Les Plumes d'Audrey

Plumes littéraires et ratures

La SF selon Clément #2: La patrouille du temps – Poul Anderson

NDLR: Vous l’avez aimé, il revient!! Voici la deuxième chronique SF de Clément. Merci à lui!!

Le mois dernier nous nous étions séparés sur un petit jeu littéraire autour des premières phrases des romans de SF.
Il est donc temps, comme promis, de donner les réponses :

  1. « Il s’appelait Gaal Dornick et c’était un bon provincial qui n’avait jamais vu Trantor » – Fondation, Isaac Asimov
  2. « A notre connaissance, il n’existe qu’une race capable de rivaliser avec l’Homme. Tout le monde a déjà compris, il s’agit des Triangles. » – Stefan Wul, Piège sur Zarkass
  3. « J’avais atteint l’age de 1000 kilomètres. » – Le monde invertis, Christopher Priest
  4. « L’humanité se composait de 128 personnes. » – Des hommes et des monstres, William Tenn
  5. « Frère Francis Gérard de l’Utah n’aurait peut être jamais découvert les documents sacrés sans le pèlerin qui apparut, les reins ceints de toile à sac, pendant le jeûne du carême que le novice observait au milieu du désert. » – Un cantique pour Leibowitz, Walter Miller
  6. « Tout là-bas, au fin fond des tréfonds inexplorés et mal famés du bout du bras occidental de la Galaxie, traîne un petit soleil jaunâtre et minable. » – Le guide du routard galactique, Douglas Adams
  7. « Je suis composé d’eau. Personne ne peut s’en apercevoir parce qu’elle est contenue à l’intérieur. Mes amis sont composés d’eau eux aussi. Tous autant qu’ils sont. Notre problème, c’est que nous devons non seulement circuler sans être absorbés par le sol, mais également gagner notre vie. » – Confession d’un Barjo, Phillip K. Dick
  8. « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance, c’est la force. » – 1984, Georges Orwell
  9. « Il était une fois un martien du nom de Valentin Michael Smith. » – En terre étrangère, Robert Heinlen
  10. « Vaughan est mort hier dans son dernier accident. » – Crash, JG Ballard

Un grand bravo à Silphi qui est donc notre grand vainqueur, Audrey sera donc chargée, puisque toutes les occasions sont bonnes, d’organiser une rencontre apéritive afin de fêter cela dignement, espace temps à définir !

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Grand classique de la SF, issu de l’âge d’or américain, « La Patrouille du temps » reprend, vous l’aurez compris l’un des thèmes favoris des écrivains de science fiction : le voyage dans le temps.

On ne compte plus les romans et les films faisant état de tels voyages, que ce soit pour étudier les évènements passés ou futur, pour modifier le cours de l’histoire ou pour simplement vivre une odyssée amoureuse par nature impossible. La possibilité de passer d’une époque à une autre et d’interagir avec celles ci démultipliant évidemment les possibilités jusqu’à l’infini, avec en point d’orgue le fameux paradoxe temporel, expérimenté initialement par « le Voyageur imprudent » de René Barjavel (oui, oui un français !) dès 1944: il tue son aïeul avant que celui ci n’ait une descendance ? Donc il ne peut exister… et s’il n’existe pas, alors il ne peut tuer son aïeul.

Cette spirale de destins et de non destins inspirera la Science Fiction sans relâche, jusqu’à nos jours.

Mais, chez Poul Anderson, le temps ne se comporte pas classiquement, rendant les enjeux des voyages légèrement différents et ô combien plus passionnants !

-         Le temps est ici élastique et s’il est légèrement modifié, il a tendance à revenir à sa forme originelle, si bien que les hommes peuvent s’y déplacer sans craindre de modifier l’Histoire à chaque pas.

-         Mais il existe des « points nodaux » dans l’Histoire qui, s’ils sont modifiés, changent radicalement l’Histoire du monde.

-         Le temps répond aux lois de conservation et de causalité mais sont associées à un principe de discontinuité de l’espace temps. Ainsi, un voyageur imprudent tuant son aïeul continuerait à exister. Exit donc le classique paradoxe temporel.

Avec ces lois plus complexes, Poul Anderson nous raconte l’histoire de la Patrouille du temps, organisme créé dans un lointain futur pour surveiller les différents points nodaux de l’Histoire et empêcher d’éventuels voyageurs mal intentionnés d’en modifier le cours.

Si l’ouvrage de Poul Anderson a été si souvent cité parmi les 100 plus grands romans de SF de tous les temps c’est parce que sur un thème si conventionnel, il sait éviter tous les clichés du genre.
Pas de paradoxes temporels en cascade, anachronismes utilisés uniquement pour servir le récit, récits historiques précis permettent aux uchonies imaginées d’être parfaitement convaincantes.

Elles deviennent alors l’occasion de belles réflexions sur le Temps, les civilisations et le rôle des individus dans le cours de l’Histoire.

Au travers de quatre nouvelles suivant les aventures d’Everard, un agent « non attaché » de la Patrouille, l’auteur nous entraine dans des époques différentes.

La première, nommée justement La Patrouille du Temps, est conçue comme un prologue, reprenant l’histoire de la patrouille et l’intégration d’Everard.
On y apprend que le voyage dans le temps a été inventé par les Danééliens, lointains descendants des humains du XXXème siècle.
C’est à l’occasion de sa première mission, pour empêcher un idéaliste de modifier toute l’Histoire du monde que le héro se liera d’amitié avec Charles Withcomb, ce qui aura des répercussions sur la suite de sa carrière puisque c’est en voulant sauver la petite amie de celui ci d’un bombardement de V1 durant la seconde guerre mondiale qu’il obtiendra des Danééliens le grade d’agent non attaché, ne se contentant ainsi plus de surveiller sa propre époque, mais sautant d’un point à un autre du temps afin d’y accomplir les missions les plus périlleuses.

