This entry was posted on Lundi, décembre 14th, 2009 at 11:11 and is filed under Critiques de Plumes, La SF selon Clement, Plumes invitées. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. Both comments and pings are currently closed.

La SF selon Clément #3: Rendez-vous avec Rama – A.C. Clarke
NDLR: Opus#3 de la chronique SF de Clément. Merci à lui!
Comme le veut la tradition, voici les réponses au concours sur les étranges ordinateurs peuplant l’imaginaire des écrivains de science fiction.
Pour la seconde fois consécutive, un grand bravo à Silphi qui démontre toute l’étendue de sa connaissance du sujet. La dernière réponse appellera certainement des commentaires.
C’était le but !
- EPICAC, Player Piano, Kurt Vonnegut
- Shalmaneser, Tous à Zanzibar, John Brunner
- HAL 9000, 2001 l’odysée de l’espace, AC Clarke
- First Universal Cybernetic-Kinetic Ultra-micro Programmer, Illuminatus, par Robert Anton Wilson. On appréciera au passage l’acronyme humoristique de cette machine !
- Wintermute, Neuromancien, William Gibson
- Eagle, Rendez vous avec Rama, AC Clarke
- Jane, le cycle d’Ender, Orson Scott Card
- Microft Holmes, révolte sur la lune, Robert heinlen
- Multivac, que l’on retrouve dans de nombreuses nouvelles d’Isaac Asimov
- The Engine, le voyage de Gulliver de Jonathan Swift
Comme on me l’a demandé dans les commentaires de la précédente chronique, j’ai vérifié. A.C. Clarke a bien écrit un roman « 2001, l’Odyssée de l’Espace« , celui ci ayant suivi le chef d’œuvre de Kubrick, mais celui ci s’était inspiré d’une autre nouvelle d’A. C. Clarke qui se nommait La Sentinelle.
A propos de l’auteur anglais récemment décédé après une retraite dorée au Sri Lanka, la légende veut qu’au cours d’une soirée bien arrosée dans les années 1970, de retour d’une remise d’un prix littéraire bien connu des passionnés de Science Fiction, Arthur C. Clarke et Isaac Asimov, alors rivaux, s’entendirent sur un pacte secret. A. C. Clarke reconnaissait le titre de meilleur vulgarisateur scientifique de tous les temps à Isaac Asimov et reconnaissait n’être que le second, tandis que le Russe reconnaissait à Clarke le titre de meilleur écrivain de Science Fiction de tous les temps et s’octroyait « humblement » la seconde place.
Nous pourrions discourir longtemps sur les mérites scientifiques et littéraires comparés de ces deux monstres sacrés de la SF sans jamais réussir à obtenir un consensus pour savoir si le pacte secret était conforme aux talents réciproques de chacun des deux auteurs. Toujours est il que cette anecdote savoureuse montre à quel point, pour Clarke et Asimov, Science et Fiction étaient intimement mêlés, jusqu’à donner naissance à un sous genre littéraire que l’on retiendra sous le nom de hard science.
Décrire des situations et objets extraordinaires à l’aune de la plus stricte rigueur scientifique est l’apanage des plus grands et, à mon sens, Arthur C. Clarke tenait, en ce domaine, le haut du pavé avec quelques pages magistrales.
Tout en écrivant cette dernière phrase, je sais déjà que je commet pour certains un sacrilège qui me vaudra d’être brûlé vif en place publique.
En effet, la controverse entre pro et anti hard science est rude, et, bien qu’il soit possible d’apprécier à la fois l’héroic fantasy et la hard science, il y a généralement une hiérarchisation des genres mettant en concurrence ces deux genres radicalement opposés et qui pourtant cohabitent au sein de la grande maison SF… C
ette concurrence est elle fondée ? La hard science n’est elle qu’une vulgarisation scientifique légèrement romancée ? L’héroïc fantasy n’est elle qu’une version moderne des contes moyenâgeux avec sa cohorte de dragons, de princes et d’esprits chevaleresques ? Voilà un joli débat littéraire passionnant et qui risque d’être passionné pour cette fin d’année.
Mais puisque ceci est ma chronique et que mon hôte bien aimée me laisse toute liberté quant au choix de mes sujets, nous parlerons ce mois ci d’un des romans les plus hard science qui ait jamais été écrit, et, comme je ne tiens pas à finir comme Jeanne d’Arc à Orléans, je promet de rétablir l’équilibre dès le mois prochain et de m’en tenir, en 2010, à la plus stricte parité dans le domaine !
A l’époque plus connu pour ses travaux sur l’orbite géostationnaire et les radars que pour ses écrits de fictions, c’est en 1973 qu’Arthur C. Clarke nous livre « Rendez Vous avec Rama, » court roman, mais génial exemple de ce qui se fait de mieux en matière de hard science.

