La SF selon Clément #8: L’échelle de Darwin – Greg Bear

Allergiques aux romans hard science, vous pouvez passer votre chemin et revenir le mois prochain, cette chronique ne vous est pas destinée !

C’est en 2000 que Greg Bear a reçu le prestigieux prix Nebula pour L’échelle de Darwin.

Une consécration méritée pour un roman plus Science que Fiction et qui venait honorer l’un des auteurs phares de la hard science et, je le concède, l’un de mes auteurs préférés.

Éon, c’est lui ; Éternité, c’est encore lui. L’envol de Mars et Oblique, c’est toujours lui.
Autant dire que Greg Bear, qui a commencé à écrire dès ses 13 ans (en mentant sur son âge pour pouvoir être publié) est un dangereux récidiviste de la SF à succès et l’un des rares à avoir su se maintenir au plus haut niveau durant plus de 30 ans. Pour notre plus grand bonheur évidemment.

Les peurs instinctives qui ont parcourues le monde durant l’épidémie de grippe A/H1N1 l’hiver dernier ne sont rien en comparaison du scénario concocté par Greg Bear dans son Échelle de Darwin.

Imaginez un virus très ancien, si ancien qu’il s’est « fossilisé » dans nos gênes. Imaginez que sous la pression de l’environnement, ce virus, nommé SHEVA se réactive. Cette grippe d’Hérode frappe les femmes et provoque des fausses couches en série… L’humanité va t’elle disparaître ou bien accomplir un nouveau bond dans son évolution ?

Doté de (très) solides connaissances en biologie virale, l’auteur surfe avec brio sur les théories les plus iconoclastes en vogues actuellement sur l’évolution humaine et les virus pour pratiquer un « …et si ? » particulièrement efficace.
Ses connaissances des rouages de la politique et de la recherche scientifique permettent à Greg Bear de dépeindre avec un talent certain une grande fresque sur la fin de l’humanité et son refus de céder sa place.

On est, dans l’échelle de Darwin, constamment porté dans le jeu subtil des décisions à prendre face à la catastrophe. Avec un niveau de réalisme qui confine au naturalisme, on voit apparaître, sous la plume amusée de l’auteur, les réactions de la foule qui ne comprend pas ce châtiment qui semble s’abattre sur elle tout autant que la médiocrité des dirigeants politiques qui ne veulent pas prendre de risque ou l’âpreté au gain des dirigeants de l’industrie pharmaceutique. On se régale.

On laissera surement de coté quelques considérations écologiques un peu fumeuses et une histoire d’amour qui n’apporte finalement que peu à l’intrigue si ce n’est de préparer Les Enfants de Darwin qui viendra compléter l’Échelle en 2002.

Greg Bear est loin d’être le seul à s’être attaqué au thème de l’évolution humaine.
Comme souvent, c’est H. G Wells qui avait donné le ton dans sa célèbre Machine à explorer le temps où en l’an 800 000 les Eloïs sont de lointains descendants androgynes et un peu dégénérés des humains d’aujourd’hui.
Arthur C. Clarke, un des autres grands de la hard science a aussi traité le thème avec ses Enfants d’Icare où les interrogations métaphysiques de l’auteur prennent le pas sur la science pour faire de l’évolution de la race humaine un nouveau messianisme.

Plus provoquant, Pierre Boulle, on s’en souvient, avait fait descendre le singe de l’homme dans un jeu de miroir qui reste dans nos mémoires surtout au travers du film tiré de son roman La planète des singes qui questionnait notre propre humanité.
Dans la même veine, on lira avantageusement Demain, les chiens de Clifford D. Simak qui raconte dans un roman très poétique l’avènement des chiens qui accèdent à l’intelligence après le départ des hommes de la Terre.

On le voit, le thème de l’évolution est un prétexte parfait pour un questionnement existentialiste, bien au delà du premier degré de la hard science.

Un Commentaire sur La SF selon Clément #8: L’échelle de Darwin – Greg Bear

  1. Je ne suis d’habitude pas du tout SF mais l’intrigue de ce livre me tente pour son côté biologie et évolution, sujets avec lesquels j’ai beaucoup plus d’affinités. Je note donc, ça fait toujours du bien de sortir de ses petites habitudes.