Les Plumes d'Audrey

Plumes littéraires et ratures

Autour de… #2 – James Ellroy

NDLR: 2ème opus des rétrospectives d’auteurs par Silphi. Merci à lui!

Pour la chronique de ce mois-ci, je vais revenir sur un auteur dont on a parlé dernièrement suite à la publication en français de son dernier roman, « Underworld USA ». Il s’agit aussi pour moi d’un auteur majeur de romans (très) noirs, James Ellroy.

Il en est de certains auteurs comme de petites madeleines de Proust littéraires.
J’ai découvert Ellroy par le biais d’un ami et je crois qu’à chaque fois que j’entamerai un livre de JE, je repenserai à cet ami. Je devais avoir à peu près 20 ans quand, à force de recommandations, j’ouvre enfin la première page du « Dahlia Noir ».

Pour moi, les années 50-60 aux US, c’était un peu Happy Days, où le personnage le plus sombre était Fonzie.
En entamant le premier volume du Quatuor de Los Angeles, j’ai bien revu mes tablettes. On plonge dans un univers fait de différentes teintes de gris où chaque personnage possède une part d’ombre plus ou moins importante et où l’ensemble de la société parait corrompue. Et peut-être encore plus au sein de la police. S’abîmer dans cette œuvre c’est aller au fond pour s’apercevoir qu’il n’y a pas vraiment d’espoir de remonter sans accrocs.

Commencer ce voyage là, c’est donc rencontrer une galerie de personnages tous plus ou moins teintés par la corruption, c’est les suivre sur une dizaine d’année tout au long des quatre romans composant ce cycle : « Le Dahlia Noir », « Le Grand Nulle Part », « L.A. Confidential » et « White Jahzz ». C’est assister à l’ascension de certain et la chute d’autre. C’est contempler Los Angeles dans sa grandeur, ses ors et sa décadence sous fond de chasse aux communistes. C’est se faire emporter par un style terriblement efficace de brutalité où l’on retrouve tout l’argot de la pègre et de la police pour une immersion totale.

Je ne saurai résumer le Quatuor de Los Angeles, il s’agit d’une œuvre complexe et habile qui pose les bases de ce que sont les États Unis selon Ellroy.

Et ce Quatuor initie avec brio une série de trois romans couvrant les années courant de 1958 à 1972 avec « American Tabloid », « American Death Trip » et « Underworld USA » qui vient de paraitre.
Là, c’est toute l’histoire des Etats-Unis qui est réinventée par Ellroy, car il ne faut pas oublier une chose : si Ellroy s’inspire d’évènements et de personnages réels et rendu avec une incroyable minutie, ce ne sont que des romans et l’ensemble de l’histoire, pour documentée qu’elle soit, n’est que ça : une histoire. Et cette histoire là, au travers de ces trois romans confirme Ellroy comme un grand auteur de romans noirs.
Au travers de ces évènements bien connus comme l’ascension et l’assassinat de JFK, le fiasco de la Baie des Cochons, l’étrangeté de Howard Hughes, l’assassinat de Martin Luther King, le règne du KKK dans les états du sud ou encore la toute puissante main mise d’Hoover sur le FBI et les affaires d’état, on retrouve tout ce qui fait les grands complots.

On s’abîme avec joie dans ce rêve américain dépourvu de morale ou d’espoir où, quelque soit le prix à payer, les personnages principaux sont pris au piège et avancent tant bien que mal. Cette trilogie est servie par un style encore plus dépouillé que le Quatuor. Un style quasi télégraphique qui ne laisse que peu de place à l’interprétation.

Comme vous l’aurez compris à la lecture de ces quelques lignes Ellroy réécrit l’histoire des Etats Unis à sa sauce et embarque le lecteur dans sa vision sombre et paranoïaque. L’homme apparait antipathique et mégalomane mais il faut bien avouer une chose : il est très bon à ce qu’il fait. Et son passé ressurgit au travers de ses écrits, que ce soit l’assassinat de sa mère ou son passé de malfrat et de cambrioleur, il a plongé dans sa propre noirceur et c’est un peu de cette expérience qu’il partage avec les lecteurs. Ceci est d’autant plus probant à la lecture du roman autobiographique « Ma part d’ombre » qui permet de le découvrir et de mettre en perspective le reste de son œuvre.

Je ne saurai donc que trop vous conseiller la lecture de ces romans. A peu près dans cet ordre. Après, je dois avouer que c’est un voyage qui va vous prendre du temps. On parle à chaque fois de romans s’étalant sur environ 700 pages bien denses mais c’est un voyage qui vaut vraiment le coup.

Je reviendrai plus en détail sur « Underworld USA » dans un prochain article pour vous en présenter la critique.

Pour en savoir plus:

- La page Wikipedia en français
- Un site non officiel très bien fait (en anglais)





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