
La trève de Noël
Je me déconnecte quelques jours pour cause de foie gras à manger, de champagne à déguster, de pistes de ski à dévaler et de Nouvel An arty à fêter mais je reviens très vite, dès début janvier, avec notamment les critiques de:
- « Nos vies rêvées », de ma copine Barbara Israël, qui sortira en janvier chez Flammarion
- « Bien le silence partout », de Diastème, qui sortira également en janvier chez Flammarion
- « D’autres vies que la mienne », d’Emmanuel Carrère (paru en mars chez POL)
ainsi que d’autres petites perlouzes prévues ci et là, que cela soit en rencontres ou en critiques et notamment la sortie du livre de Carole Fives, « Quand nous serons heureux » aux Éditions du Passage.
Enfin, à suivre également par ici une nouvelle rubrique, dans la lignée de ces chroniques SF dont nous régale Clément mais sur un autre thème et, plus globalement, un autre angle d’écriture.
En effet, à partir du 4 janvier, Silphi nous proposera mensuellement une rétrospective d’un auteur de son choix, pour ne plus se limiter qu’à la seule actualité mais en avoir un tour d’horizon complet.
Les Plumes s’étoffent les amis!
Passez de bonnes fêtes!
L’autoédition: vraie alternative ou voie de garage?
L’autoédition consiste pour un auteur à prendre lui-même en charge l’édition de ses ouvrages, sans passer par l’intermédiaire d’une maison d’édition.
Dans le cas de l’auto-édition, l’auteur se charge de toutes les étapes de la publication du livre : la saisie et mise en page , les corrections, l’impression, les formalités administratives et juridiques, la publicité, la diffusion.
Trop peu d’élus pour le volume fantastique de livres que seraient en mesure de produire les Français, les maisons d’éditions sont généralement accusées de ne plus laisser leur chance aux auteurs qui enverraient leurs manuscrits par la Poste et de privilégier leur réseau.
L’autoédition permettrait donc aux auteurs désireux de voir leur manuscrit se transformer en un « Objet » diffusable d’y arriver sans passer par la case « tri/filtre » que sont les éditeurs.
De nombreux sites se sont d’ailleurs positionnés sur cette « niche » afin de permettre aux auteurs de mettre en page et d’imprimer leurs ouvrages, offrant ainsi une aide « logistique » à l’auteur.
Mais ce qu’on oublie trop souvent, c’est que les éditeurs, en plus d’avoir le rôle de vie et de mort sur un manuscrit (la mort étant le refus et donc la non publication) ont également un rôle non négligeable de conseil, d’orientation, de correction et d’accompagnement au moment de la sortie du livre…
Loin de moi l’idée d’établir une opposition manichéenne entre édition traditionnelle et auto édition, le mal contre le bien, le capitalisme contre la créativité ou quelles que soient les amalgames que l’ont peut lire ou entendre ci et là. Je me pose juste la question de savoir si l’autoédition peut réellement se positionner au même niveau que l’édition traditionnelle et si elle peut représenter une voie dans le développement de la littérature, en termes d’accessibilité, de diversité et de diffusion.
Démon – Thierry Hesse
Il doit donc être écrit quelque part que je reviendrais toujours à la Russie et à son histoire, même en suivant les conseils d’amis sur un titre en particulier sans en avoir lu auparavant la 4ème de couverture…

Thierry Hesse signe à l’Olivier un livre impressionnant. D’histoire, d’émotions et de style. Un pavé également, de ceux qui sont lourds par le poids et par les souvenirs ou émotions qu’ils diffusent.
« Démon » met en scène un journaliste qui, à la suite de la mort de son père, part sur les traces de son histoire et de celle de ses grands-parents, juifs Russes déportés par les troupes allemandes en 1942. Il nous emmène pour cela à Grozny, en 2001, là où la souffrance et la guerre vont, il l’espère, lui donner des pistes de compréhension sur ce qu’ont pu vivre ses ancêtres.
Historique, d’abord.
