
D’autres vies que la mienne – Emmanuel Carrère
Les écrivains finalement, c’est un peu comme la différence entre un bon et un mauvais chasseur…
Blague à part, je dirai plutôt qu’il y a d’un côté les gens qui écrivent (et qui le font plus ou moins bien) et d’autre part les écrivains, ceux qui « sont » et dont les écrits ont cette évidence qui saute aux yeux dès les premières pages.
Dans « D’autres vies que la mienne », ça m’est arrivé, allez, à la 5ème page.

« D’autres vies que la mienne » est un témoignage, une commande.
Ou plutôt 2. Emmanuel Carrère nous parle ici de vies réelles, sans fiction, de vies qui ont été stoppées ou meurtries par deux évènements peut-être les plus difficiles à vivre au monde: la perte d’un enfant pour ses parents et la perte d’une jeune femme, pour son mari et ses enfants.
2 évènements sans lien entre eux si ce n’est un prénom, Juliette, et qui ont pourtant poussé Emmanuel Carrère à écrire ce qui n’est ni un hommage ni une homélie, ce qui trouve son essence entre le témoignage et le récit, ce dont on retient surtout l’effet.
Un livre bouleversant, je disais en introduction avoir pris une claque de style et d’émotion, ce n’est pas peu dire.
Les personnages n’en sont pas, ils ne sont pas fictifs, héroïques ou clichés, ce sont des gens que l’on croise tous les jours, nos frères, pères, mères, sœurs, amis, et pourtant Emmanuel Carrère leur confère une profondeur que j’ai rarement lue ailleurs.
Sa façon de raconter le tsunami dont il a été témoin au Sri Lanka, le tour des hôpitaux pour retrouver le corps d’une petite fille de 4 ans, le retour des parents en France, le décès de sa belle-sœur, l’apprentissage de sa vie et de son environnement, des choses finalement graves mais pas extraordinaires, de cela Emmanuel Carrère fait un chef d’œuvre.
Sous sa plume, même le monde des juges d’instances et des commissions de surendettement est intéressant et émouvant.
Je n’avais lu de cet auteur que « L’adversaire », ce livre retraçant le mensonge d’une vie qu’a été celui de Jean-Claude Roman et qui avait défrayé la chronique en 1993, et était effectivement restée sur l’impression d’au écrivain au talent dingue de réalisme et donc forcément très noir.
« D’autres vies que la mienne » n’est pas noir, il est triste, très triste mais également, par certains côtés, empreint d’un optimisme proche de celui que nous pouvons avoir dans nos vies, face à un évènement qui nous touche gravement. Cet optimisme qui relèverait peut-être de l’instinct de survie pour nous et nos proches.
La dernière phrase de la 4ème de couverture en résume le coeur: « Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout d’amour. Tout y est vrai ».
A lire.
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« D’autres vies que la mienne », Emmanuel Carrère
Paru le 5 Mars 2009 chez POL
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