Les Plumes d'Audrey

Plumes littéraires et ratures

Bien le silence partout – Diastème

Diastème pour moi c’est surtout la plume acide et à mourir de rire qui faisait (entre autres) la rubrique « Courrier des lecteurs » dans 20 ans il y a une bonne douzaine d’années. Alors d’apprendre qu’en fait c’est un « vrai » auteur de plusieurs pièces de théâtre, de romans et même de scenarii de films, forcément ça recadre l’image.

« Bien le silence partout » sort donc cette semaine chez Flammarion.
Eric, le narrateur et héros, écrivain tout juste largué et ancien alcoolique bosse sur une nouvelle version d’ « Angélique, marquise des anges » pour le cinéma.
La quarantaine tapée, notre héros un peu triste nous raconte donc ici, plus que le travail d’un écrivain et sa peur de la page blanche, la vrille qu’a fait sa vie, entre son  chagrin d’amour, la tentative de suicide que fait son frère, la vieillesse de son père, sans qu’il l’ait vue venir.

Ce qui, clairement, aurait pu être un énième roman « urbain » sur la difficulté de la vie, des relations humaines et la difficulté à suivre un chemin que l’on pensait pourtant tracé prend ici des nuances différentes.
Si le fond tient la route grâce à l’ambiance d’Angélique qui saupoudre les pages de souvenirs que nous avons tous de Michèle Mercier et de Robert Hossein (miam la balafre) et aux émotions, clairement palpables, c’est le style qui assure le tout.

Je disais la semaine dernière à un pote que j’étais de plus en plus soufflée de voir à quel point j’attachais de l’importance au style et qu’un auteur qui écrivait bien pourrait me faire lire un peu tout et n’importe quoi sans que le fond vienne perturber le plaisir que j’aurais à le lire.
Rien n’est plus vrai avec « Bien le silence partout » (et Diastème en général je pense).
Le style, les mots, la façon de raconter, le côté dramatique, l’ombre du scénario, tout concorde pour offrir ici ce que j’ai considéré comme une perle stylistique et dans laquelle j’ai vu les écoles du théâtres et du cinéma, le travail des dialogues et tout simplement l’amour de l’écriture et le talent qui va avec. D’ailleurs si le titre parait un peu étrange pour la néophyte du métier de réalisateur que je suis, on en a l’explication à la toute fin et cela donne effectivement encore une autre lumière à ce que l’on vient de lire.

En fait « Bien le silence partout », ça m’a aussi surtout donné envie de lire ce qu’avait écrit Diastème pour le théâtre (« La Tour de Pise », « La Nuit du thermomètre » et l’adaptation de « 107 ans »).

Pour en savoir plus sur Diastème (Patrick Asté) – > Son site

——————————
« Bien le silence partout », Diastème
Paru le 13 Janvier 2010 aux Editions Flammarion


Adieu Mano…

« Mon existence ne tient pas qu’à ma graisse, je suis esprit avant d’être un corps. Je suis mort, mais rien n’est fini, il reste ma voix et bien peu d’écrits.
J’avais surtout une grande gueule pour chanter des chansons d’amour pour Paris sur la petite scène du Tourtour.

Mes amis ne pleurez pas, le combat continue sans moi. Tant que quelqu’un écoutera ma voix je serai vivant dans votre monde à la con. »

Je suis venu vous voir – Album « Je sais pas trop » – 1997

J’écoute Mano Solo depuis que j’ai 11 ans, depuis la sortie de « La Marmaille Nue ».
L’annonce de sa mort m’a retournée même s’il la chantait depuis des années et que ceux qui l’ont côtoyé savaient que ce jour-là arriverait un jour.

Mano, j’en aime l’énergie, la voix rocailleuse, la plume et les textes à vif, les coups de gueule, j’en aime l’aventure des Marcheurs dès le tout début des années 2000, les rencontres, les pertes, les soirées, les concerts, les backstages, les discussions, les envolées lyriques, les larmes, les rires, les articles écrits pour ce magazine collaboratif fait avec 3 bouts de ficelle et auquel se raccrochait une bande de dinos comme si c’était le radeau de la méduse.

Chaque chanson, chaque parole me ramène aujourd’hui des années en arrière, j’y raccroche des gens chers à mon coeur, parfois partis trop tôt, parfois sur un autre chemin que le mien aujourd’hui.

Merci…


Dracula l’Immortel – Dacre Stoker et Ian Holt

L’arrière petit-neveu de Bram Stoker, en se basant sur des notes jamais utilisées de l’auteur de « Dracula », nous livre ici une suite écrite à 4 mains avec Ian Holt, historien « expert » de Dracula et de son histoire.

« Dracula l’Immortel » est présentée comme la seule suite ayant reçue l’approbation de la famille Stoker.