Thierry Hesse nous présente ici une fiction élaborée sur une trame historique que nous connaissons tous et extrêmement fidèle et documentée. A travers ses mots, nous parcourons l’URSS de 1933, la 2ème guerre mondiale et l’avancée des troupes allemandes sur le front soviétique, les camps, la mort de Staline, le coup d’état de Béria, l’arrivée de Khrouchtchev, la pérestroïka, le président Eltsine et l’arrivée de Poutine au pouvoir.
Mais également la guerre séculaire que fait la Russie à la Tchétchenie, les relations entre Poutine et Bush à la suite des évènements du 11 septembre, l’amalgame entre Islam et terrorisme.
Mais surtout, Thierry Hesse nous raconte tout ça à travers les yeux d’un journaliste à la recherche de son histoire. A la recherche d’une compréhension d’un mal incompréhensible. A la poursuite de son « démon ». Une course à travers les périodes, les peuples, les hommes, une mise en abîme de nos réactions individuelles au sein d’une Histoire qui nous dépasse.
Un livre magnifique, vous l’aurez compris au ton de mes mots.
Je ne suis pas objective, vous savez depuis le temps que je suis une passionnée de l’histoire soviétique et des fonctionnements sociaux et politiques aux périodes de Lénine, Staline jusqu’à l’émergence de la Russie.
Par contre, je tiens à rassurer tout ceux qui sont réticents aux livres historiques: « Démon » est d’abord un roman, un roman puissant, très bien écrit, passionnant et qui justement peut permettre une façon d’aborder l’Histoire plus « facile ». Un roman émouvant, effrayant aussi tant l’horreur se reflète… une vraie belle découverte.
——————————————
« Démon », Thierry Hesse
Paru aux Editions de l’Olivier le 20 Août 2009
La SF selon Clément #3: Rendez-vous avec Rama – A.C. Clarke
NDLR: Opus#3 de la chronique SF de Clément. Merci à lui!
Comme le veut la tradition, voici les réponses au concours sur les étranges ordinateurs peuplant l’imaginaire des écrivains de science fiction.
Pour la seconde fois consécutive, un grand bravo à Silphi qui démontre toute l’étendue de sa connaissance du sujet. La dernière réponse appellera certainement des commentaires.
C’était le but !
- EPICAC, Player Piano, Kurt Vonnegut
- Shalmaneser, Tous à Zanzibar, John Brunner
- HAL 9000, 2001 l’odysée de l’espace, AC Clarke
- First Universal Cybernetic-Kinetic Ultra-micro Programmer, Illuminatus, par Robert Anton Wilson. On appréciera au passage l’acronyme humoristique de cette machine !
- Wintermute, Neuromancien, William Gibson
- Eagle, Rendez vous avec Rama, AC Clarke
- Jane, le cycle d’Ender, Orson Scott Card
- Microft Holmes, révolte sur la lune, Robert heinlen
- Multivac, que l’on retrouve dans de nombreuses nouvelles d’Isaac Asimov
- The Engine, le voyage de Gulliver de Jonathan Swift
Comme on me l’a demandé dans les commentaires de la précédente chronique, j’ai vérifié. A.C. Clarke a bien écrit un roman « 2001, l’Odyssée de l’Espace« , celui ci ayant suivi le chef d’œuvre de Kubrick, mais celui ci s’était inspiré d’une autre nouvelle d’A. C. Clarke qui se nommait La Sentinelle.
A propos de l’auteur anglais récemment décédé après une retraite dorée au Sri Lanka, la légende veut qu’au cours d’une soirée bien arrosée dans les années 1970, de retour d’une remise d’un prix littéraire bien connu des passionnés de Science Fiction, Arthur C. Clarke et Isaac Asimov, alors rivaux, s’entendirent sur un pacte secret. A. C. Clarke reconnaissait le titre de meilleur vulgarisateur scientifique de tous les temps à Isaac Asimov et reconnaissait n’être que le second, tandis que le Russe reconnaissait à Clarke le titre de meilleur écrivain de Science Fiction de tous les temps et s’octroyait « humblement » la seconde place.