Le postulat de départ est simple. En 2130, le système de surveillance des astéroïdes géants, Spaceguard, repère au delà de l’orbite de Jupiter un objet géant.
Les scientifiques le baptiseront Rama. Mais rapidement, les données qui parviennent à la Terre sont tellement extraordinaires qu’il faut bientôt se rendre à l’évidence, Rama n’est pas un astéroïde, c’est un gigantesque cylindre artificiel de 30km de diamètre et plus de 1000km de long, traversant le système solaire à la vitesse vertigineuse de 10 000km/h et apportant cette révélation : l’Homme n’est donc pas seul dans l’Univers.
Envoyé sur Rama, le commandant Norton et l’équipage de l’Endeavour, réussissent à pénétrer dans le gigantesque vaisseau. Mais celui ci n’est qu’un monde vide et silencieux et les quelques artefacts que l’on y trouve échappent totalement à la compréhension humaine.
C’est le premier tour de force d’A. C. Clarke, désorienter totalement son lecteur.
En faisant de Rama un vaisseau monde non pas plat ou sphérique mais cylindrique, l’auteur joue avec le sens de l’orientation de son lecteur.
Et le génie de l’auteur est de ne pas s’arrêter là et de tirer absolument toutes les conclusions logiques du monde qu’il est en train de créer. La pesanteur, par exemple, est quais nulle dans l’axe central de Rama, mais augmente au fur et à mesure que l’on s’en écarte, pour devenir comparable à la pesanteur terrestre au sol. La force de Coriolis, celle qui crée les ouragans sur Terre a un effet croissant, dut à la rotation de l’astronef autour de son axe. Ajoutant le réalisme physique par des descriptions (trop ?) précises au gigantisme de Rama, l’auteur immerge complètement son lecteur dans le monde qu’il a créé. Celui ci devenant alors à son tour pleinement explorateur de Rama.
Et Rama est riche en surprise. Chaque nouvel élément apporte son lot de révélations sur l’origine et le but de la gigantesque nef, mais aussitôt surgissent de nouvelles questions : que sont ces bâtiments qui ressemblent singulièrement à des villes humaines ? Quels mystères cachent la Mer Cylindrique, cette immense étendue d’eau gelée qui fait le tour de la circonférence raméenne ? Où sont et que veulent les Raméens ? Sont ils morts depuis longtemps, se cachent ils quelque part dans le Rama ? Et les biotes, ces étranges machines qui parcourent Rama et semblent en être les gardiens, seront elles hostiles, amicales ou simplement indifférente à la présence des explorateurs ?
Après s’être laissé porté par les interrogations de Clarke et les descriptions du Monde cylindrique de Rama, on appréciera le joli pied de nez philosophique que constitue le dénouement. Car au delà de l’aspect très rationnel de Clarke le scientifique se cache un message métaphysique et presque messianique qui fera dire à l’auteur JBS Haldane que Clarke « est un des rares auteurs à avoir écrit quelque chose d’original sur Dieu » .
De ce livre, n’attendez pas de réponses. Il n’y en a pas et chacun se forgera sa propre opinion sur les motivations des raméens et sur leur nature même. Il faut au contraire se laisser séduire par l’étrange description de Clarke. C’est d’ailleurs là que réside la principale faiblesse de ce livre : il ne supporte pas la demi-mesure, et ne laisse pas indifférent. Certains, dont je fais partie vous diront qu’il touche au génie et que les longues descriptions de l’intérieur de Rama contiennent une poésie rare. D’autres trouveront cette exploration ennuyeuse et froidement clinique, donc sans intérêt et passeront leur chemin.
Reste que la recette, plusieurs fois utilisée en SF, est diablement efficace. L’irruption d’un voyageur de l’espace échappant totalement à notre compréhension a donné lieu à de nombreux romans. C’est ce que les anglo-saxons appellent les BDO pour Big Dumb Objects, ce que nous traduiront maladroitement par Grands Trucs Stupides.
Que ce soit Larry Niven avec son génial Anneau Monde que l’on comparera avec Rama, ou Eon et l’éternité de Greg Bear, ce thème classique de la SF fonctionne toujours sur le même ressort psychologique qu’est la fascination-répulsion que ressent l’humanité face à tout phénomène qui échappe à sa compréhension. Que l’objet soit, selon les auteurs, objet de terreur ou de fascination, il fonctionne toujours comme un catalyseur tour à tour révélant les instincts les plus primaires de l’humanité mais l’aidant à s’élever et à accomplir sa destinée ou à s’interroger sur sa place et son importance réelle dans l’Univers. Le BDO comme objet permettant des changements profonds dans la psychologie de l’humanité, un peu délaissé bien qu’en toile de fond dans « Rendez Vous avec Rama » sera traité par Arthur C. Clarke quelques années plus tard, lorsque sa collaboration avec Stanley Kubrick donnera le film culte « 2001, L’odyssée de l’espace », où un étrange obélisque accompagne les différentes phases de progrès de l’humanité.
