Les Plumes d'Audrey

Plumes littéraires et ratures

La zone du Dehors – Alain Damasio

Je l’ai souvent répété, je ne suis pas vraiment une fan de SF et autres anticipations. J’ai lu mes classiques, bien sûr, mais je préfère laisser ceux qui en apprécient les nuances en parler. Toujours est-il que ma curiosité légendaire a repris le dessus après avoir lu la critique de « La zone du Dehors » par ActuaLitté, en avoir parlé avec un lecteur et m’être souvenue de la phase de réVolte qui nous avait énervé Viinz après sa lecture il y a quelques temps…

2084. La Terre est aux 3/4 invivable à cause de la Quatrième Guerre Mondiale et les rescapés se sont tous réfugiés sur le continent africain. Les autres ont émigré sur un astéroïde de Saturne et fondé Cerclon I, société démocratique recréée de toutes pièces.
Une société où tout est cadré, calé, calculé, surveillé, enregistré, où les gens sont renommés tous les 2 ans par « Le Clastre », organisme mi-gouvernement mi-ordinateur qui hiérarchise les habitants de Cerclon I du plus valuable au plus inutile selon des tests d’aptitude et tests psychologiques.
Une société aseptisée et molle, circonscrite par des barrières qui la délimitent de la Zone Du Dehors, le reste de l’astéroïde, irrespirable et invivable mais où vont pourtant puiser leurs forces les militants de la Volte.
Groupuscule anarchique et contestataire, la Volte veut rendre leur conscience à des hommes qui n’en sont plus vraiment. 5 hommes mènent la Volte, dans les échecs et dans les victoires, 5 hommes que « La Zone du Dehors » va suivre dans leurs idéaux, leurs croyances et leur envie de secouer les esprits.

C’est le premier livre que je lis d’Alain Damasio , c’est d’ailleurs également son premier livre à lui et si « La Zone du Dehors » est teintée d’Orwell, de Foucault, Deleuze et de la pensée du dehors de façon évidente, je dois avouer qu’ici, l’affichage des références ne m’a pas posé de problèmes.
La première partie nous permet de faire connaissance immédiatement avec les personnages et de les cerner assez vite, je salue également la prouesse qu’a été de rendre des parties très descriptives captivantes (je pense essentiellement a la description du fonctionnement du Clastre) et la fougue et le travail qui ont du animer Alain Damasio pendant son écriture sont flagrantes.
Mais (puisqu’il y a un mais), le discours philosophico-politico-vivifiant qui est finalement le liant et le support de ce livre m’a profondément ennuyée, non que je n’y ai pas été sensible, mais le côté didactique et infantilisant de la chose m’a fait me détacher de tout le reste, donc du fond.
C’est d’ailleurs assez étrange car finalement ce qui m’a le plus plu dans « La Zone du Dehors » est le côté SF et anticipation alors que le côté écriture et pamphlet qui, en général sont des choses qui me parlent plus, est passé complètement à côté de mon cerveau. J’ai entendu le message mais sa forme m’a empêché d’y accrocher. Comme quoi le fond ne fait pas toujours tout.

Ah si, le seul point que j’ai trouvé très bien dans la forme est l’alternance des prises de paroles sans aucune mention de qui parle. C’est excessivement bien trouvé et ça fonctionne parfaitement dans le rythme du livre.

En tout cas, je ne regrette pas de l’avoir lu et de m’en avoir fait ma propre idée.
De là à en lire d’autre, point trop n’en faut quand même, je n’ai même pas réussi à finir totalement celui-là…

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« La Zone du Dehors« , Alain Damasio
Paru le 1er Octobre 2009 chez Gallimard (Folio SF)
Première parution en mai 2001, réimpression en janvier 2005 chez Cylibris/SF





6 Commentaires sur “La zone du Dehors – Alain Damasio”

  1. Viinz dit:

    Bon. En effet le côté « pamphlet » est parfois dérangeant tant ce livre navigue finalement entre le plaidoyer politique et la pure oeuvre de fiction…

    Du coup, simple « conseil », si tu veux retrouver cette qualité d’écriture (l’alternance des discours, les personnages, l’énergie, etc.) qui t’a semble-t-il plu, je ne saurais que trop te conseiller son second bouquin, la Horde du Contrevent…
    Plus abouti, plus « quête » que pamphlet, mais tout aussi bien foutu. (et avec une fin moins abrupte et « facile », puisque c’est ce qui avait gêné Sharky il me semble, à raison d’ailleurs)

  2. CR dit:

    J’appuie complètement Viinz sur La Horde du Contrevent : c’est un roman magnifique, tu peux y puiser force inspiration si tu veux, sinon tu peux juste te laisser gagner par le flux du vent et de la narration, par les paysages et par une impeccable construction qui laisse peu de temps morts sans jamais s’interdire la lenteur.

  3. Audrey A. dit:

    @CR @Viinz: Oui j’ai l’impression qu’il y a un gros consensus sur La Horde. Bon. De toute façon, j’ai une librairie à dévaliser ces jours-ci. Merci!

  4. sharky dit:

    Je confirme que la fin est complètement consternante de facilité.
    Ceci dit, ça reste cohérent avc l’idée que « La Zone… » est avant tout un manifeste plus ou moins philosophique avant d’être un roman et que la façon dont se termine l’histoire est certainement secondaire dans l’esprit de Damasio.
    En dehors de ça, à part le début du livre qui est plutôt dans l’action et bien mené, j’ai vraiment dû me forcer pour le finir, et je n’ai absolument pas adhéré à la façon qu’a Damasio de tartiner des pages et des pages de théorie philosophique fumeuse (le qualificatif fumeuse est un avis personnel, au sens où je n’y adhère pas et que je trouve ses idées dépassées, ça ne remet pas en cause son travail de « recherche » et de proposition en tant que tel).
    En gros, on est tellement balancé en permanence entre roman et essai qu’on est perdu et lassé.

  5. Asclepieia dit:

    Voila que la Redac’ Chef me pique mon job! ^^

    Bon, en tous cas, après cette brillante critique, voila un livre qui se retrouve nécessairement en bonne place sur la to read list.

  6. Audrey A. dit:

    @sharky : mmmh oui c’est ça qui m’a perdu aussi, les 2 côtés (roman SF et essai) qui finalement ne font pas un rendu homogène pour la lecture…
    @Clément: Ouais ah ah désolée, je le ferai plus :)