
Juliet, naked – Nick Hornby
Qui emmener d’autre dans mon trip aux USA qu’un auteur anglais considéré comme l’auteur pop par définition depuis « High Fidelity » et dont le dernier opus mêle musique, cynisme et personnages bien paumés? Personne, on est bien d’accord.

« Juliet, naked » est le titre du dernier roman de Nick Hornby et, à l’intérieur de celui-ci, c’est aussi le titre du dernier album d’un musicien has-been, Tucker, que seule une poignée de fans ayant aujourd’hui la quarantaine n’a pas oublié. Cet album n’en est pas vraiment un puisqu’il s’agit des versions primaires et sans arrangements du précédent album, « Juliet » et va donner donc lieu à moultes interprétations ridicules, de celles dont seuls les ultra fans sont capables.
Tucker et sa musique reste un sujet périphérique car autour du musicien gravite surtout un couple qui est le cœur du roman: lui, adolescent attardé, plus grand fan de Tucker et animateur du site qu’il lui a consacré sur Internet et elle, qui supporte cet engouement plus par paresse que par réel intérêt, tout en se débattant avec une vie qu’elle n’aime pas.
Nick Hornby nous dessine ici le portraits de personnages, fatigués, usés par la vie, paumés, ne se débattant même plus et se laissant porter par une existence triste et sans âme, le tout sur la toile de fond grisâtre d’une petite station balnéaire anglaise.
Loosers ne tenant plus qu’à un fil, les protagonistes de « Juliet, naked » n’en sont pas moins touchants dans leurs sables mouvants.
Sans essayer de faire un happy ending ni de proposer une solution à cet état, Nick Hornby partage ici avec nous un bout de leurs vies, un moment où tout bascule, pour le meilleur ou pour le pire mais où, enfin, un changement semble pouvoir s’opérer.
L’amour de la musique prend aussi une place majeure dans ce roman, où l’on suit les étapes franchies par un fan dans sa passion, de l’amour à l’hystérie que peut parfois devenir l’idolâtrie, ainsi que l’incompréhension des gens extérieurs à cette passion.
Certes Nick Hornby n’est pas tendre avec ses personnages, va jusqu’au cynisme mais ne les enfonce pas et son style fluide colle parfaitement aux accents pop du fond de ce roman.
A lire.
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« Juliet, naked », Nick Hornby
Paru le 6 Mai 2010 chez 10/18
Le bateau – Nam Le
J ‘apprend petit à petit à apprécier le format court des nouvelles. Moi qui n’ai juré pendant très longtemps que par l’implication dans un roman et donc par le format nécessairement long pour y arriver, je me surprend à lire de plus en plus de recueil de nouvelles et à en aimer le dynamisme et l’efficacité. Ce qui a été d’autant plus vrai avec « Le bateau » de Nam Le.

Nam Le est un espèce de petit prodige de la littérature.
32 ans et très connu dans son pays d’origine, le Vietnam, il a fait une entrée remarquée en début d’année en France avec ce recueil de 7 longues nouvelles.
Si l’on parle finalement peu du fameux « bateau » du titre, à part dans les nouvelles d’entrées et de fin sur les conditions et l’avenir des boat people qui ont fui le Vietnam, les 5 autres nouvelles sont aussi différentes que prenantes.
Nam Le explore les 4 coins du monde en mettant en scène des protagonistes habités, émouvants, aux prises avec un destin qu’ils ne maîtrisent à première vue pas mais avec lequel ils ont quand même choisi de se battre.
Les bidonvilles de Colombie, Téhéran, Hiroshima, un bled paumé des États-Unis, rien ne rapproche à priori ces nouvelles mais dans chacune d’entre elles, les personnages principaux sont à la recherche d’eux-même et plus globalement, à la recherche de ce qui fait la quintessence de l’Humain.
Servies, de plus, par un style agréable et fluide, ces nouvelles sont juste un bonheur à lire, avec un très gros coup de coeur pour «Hiroshima».
Seul bémol, elles se « terminent » un peu toutes pareil, sans réelle fin justement. Des points de suspension à la place d’un épilogue, si cela fonctionne très bien pour une d’entre elles, c’est un peu plus frustrant pour les autres.
A découvrir très vite.
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« Le bateau », Nam Le
Paru le 6 janvier 2010 chez Albin Michel
Sévère – Régis Jauffret
Ça faisait un moment que je voulais lire « Sévère », moins pour replonger dans l’ambiance grasse et moite de l’affaire Edouard Stern, fait divers qui a inspiré Régis Jauffret, que pour étudier l’angle avec lequel il allait traiter le mix réalité/fiction sans citer aucun nom. Chose faite ce week-end donc.