Pour les plus hardis et ceux (j’espère nombreux !) qui auront adorés ce « Rendez Vous avec Rama », on signalera la parution, près de 15 ans après le premier tome, de trois suites : Rama II, Les jardins de Rama et Rama révélé, écrits par A. C. Clarke en tandem avec Gentry Lee.
Les accros du genre y trouveront quelques réponses et de nouvelles questions à soulever. Mais la mise au premier plan des personnages, souvent dotés de traits un peu trop caricaturaux fait que l’on ne retrouve pas les ingrédients qui font que « Rendez vous avec Rama » soit devenu un des grands classiques de la SF (et même un des rares à avoir fait le doublé Prix Hugo et Prix Nebula, ce qui mérite d’être signalé), et l’on peut donc aisément passer son chemin.
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Ce mois-ci, un nouveau jeu littéraire : voici dix titres de célèbres romans de SF comprenant tous un nom propre qui a été effacé et remplacé par des points de suspensions.
Saurez vous les retrouver ?
- … et l’éternité, Norman Spinrad
- Les erreurs de …, Robert Sheckley
- … de la lune, René Barjavel
- Un cantique pour…, Arthur Miller
- L’étrange affaire …, HP Lovecraft
- Le voyage de …, Ian Watson
- Docteur …, K. W. Jetter
- Un martien nommé …, PJ Farmer
- Les enfants d’…, A. C. Clarke
- Le livre de …, A. E. Van Voght
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Rendez-Vous avec Rama, A.C. Clarke
Paru en 1975 chez Robert Laffont
14 décembre 2009
5 Commentaires sur “La SF selon Clément #3: Rendez-vous avec Rama – A.C. Clarke”
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14 décembre 2009 at 11:45
Tain ne pas trouver Ender c’était vraiment nul de ma part ! Et je me plains, je n’ai pas eu mes bières !
Très bel article sur ce roman de Clarke. J’avais trouvé ça sympathique mais sans plus. En même temps, je dois t’avouer que j’ai jamais trouvé le style de Clarke très fluide ni très agréable à lire (Tu peux construire un bucher).
Bon, je ne vais pas truster tous les jeux donc je vais attendre de voir si il ya plus de succès sur ce coup là avant de répondre ;)
15 décembre 2009 at 1:21
Hé hé, la bonne vieille querelle entre heroïc fantasy et hard science ça marche toujours. Bien qu’à mon avis ça n’a pas forcemment lieu d’être.
C’est vrai que Clarke n’est pas toujours hyper fluide, mais on peut lui reconnaître d’avoir, sous des dehors de scientifique rigide, une vraie profondeur de vue, que pour ma part, j’apprécie.
Par curiosité, sans donner tes réponses tout de suite, tu en as trouver combien?
15 décembre 2009 at 3:36
[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Clément Lazarus, Clément Lazarus. Clément Lazarus a dit: Chronique SF#3 de @Asclepieia – Rendez-Vous avec Rama – A.C. Clarke- http://tinyurl.com/ybl8woh (via @MamzelleAudrey)// autopromo! [...]
15 décembre 2009 at 3:37
Ha mais je ne rejette pas la sf hein. Juste Clarke que je trouve un peu « aride » à côté d’un Asimov par exemple. (ou envore mieux un Vance mais lui excellait aussi bien en SF qu’en Fantasy : Space Opera et Lyonesse par ex)
Je dois être à 9/10. Il n’y a que Robert Sheckley que je ne connaissais pas.
15 décembre 2009 at 3:43
J’ai découvert l’univers de Rama à travers le jeu vidéo (Myst-like), où la moindre énigme nécessitait une feuille de calcul et un raisonnement en base 12, ou encore des compréhensions de schémas logiques-mais-pas-trop.
Rama a inspiré du monde, notamment la série Eon, Eternité et Héritage (surtout Héritage, je suis amoureux de ce roman, pour tous les fans de Darwin et de son expédition, je le recommande) de Greg Bear, où on retrouve ce schéma cylindrique… le côté philosophique en moins, peut-être.
Drôle, je n’avais jamais entendu parler de cette rivalité pro / anti hard science. De loin, ça me paraît vaguement inutile, dans la mesure où chaque auteur choisit de coller au plus près de la science ou non pour servir son propos.
Excellente chronique, au passage.