clarke
  • Le livre de Ptah, A. E. Van Voght

Bravo à ceux, même discrets qui avaient trouvé !

Après les traditionnelles réjouissances de début de chronique mensuelle, il faut reconnaître à l’auteur de ces quelques lignes une certaine appréhension à l’idée d’évoquer un monument de la Science Fiction.
Beaucoup de romans méritent le titre de morceaux de bravoure réjouissants, peu celui de chef d’œuvre. Les véritables monuments, piliers solides sur lesquels repose un pan entier de la SF peuvent sans doute se compter sur les doigts des deux mains. « Le Cycle des Princes d’Ambre » est de ceux là.

On considèrera ici, mais certains en seront peut être offensés, que Roger Zelazny a écrit son cycle des princes d’Ambre dans le cadre de l’heroïc fantasy, genre faisant appel à des héros, souvent musclés, engagés dans une quête, dans un monde merveilleux où la magie règne et les dieux, pas toujours bienveillants, sont omniprésents.
Bien loin des sciences dures portées par les romans d’Arthur C. Clarke (dont nous parlions le mois dernier) et autres auteurs de la branche hard science de la SF, la fantasy est le royaume des sciences molles : linguistique, géographie, cosmogonie, sciences ésotériques…

Read the rest of this entry »


Autour de …#1- Arturo Perez Reverte

NDLR: Voici le premier opus de la chronique de Silphi qui viendra donc tous les mois nous parler d’un auteur et de son œuvre globale. Merci à lui!

Tout d’abord, je tenais à remercier Audrey pour cet espace réservé.

Je viendrai donc une fois par mois pour vous présenter un auteur et ce que je connais de son œuvre.
En effet, je trouve dommage de ne cantonner la découverte d’auteurs qu’au travers de leur actualité et j’avais envie de revenir un peu sur ces écrivains que j’apprécie particulièrement.
Bien entendu, tout cela est extrêmement subjectif et n’engage que moi !

J’ai, bien entendu, une foultitude d’auteurs que j’aime mais je me suis posé pas mal de questions quant au choix du premier que je voulais traiter.
Pour la simple et bonne raison que je me mets à relire tout Arturo Perez Reverte (APR) en espagnol, ce sera donc lui.

Arturo Perez Reverte, c’est un de ces écrivains qui excelle aussi bien dans la fresque historique épique que dans le roman intimiste, autant dans le policier que le romanesque.

APR est un auteur que j’ai découvert il y a une dizaine d’année après avoir vue « la Neuvième Porte » de Polanski. C’était tiré d’un roman que j’avais envie de découvrir.
C’est là que j’ai lu « Club Dumas ». Et c’est là que j’ai pris ma première claque.

« Club Dumas » offre un plaisir dépassant largement le film avec Johnny Depp.
On y retrouve un personnage antipathique et charismatique, Corso, en prise avec une succession d’évènements étranges autour d’un chapitre des Trois Mousquetaires de Dumas ainsi que de trois livres dont les planches seraient marquées par un certain satanisme.
Corso est une sorte de détective privé pour incunables qui trimballe son flegme et sa notion très particulière de moralité de part le monde dans son enquête. J’ai alors été pris par l’érudition de l’auteur mais aussi son style si particulier mélangeant rigueur et flamboyance.

Puis, j’ai lu « le Tableau du Maître Flamand« , une autre enquête où Julia, une restauratrice de tableaux, est mêlée à une enquête dans le monde merveilleux des échecs et où l’on apprend que « les échecs se rapprochent plus de l’art de l’assassinat que de l’art de la guerre ». Un livre qui marque tant par la culture de son auteur que par cette magie qui réussit à rendre le monde des échecs passionnants.

Enfin, la découverte de « l’épopée du Capitaine Alatriste » (même s’il n’est pas vraiment Capitaine, mais qui s’en préoccupe ?) à fini d’emporter mon adhésion.
Le récit épique des aventure du dernier hidalgo de l’Espagne du 17° siècle et de son page comporte 6 romans et donne un aperçu parfaitement restitué de cette Espagne entre grandeur et décadence et du rôle d’un homme que la politique dépasse et qui continue à vivre en fonction d’un sens de l’honneur suranné au milieu d’un monde qui évolue trop vite.

Ces découvertes successives ont assis définitivement, pour moi, la stature d’APR comme un grand écrivain contemporain.
Il réussit par son style si particulier à faire passer ses amours de manière particulièrement frappante. Je vais revenir un peu sur l’homme qu’il est en évitant de faire du Wikipedia.

Il est important de noter deux choses : une passion pour la mer née dans sa plus tendre enfance et qu’on retrouve dans « la Reine du Sud » ou « le Cimetière des Bateaux sans nom » et le fait qu’il a été journaliste de guerre pendant près de 20 ans. Il ne s’est mis à l’écriture que vers 35 ans pour aussitôt connaître le succès.

Ce passage de reporter de guerre trouve toute sa puissance à la lecture du « Peintre de Bataille ».
Roman magnifique et intimiste sur ce métier si particulier qui est de couvrir et observer en essayant de ne pas s’impliquer.
Une histoire qui a réussi à me toucher profondément. L’histoire d’un reporter qui quitte le monde pour créer une fresque de toutes les batailles qu’il a vu et que son passé va rattraper. Un roman proprement magnifique.
S’il ne devait y avoir qu’un livre à lire, ce serait celui-ci.

Je n’ai pas ici parlé de tout ses romans, je tenais juste à faire une rétrospective de ce qui m’avait le plus plu, c’est très subjectif et absolument pas exhaustif.
« La Peau de Tambour »
est aussi excellent ou encore certains de ces écrits non traduits comme « los Ojos Azules », une nouvelle très puissante sur la fin de la conquista.

On dit que ce qui fait un bon livre à la fin, ce n’est pas seulement le style, l’histoire ou les protagonistes mais le fait que le livre continue de vivre un peu en vous quand la dernière page est tournée.
Pour moi, APR réussit à faire de chacun de ses romans des pièces majeures qui m’habitent à chaque fois que je les termine.

Chronique à suivre le mois prochain !

Pour en savoir plus sur Arturo Perez-Reverte:
-> Sa page Wikipedia
-> Son site