Les Plumes d'Audrey

Plumes littéraires et ratures

Le Grand Bordel de Cannes

Après « The Rat Pack », Stéphane Million a récidivé avec sa revue Bordel, autour du thème de Cannes. Une nouvelle couverture flashy signé JC de Castelbajac et 35 nouvelles qui décortiquent autant la ville que le concept « Cannes ».

Si l’on retrouve quelques auteurs fétiches de Stéphane Million et habitués de la revue Bordel, « Le Grand Bordel de Cannes » accueille également quelques nouvelles perles.
Dans ce joyeux Bordel coloré, on découvre ou re-découvre le Cannes du Festival International du Film, bien sûr, mais également le Cannes calme station balnéaire de la Côte d’Azur où les palmiers et la Croisette sont 11 mois par an le théâtre de films plus intimistes.

Des collines de La Californie au Palais du Festival en passant par la gare et les chambres d’hôtel luxueuses, les protagonistes de ce Bordel là sont tour à tour drôles, tristes, angoissants, passionnés, montent les marches, les descendent, courent sur la Croisette et pleurent sur les toits, prennent des trains pour ou depuis Paris et mettent le feu sur des îles.
Encore une réussite, avec une énorme coup de cœur cette fois ci- pour les nouvelles de Julien Ribot, d’Arnaud Le Guilcher, Carole Weiss, Chloé Alifax et Barbara Israël.

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« Le grand Bordel de Cannes »
Paru le 22/04/2010 chez Stéphane Million Editeur


De la beauté – Zadie Smith

Encore un cadeau d’anniversaire. Je ne connaissais pas Zadie Smith mais l’amie qui me l’a offert m’avait vanté son écriture et son vrai talent de romancière. Allons bon, avec un titre digne d’une thèse en Histoire de l’Art, essayons!

Sur le campus d’une université prestigieuse de Nouvelle-Angleterre, 2 clans s’affrontent.
D’un côté les Belsey, famille métis anglo-américaine de gauche dont le patriarche est professeur et de l’autre les Kipps, plus conservateurs, dont le chef de famille est l’opposant farouche des thèses de Belsey et qui se voit invité à venir séjourner sur le même campus. A travers la première opposition de ces deux hommes autour de thèses artistiques (tous les deux sont des experts de Rembrandt) et politiques (la discrimination positive dont profitent les étudiants afro-américains sur le campus), c’est tous les liens des deux familles qui sont décortiqués, entre amitiés improbables, adultères, relations déplacées, amours découragées et investissement politique en faveur des réfugiés haïtiens.

Zadie Smith va choisir de s’infiltrer dans les non-dits, dans les nœuds qui lient une famille, dans les oppositions raisons/cœur qui s’expriment quotidiennement pour tenter de faire émerger une tendance globale de tous les protagonistes qui serait la recherche de la Beauté et donc de l’Amour.
Si l’Art est omniprésent dans « De la beauté » c’est également pour s’inscrire dans cette démarche: la beauté, l’esthétique, l’émotion comme réaction aux règles, principes et préjugés raisonnés.

Certes, l’idée d’un roman sur fond de dynastie familiale, d’affrontements sur des thèmes aussi lourds que les races, la discrimination, le refuge politique, l’élitisme et les mensonges qui découlent d’une rigidité poussée à son extrême auraient pu me tenir en haleine durant tout le roman.
Malheureusement le fond est trop souvent dilué dans des longueurs et des bavardages que je me suis autorisée  à « couper », uniquement pour pouvoir avancer dans le roman et aller jusqu’à la prochaine idée.
Je ne doute pas du talent de romancière de Zadie Smith mais je doit avouer que j’ai totalement décroché sur de longues parties à cause de cette dilution de verbiages et de digressions qui noient un peu le fil conducteur.

Dommage.

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« De la beauté », Zadie Smith
Paru le 27/09/2007 chez Gallimard


Si peu d’endroits confortables – Fanny Salmeron

Premier roman de Fanny Salmeron, que j’avais déjà lue dans les revues Bordel et déjà vue un verre à la main sur des pavés parisiens, « Si peu d’endroits confortables » est de ces romans que l’on lit en 1h et que l’on referme un peu tristoune.

Hannah a les yeux verts et le cœur qui s’effeuille comme un pissenlit depuis qu’ Elle l’a quittée pour un « Anglais aux yeux trop clairs ». Joss a les cheveux bleus et a fui son pays confortable pour suivre les lumières hypnotiques de Paris. Ces deux-là se rencontrent au pied d’une statue et essaient de vérifier si « 2 solitudes s’annulent ou si au contraire elles ne forment pas un vide encore plus grand »…
Hannah écrit tous les jours dans son carnet bleu pour quand Elle reviendra et tague la ville d’une seule inscription « il y a si peu d’endroits confortables », le seul endroit confortable étant Ses yeux.  Joss essaie de reconstruire Hannah et y arrive, illusoirement.
C’est quand Hannah retrouve le sourire et que Joss découvre enfin les lumières de Paris que la réalité les rattrape et les frappe de plein fouet. C’est à ce moment-là que l’on se dit qu’il y a vraiment trop peu d’endroits confortables…

Fanny Salmeron nous propose ici un conte peu féérique, un peu trop réel et qui laisse dans la bouche le goût amer du déjà vu, du déjà vécu.
Que cela soit sa description du chagrin d’amour et du manque ou celle de la solitude pure et simple, celle de la fuite en avant, les mots sonnent justes et pincent un peu.
L’épilogue de ce qui est moins un roman qu’un tranche de vie de 2 personnes qui pourraient être nos voisins et amis vient parachever ce goût de trop réel.