Régis Jauffret s’est donc inspiré de l’affaire Edouard Stern: en 2005, ce banquier était retrouvé mort, une balle dans le crâne et vêtu d’une combinaison en latex. Sa maitresse, Cécile Brossard, l’aurait abattu en pleine séance SM. Le procès de celle-ci avait alors déballé tout un pan de la vie du banquier et de sa maîtresse, allant très loin dans le détail de leurs habitudes sexuelles.
Dans « Sévère », Régis Jauffret fait parler une femme à la première personne, une femme qui aurait abattu son amant d’une balle dans le crâne alors qu’il était vêtu d’une combinaison rose en latex. Sans jamais citer aucun nom, Jauffret fait évoquer à cette femme le jour du drame, sa fuite puis son retour, son procès, son histoire personnelle, ses sentiments et toute sa relation avec « le marchand », cet amant violent et torturé.
Démarrant le roman par un prologue posant les bases de la réalité vs. la fiction en littérature, Régis Jauffret mélange dans « Sévère » les deux genres, sans qu’on sache ni même que l’on s’attache à savoir ce qui est vrai et ce qui est faux.
Sur l’exercice du narrateur, rien à dire, contrairement à d’autres qui ont tenté l’expérience, la voix de Régis Jauffret dans le corps d’une narratrice ne dénote pas. On a certes beaucoup de mal à ressentir la moindre empathie pour cette jeune femme mais c’est moins lié à son personnage et à l’histoire qu’au traitement de l’auteur, qui ne recherchait de toute façon pas cela selon moi.
Par contre sur le reste…
Le style est épuré au maximum, les phrases sont très courtes, parfois sans verbe, tout « claque » sans cesse et j’avoue avoir été dérangée par cette version clinique de la littérature.
Même si je peux concevoir qu’un style au service d’un tel fond ne peut être trop chargé, je n’ai absolument pas accroché et n’ai rien ressenti. Impression accentuée par le fait que Régis Jauffret ne rentre finalement dans aucun détail, fait raconter des bouts d’histoires et des anecdotes à sa narratrice en restant en surface, sans qu’aucune émotion ne vienne en écho du récit, alors qu’au contraire, ladite narratrice base toute ses explications sur les sentiments qu’elle éprouvait pour son amant. C’est finalement un sentiment global de « creux » qui m’a étreint à la fin du roman.
Bref, la personne qui m’a prêté « Sévère » et qui connaît un poil mes goûts littéraires m’avait avertie que je risquais de ne pas accrocher… Banco, cher ami!
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« Sévère », Régis Jauffret
Paru le 4 Mars 2010 chez Seuil
Pour vous – Dominique Mainard
Dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio, j’ai reçu « Pour vous » de Dominique Mainard. Je ne connaissais pas l’auteur mais le pitch du roman m’avait assez intriguée pour que je fasse la demande de ce livre très précisément.