25 ans après qu’un groupe de 6 intrépides aient tué Dracula aux portes de son château en Transylvanie, des meurtres odieux ont lieu à Paris et Londres, ravivant ainsi les souvenirs des survivants et remettant en question leur acte.

Les auteurs redonnent ici vie aux protagonistes de l’œuvre de Bram Stoker. On y retrouve donc le groupe des intrépides sensés avoir tué le Prince des Ténèbres: Jonathan et Mina Harker, Quincey P. Morris, Jack Seward, Abraham Van Helsing et Arthur Holmwood. Mais de nouveaux personnages sont également présents, issus tout droit des notes de Bram Stoker et qui n’ont soit jamais été utilisés et/ou creusés, soit coupés par l’éditeur du premier opus, tel l’inspecteur Cotford. Dacre Stoker et Ian Holt orientent également le roman de façon à éclaircir les caractères et les histoires personnelles des protagonistes, tenant ainsi de leur donner plus de corps.

Peine perdue.
Si les amateurs, dont je fais partie, apprécieront de retrouver l’histoire séculaire du prince Vlad Dracula (même s’il y a des incohérences énormes avec l’histoire initiale) on ne peut ici que regretter le peu de profondeur des personnages.
Jonathan Harker n’est plus qu’un pantin, Van Helsing un vieux fou, Mina Harker, pourtant vouée à être au 1er plan est d’une inconsistance déprimante, avoir intégré Bram Stoker comme personnage du roman n’apporte absolument rien à l’ensemble et j’en passe…
Seuls Dracula et la comtesse Bàthory sont préservés même si on est loin de la fascination que leurs personnages et histoires sont sensés produire.

En conclusion, à lire pour se replonger dans l’histoire de Dracula et pour les amateurs des mythes vampiriques mais il n’y a dans ce livre aucune comparaison tangible avec l’oeuvre de Bram Stoker ni même aucun intérêt purement littéraire.

——————————————–
« Dracula L’Immortel », Dacre Stoker et Ian Holt
Paru le 15 octobre 2009 chez Michel Lafon


Nos vies rêvées – Barbara Israël

Barbara Israël, sans se départir de son sourire communicatif, revient en janvier chez Flammarion avec le 3ème opus de ce qui constituera une trilogie avec « Pop Heart » et « Miss Saturne ».

« Nos vies rêvées » garde les codes des deux précédents romans, à savoir la recherche d’identité, la trajectoire de nos vies, les différences assumées ou non, la place à occuper dans la société et dans la vie en général, Nice, Paris, la New Wave, Morrissey et les Smiths… Mais si les personnages de « Pop Heart » avaient une vingtaine d’année et ceux de « Miss Saturne » n’en étaient encore qu’à l’adolescence, le trio que constitue Betty, Alex et Zeno dans « Nos vies rêvées » a plutôt 35-40 ans et se retrouve a faire un bilan.
Bilan de leurs vies, tout seuls ou en groupe, bilan de leurs espérances, de leurs envies et de leurs réalisations 20 ans après.
Ces vies qu’ils avaient imaginées, rêvées et qu’ils n’ont peu ou pas accomplies ou alors dans lesquelles ils se sont perdus et dans lesquelles ils ne se retrouvent plus, finalement, 15 ans après en avoir fait leur cheval de bataille.

Barbara Israël a grandi.
Il y en a eu du chemin fait depuis « Pop Heart » même si elle aurait plus ou moins commencé les 3 livres dans la même période, ce qui paraît logique tant ceux-ci constituent un ensemble cohérent et homogène, tout en étant chacun un roman indépendant à part entière.

Si on retrouve Betty et Alex, si on retrouve leurs aspirations confrontées au principe de réalité, force est de constater que le style de Barbara Israël a pris en épaisseur, les sentiments ont pris en profondeur et les questions que « Nos vies rêvées » nous renvoient à nous-même en pris en justesse et précision.
Est-ce parce que la période couverte par ce dernier « tome » est plus proche de la propre vie de Barbara? Ou est-ce une juste maturation des réflexions qui l’occupent depuis le premier tome?

Sûrement un peu des deux, mais ça n’est que mon avis.
Le résultat en gagne en tout cas en force et en émotion, même si effectivement on se demande en fermant le livre dans quelle direction Barbara pourra nous emmener la prochaine fois.

———————————————–
« Nos vies rêvées », Barbara Israël
Paru le 6 janvier 2010 chez Flammarion


Autour de …#1- Arturo Perez Reverte

NDLR: Voici le premier opus de la chronique de Silphi qui viendra donc tous les mois nous parler d’un auteur et de son œuvre globale. Merci à lui!