Nous pourrions discourir longtemps sur les mérites scientifiques et littéraires comparés de ces deux monstres sacrés de la SF sans jamais réussir à obtenir un consensus pour savoir si le pacte secret était conforme aux talents réciproques de chacun des deux auteurs. Toujours est il que cette anecdote savoureuse montre à quel point, pour Clarke et Asimov, Science et Fiction étaient intimement mêlés, jusqu’à donner naissance à un sous genre littéraire que l’on retiendra sous le nom de hard science.
Décrire des situations et objets extraordinaires à l’aune de la plus stricte rigueur scientifique est l’apanage des plus grands et, à mon sens, Arthur C. Clarke tenait, en ce domaine, le haut du pavé avec quelques pages magistrales.
Manhattan – Anne Révah
Il y a les auteurs que je découvre sur une table de librairie ou au détour du Web, il y a ceux dont on me parle, ceux que l’on me présente, ceux que je cherche à rencontrer et ceux qui, de temps en temps, se présentent à moi tous seuls comme des grands au détour d’un petit mail ou d’un commentaire sur ce blog.
C’est le cas d’Anne Révah dont le premier roman, « Manhattan » est sorti en mai 2009 chez Arléa.

Il n’est pas du tout question ici de New York ou même des Etats-Unis. Il n’est question ici que d’une femme qui, confrontée à son avenir malgré elle, décide de régler son passé en expliquant son présent.
La narratrice, journaliste politique, a d’apparence tout réussi dans sa vie, son mariage, ses enfants, sa carrière et si elle se retrouve un jour dans le bureau de ce neurologue, c’est pour lui parler de la zone de peau qui s’insensibilise peu à peu sur l’intérieur de son avant-bras gauche et dont la forme a à peu près celle de Manhattan. Une consultation et quelques examens plus tard, la sentence tombe. Dégénérescence des tissus cérébraux, sa vie ne sera désormais plus jamais la même. Elle décide alors de partir, de tout quitter, tout et tout le monde, sans un mot pour son mari et ses enfants et c’est dans le studio parisien qu’elle louera qu’elle décide d’écrire une lettre, une seule, une dernière, à sa mère.
Cruelle, violente, aux mots implacables et pourtant très sensés, cette lettre aspirera finalement les dernières forces de cette femme, lui permettant de se libérer d’un poids qu’elle aura porté toute sa vie.
Un roman court, brutal, quelques 90 pages où le rythme va crescendo, le début n’augurant absolument pas ce qui va suivre.
A l’aide d’une écriture fluide et en même temps très directe, Anne Revah lève ici le voile sur la fuite et les travestissements que nous sommes tous, dans une certaine mesure, amenés à faire dans nos vies, sur tel ou tel sujet. On fait semblant de, pour rentrer dans un moule, être reconnus par nos pairs comme étant « conformes » et donc fréquentables, on met de la poudre aux yeux des autres pour mieux se voiler la face, c’est toute cette palette d’émotions sur laquelle surfe Anne Révah dans la retranscription de la lettre écrite par la narratrice à sa mère.
La fracture du livre se fait assez tôt, dès la découverte de la maladie et si la partie précédant cet évènement ne rend pas hommage à la qualité globale du roman, la 2ème partie, constituée majoritairement de la fameuse lettre donne un ton sans précédent à l’ensemble et en « rattrape » l’introduction.
Un premier roman plutôt réussi donc et une auteure à suivre.
————————————————————
« Manhattan », Anne Révah
Paru chez Arléa le 7 mai 2009
Contact
Catégories
Le salon
Derniers articles
Commentaires récents
- zarline dans La SF selon Clément #8: L’échelle de Darwin – Greg Bear
- Mèyonsi dans De la beauté – Zadie Smith
- ts dans De la beauté – Zadie Smith
- ts dans De la beauté – Zadie Smith
- Méyonsi dans De la beauté – Zadie Smith
Je suis là aussi