Delphine M. a 35 ans et a compris très jeune, à travers une enfance et adolescence difficiles et parsemées de petits boulots, que les gens ont tous et constamment besoin de réconfort, de présence, voire d’illusions et de mensonges.
Elle a donc créé « Pour Vous », une agence de services à la personne d’un genre un peu particulier puisque Delphine propose à ses clients une aide dans leurs manques, généralement affectifs et émotionnels. Que cela soit de jouer le rôle d’une fille disparue, d’envoyer des dessins d’enfants à un père privé de la garde des siens, de faire le messager entre 2 amants ou de louer un enfant à un couple incapable d’en avoir, Delphine gère les carences affectives en vraie professionnelle, créant contrat, factures et paiements à échéance, le tout sans aucun état d’âme ni sentiment. Delphine est là pour conforter les gens dans leurs illusions et leur rendre ainsi la vie plus douce tout en ayant elle-même la plus solitaire et triste des vies personnelles.
A travers le roman, on suit bien évidemment Delphine et son histoire, comment elle en est arrivée à créer cette agence, ses propres carences affectives mais également certains clients « marquants » comme cette vieille dame qui adorait les Harlequin et qui fut malgré elle la première client de Delphine en lui demandant de jouer le rôle de sa fille. Ce vieux monsieur que Delphine emmène au parc tous les dimanche et qui est persuadée qu’elle est sa petite-fille. Ce couple auquel Delphine loue quelques heures par semaine le fils de sa secrétaire. Cet adolescent autiste dont la mère paye Delphine pour qu’elle le « sorte ». Cet homosexuel malade du Sida dont Delphine va accompagner les derniers jours. Et puis Jones, l’amant de ce dernier qui retrouvera Delphine et la mettra face à ses contradictions.
C’est un livre noir, triste, extrêmement efficace dans le traitement des émotions.
Les personnages secondaires sont fouillés, construits et on ne peut s’empêcher de passer de la pitié à l’incompréhension au sujet de Delphine et de sa totale indifférence face au désespoir de ses clients. Si la fin du roman est peut-être un peu « facile » dans le sens où la carapace de Delphine va se rompre un peu vite au vu de ce qu’elle a vécu, j’ai refermé ce livre des questions plein la tête à propos de l’homme, du sentiment d’empathie, du mensonge et des illusions confortables et surtout sur la tristesse infinie d’une vie sans émotions.
Ce livre m’a trotté en tête un moment, je me suis sentie littéralement « triste » sans être capable de dire si j’étais triste pour Delphine ou pour la direction que prenait l’humain dans ses relations avec les autres.
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« Pour Vous », Dominique Mainard
Paru en poche le 9 Avril 2010 chez Folio
Le ciel de Bay City – Catherine Mavrikakis
Mars 2010, je me baladais dans les allées du Salon du Livre de Paris avant de tomber sur le stand des éditions Sabine Wespieser. J’ai toujours été fascinée par leurs couvertures, sobres, efficaces, qui pourraient être prises comme contre-exemples dans tout essai sur l’efficacité du marketing du Livre et de sa couverture.
Je devais être d’une humeur « sérieuse » puisque je suis repartie avec « Le ciel de Bay City », lequel devait, sur le papier tout du moins, contenter la part de moi qui est mordue d’Histoire.

Amy a 18 ans en 1979. Si elle est née et a toujours grandi à Bay City, Michigan, sa mère est une française d’origine polonaise et juive. Elle et sa sœur ont fui la France où elles avaient été séparées de leur parents et cachées par des paysans. Les grands parents d’Amy et toute sa famille maternelle sont morts dans les camps de concentration et depuis son enfance, la jeune fille est en proie à d’affreux cauchemars à leur propos, sans avoir rien vécu de tel.
Amy a 18 ans mais ne supporte pas de vivre, elle respire partout l’odeur des charniers et ne voit dans le ciel mauve du Michigan que les volutes de cendres issues des camps et les corps de ses aïeuls. Le soir de ses 18 ans, Amy met le feu à la maison familiale pour faire se rejoindre sa famille, là-haut dans le ciel et ses cendres.
Clairement, que les amateurs d’action passent leur chemin.
Si Amy revient dans le détail sur les 4 jours qui ont précédé l’incendie où va périr toute sa famille, « Le ciel de Bay City » est surtout un recueil des pensées, des réflexions et des monologues d’Amy à propos de sa famille, de cette « culpabilité de vivre » qu’elle ressent, sur cette Américaine-type qu’elle incarne mais qu’elle ne sera jamais, sur cette revendication du judaïsme qu’elle va faire contre l’avis de sa famille, sur ses cauchemars, sur les camps, l’horreur de la 2nde Guerre Mondiale…
Amy n’a pas envie de vivre, ne supporte pas l’air qu’elle respire et ne comprend pas pourquoi elle a survécu à tout ça.
Sans aucune dialogue ou si peu, sans action concrète autre que la mise par écrit des réflexions d’une jeune fille de 18 ans en proie à des démons hérités de sa famille, « Le ciel de Bay City » aurait pu être poignant s’il s’était arrêté à 150 pages. Sur 300 pages, Amy tourne beaucoup en rond et se répète encore et toujours et ce qui, au début, pouvait accentuer le côté tragique de son existence devient plutôt lassant voire énervant sur la fin.
En conclusion, un livre historique mais pas trop, romanesque mais pas trop mais trop lassant pour qu’il ne tombe pas des mains tout seul…
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« Le ciel de Bay City », Catherine Mavrikakis
Paru le 27 août 2009 chez Sabine Wespieser Editeur
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