Dans Le Grand Roi, un patrouilleur se retrouve à devoir jouer le rôle d’un personnage historique afin de ne pas bouleverser le cours de l’Histoire. Se pose alors la question de la primauté de l’individu ou de la fonction historique mais aussi celle de l’isolement du pouvoir.
Inspirée d’un récit d’Hérodote, cette nouvelle est sans aucun doute la plus aboutie et la plus profonde de toutes.

A partir de là, la seconde partie des aventures de la patrouille du temps semble prendre du recul pour s’intéresser à l’Histoire dans sa globalité.

Ainsi, dans Echec aux Mongols, Poul Anderson réfléchit au devenir de la civilisation occidentale si les Mongols avaient découverts les Amériques avant Christophe Colomb.
Nouvelle sans doute la plus faible, mais toutefois prétexte à une jolie promenade dans les paysages encore désertiques de l’Amérique du Nord au travers des yeux d’une courageuse équipée Mongol.

C’est dans la dernière nouvelle que le récit prend vraiment toute son ampleur. L’autre Univers prend le prétexte d’une modification volontaire du temps lors des guerres puniques (le meurtre de Scipion l’africain) pour réfléchir au sort des civilisations.
Peut on, lorsque l’on est chargé de protéger le cours de l’Histoire, le modifier a posteriori, au risque de voir disparaître des civilisations entières ? Cruel dilemme et belle réflexion au passage sur la fragilité et la vanité des civilisations humaines qui se croient par nature immortelles.

Sur ce thème archi-classique du voyage dans le temps, Poul Anderson reste une exception en ce qu’il refuse la facilité.  On comparera, sans doute avantageusement, La Patrouille du Temps à d’autres grands classiques du genre tels que La Fin de l’Eternité D’Asimov, la Machine à remonter le temps de Wells ou encore Voici l’Homme de Moorcock… Ce qui n’est pas peu dire !

Pour les amateurs du thème du voyage dans le temps, on signalera toutefois avec une tendresse toute particulière un autre grand classique, Le Jeune Homme, la mort et le temps, de Richard Matheson. Une très belle histoire d’amour impossible.

En cadeau bonus…

Un nouveau jeu littéraire autour de la SF, en espérant que cela devienne une petite tradition sympathique !

A l’instar des voyages dans le temps, les ordinateurs ont été une source fertile d’imagination pour les romanciers de SF. Voici quelques noms d’Ordinateurs célèbres. Saurez vous retrouver les romans dont ils sont issus ?

  1. EPICAC
  2. Shalmaneser
  3. HAL 9000
  4. First Universal Cybernetic-Kinetic Ultra-micro Programmer
  5. Wintermute
  6. Eagle
  7. Jane
  8. Microft Holmes
  9. Multivac
  10. The Engine




5 Commentaires sur “La SF selon Clément #2: La patrouille du temps – Poul Anderson”

  1. Ph-ilou dit:

    Merci encore pour cette chronique fort sympathique !

  2. Carole dit:

    Oh, la moi j’abandonne, je comprends rien à la SF, bisou!

  3. Silphi dit:

    Ouaiiiis un concours ! o/

    Tain par contre, yen a des cotons là.

    1) No idea
    2) Tous à Zanzibar de John Brunner
    3) 2001, l’odyssée de l’espace (par contre, ya un roman ?!)
    4) Yhea ! Fuckup !! Il me semble que c’est the illuminatus, je l’avais lu quand j’étais en anglettere donc je connais pas le nom en français.
    5) Neuromancer !!! (mais là, c’est trop facile ^^)
    6) Aucune idée.
    7) Pareil
    8) Et encore (chuis nul)
    9) Plein de nouvelles d’Isaac Asimov mais surtout la magnifique « La dernière question »
    10) Et j’en sais rien non plus.

    Bon le truc, c’est que la SF hard science est pas vraiment mon domaine de prédilection. Tu vas trainer du côté de la fantasy aussi ou pas un de ces quatre ? En tout cas, belle revue sur ces nouvelles d’Anderson.

    Pour compléter la liste, un roman français méconnu qui m’avait fait forte impression dans mes jeunes années: le gambit des étoiles de gérard klein et mes début dans la SF quand je devais avoir 7 ou 8 ans : les conquérants de l’impossible de Philippe Ebly ^^

  4. Asclepieia dit:

    Je ne suis pas certains que PK Dick ou Poul Anderson puissent être qualifiés de hard science. Le mois prochain on fera de la vrai hard science avec A.C Clarke. Mais oui, il est bien prévu d’aller explorer petit à petit tous les genres, l’heroic fantasy devant y trouver sa place naturelle vu la somme de romans du genre qui ont été publiés. Prévus dans la liste des chroniques à venir Lyon Sprague de Camp et PJ Farmer.

    Pour le concours, encore une fois bravo, 5/10, les autres étant plus difficiles, surtout le dernier qui constitue un petit piège!

  5. Silphi dit:

    C’est interressant cette approche d’aller aux bases de la SF, quelque soit le genre. Tu va sparler de Conan et le monde du fleuve ?

    J’attends mes bières pour la peine! Et c’est pas drôle, pourquoi les autre sgens ne jouent ils pas ? :)