Un beau premier roman où l’on retrouve un chouette univers, celui de Fanny Salmeron, qu’elle avait déjà distillé dans ses nouvelles.

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« Si peu d’endroits confortables », Fanny Salmeron
Paru le 3 Juin 2010 chez Stéphane Million Éditeur


Ablutions (Notes pour un roman) – Patrick DeWitt

Sur la pile des cadeaux d’anniversaire de début juin, il y avait « Ablutions (notes pour un roman) ». Inconnu au bataillon mais offert par des personnes qui connaissent plutôt mes accointances littéraires, je me suis plongée dedans et en 3 jours c’était plié. Malheureusement. J’aurai aimé que ca dure encore.

Premier roman de Patrick deWitt, « Ablutions » est construit comme des notes que prendrait un barman d’un bar glauque de Los Angeles dans la perspective d’en faire un roman.
De son côté du comptoir, il croque les habitués de son bar dans des portraits courts, ces clients à la dérive qui ont les pieds dans le désespoir et la tête dans un nuage de whisky et de cocaïne, toutes ces vies échouées là, dans ce bar qui fait figure de radeau de la Méduse.

Un par un, le barman va nous les présenter, mettre par écrit leurs histoires, réelles ou affabulées. De l’enfant star devenu cocaïnomane au couple de SDF, du videur acteur malheureux au dealer de cocaïne autorisé à faire son business devant la porte, tous ces portraits nous parlent d’une Amérique marginale, désespérée, triste. Une Amérique de losers, de piliers de bar coincés là, entre rêves jamais réalisés et réalité bien trop crue.
En miroir des morceaux de vie de ses clients, il va également mettre par écrit sa propre histoire, sa propre descente aux enfers entre les verres de Jameson qu’il s’envoie tous les soirs, les cachets blancs qu’il prend tous les matins et les tubes d’aspirine qu’il vide au long de la journée pour tenir.

Construit en 4 grands chapitres, « Ablutions » fait donc le tour de la vie de ce barman, ses rencontres au comptoir, les amitiés et inimités qui s’y lient pour une histoire de verre pas assez chargé, les femmes qu’il y rencontre et qu’il laisse s’approcher de lui dans la réserve, puis son sursaut, l’envie de s’en sortir qui le tenaille et qui grandit au fur et à mesure qu’il voit ses habitués s’enfoncer.

Patrick deWitt nous propose ici un récit à la Bukowski mais sans cynisme.
Tous ces portraits, si pathétiques qu’ils soient, sont tous empreint d’une tendresse indéfinissable.
Losers magnifiques, le barman et ses clients sont aussi très crédibles, issus de l’imagination de Patrick deWitt certes mais également de sa propre expérience de barman.

Un vrai coup de cœur, à découvrir absolument.

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« Ablutions (notes pour un roman) », Patrick deWitt
Paru le 3 Avril 2010 chez Actes Sud


Roman à clefs – Alizé Meurisse

Selon Wikipédia, « un roman à clef est un sous-genre romanesque dans lequel certains personnages ou la totalité de ceux-ci représentent, de façon plus ou moins explicite, une personne réelle. Sous le couvert de la fiction, l’auteur adresse en écrit en réalité une histoire vraie, souvent pour éviter la diffamation, pour faire une satire, ou pour des raisons autobiographiques ». Le « Roman à clefs » d’Alizé Meurisse est peut-être autobiographique mais je persiste à croire que ses « clefs » sont autres.

Tout est un peu flou dans ce roman. Aucun repère de lieu ni de temps, aucun prénom, aucun nom propre même, des digressions à n’en plus finir et des phrases qui n’ont aucun lien les unes avec les autres. Du moins est-ce ce que l’on perçoit dans les premières pages.
Effectivement rien n’est « concret » voire tangible. On identifie seulement une homme, une femme, une séparation laissant place à la douleur et la renaissance d’une nouvelle rencontre.
Léger donc mais on s’aperçoit très vite que ça n’a aucune importance car ce qu’Alizé Meurisse nous propose ici n’est pas un roman standard, c’est 125 pages de poésie, d’élans imaginaires, d’introspection, de nombrilisme aussi, de phrases complexes, d’adjectifs, de coupures et de rabibochage des mots.
125 pages dans lesquelles on avance grâce à des clefs: chaque dernière phrase d’un chapitre introduit le chapitre suivant. Phénomène drôle à identifier et encore plus drôle à suivre.

Alizé Meurisse signe ici un 2ème roman (après « Pâle sang bleu », paru chez le même éditeur) dont je peux comprendre qu’il soit difficile à aborder. J’ai moi-même été lâchée en bord de route à plusieurs reprises, trop riche, trop lourd, le style intimiste et fourni de la demoiselle me faisait décrocher.
Mais le phénomène des « clefs », que j’ai mis quelques chapitres à voir, m’a tenu jusqu’à la fin et m’a fait fermer le livre avec, certes, une impression de « trop » mais également avec un sentiment agréable.
Celui d’avoir, le temps d’un livre, été dans la peau d’une des narratrices, tant les mots sonnent justes, voire douloureusement justes parfois, malgré un style difficile à tenir sur la durée.

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« Roman à clefs », Alizé Meurisse
Paru le 22 Janvier 2010 chez Allia