Tout d’abord, je tenais à remercier Audrey pour cet espace réservé.

Je viendrai donc une fois par mois pour vous présenter un auteur et ce que je connais de son œuvre.
En effet, je trouve dommage de ne cantonner la découverte d’auteurs qu’au travers de leur actualité et j’avais envie de revenir un peu sur ces écrivains que j’apprécie particulièrement.
Bien entendu, tout cela est extrêmement subjectif et n’engage que moi !

J’ai, bien entendu, une foultitude d’auteurs que j’aime mais je me suis posé pas mal de questions quant au choix du premier que je voulais traiter.
Pour la simple et bonne raison que je me mets à relire tout Arturo Perez Reverte (APR) en espagnol, ce sera donc lui.

Arturo Perez Reverte, c’est un de ces écrivains qui excelle aussi bien dans la fresque historique épique que dans le roman intimiste, autant dans le policier que le romanesque.

APR est un auteur que j’ai découvert il y a une dizaine d’année après avoir vue « la Neuvième Porte » de Polanski. C’était tiré d’un roman que j’avais envie de découvrir.
C’est là que j’ai lu « Club Dumas ». Et c’est là que j’ai pris ma première claque.

« Club Dumas » offre un plaisir dépassant largement le film avec Johnny Depp.
On y retrouve un personnage antipathique et charismatique, Corso, en prise avec une succession d’évènements étranges autour d’un chapitre des Trois Mousquetaires de Dumas ainsi que de trois livres dont les planches seraient marquées par un certain satanisme.
Corso est une sorte de détective privé pour incunables qui trimballe son flegme et sa notion très particulière de moralité de part le monde dans son enquête. J’ai alors été pris par l’érudition de l’auteur mais aussi son style si particulier mélangeant rigueur et flamboyance.

Puis, j’ai lu « le Tableau du Maître Flamand« , une autre enquête où Julia, une restauratrice de tableaux, est mêlée à une enquête dans le monde merveilleux des échecs et où l’on apprend que « les échecs se rapprochent plus de l’art de l’assassinat que de l’art de la guerre ». Un livre qui marque tant par la culture de son auteur que par cette magie qui réussit à rendre le monde des échecs passionnants.

Enfin, la découverte de « l’épopée du Capitaine Alatriste » (même s’il n’est pas vraiment Capitaine, mais qui s’en préoccupe ?) à fini d’emporter mon adhésion.
Le récit épique des aventure du dernier hidalgo de l’Espagne du 17° siècle et de son page comporte 6 romans et donne un aperçu parfaitement restitué de cette Espagne entre grandeur et décadence et du rôle d’un homme que la politique dépasse et qui continue à vivre en fonction d’un sens de l’honneur suranné au milieu d’un monde qui évolue trop vite.

Ces découvertes successives ont assis définitivement, pour moi, la stature d’APR comme un grand écrivain contemporain.
Il réussit par son style si particulier à faire passer ses amours de manière particulièrement frappante. Je vais revenir un peu sur l’homme qu’il est en évitant de faire du Wikipedia.

Il est important de noter deux choses : une passion pour la mer née dans sa plus tendre enfance et qu’on retrouve dans « la Reine du Sud » ou « le Cimetière des Bateaux sans nom » et le fait qu’il a été journaliste de guerre pendant près de 20 ans. Il ne s’est mis à l’écriture que vers 35 ans pour aussitôt connaître le succès.

Ce passage de reporter de guerre trouve toute sa puissance à la lecture du « Peintre de Bataille ».
Roman magnifique et intimiste sur ce métier si particulier qui est de couvrir et observer en essayant de ne pas s’impliquer.
Une histoire qui a réussi à me toucher profondément. L’histoire d’un reporter qui quitte le monde pour créer une fresque de toutes les batailles qu’il a vu et que son passé va rattraper. Un roman proprement magnifique.
S’il ne devait y avoir qu’un livre à lire, ce serait celui-ci.

Je n’ai pas ici parlé de tout ses romans, je tenais juste à faire une rétrospective de ce qui m’avait le plus plu, c’est très subjectif et absolument pas exhaustif.
« La Peau de Tambour »
est aussi excellent ou encore certains de ces écrits non traduits comme « los Ojos Azules », une nouvelle très puissante sur la fin de la conquista.

On dit que ce qui fait un bon livre à la fin, ce n’est pas seulement le style, l’histoire ou les protagonistes mais le fait que le livre continue de vivre un peu en vous quand la dernière page est tournée.
Pour moi, APR réussit à faire de chacun de ses romans des pièces majeures qui m’habitent à chaque fois que je les termine.

Chronique à suivre le mois prochain !

Pour en savoir plus sur Arturo Perez-Reverte:
-> Sa page Wikipedia
-> Son site