
Rencontre avec… Arnaud Le Guilcher, auteur de « En moins bien »
Les rencontres se suivent et ne se ressemblent pas.
Vendredi soir, c’est dans le 18ème que je rejoint Arnaud Le Guilcher, auteur du « En moins bien » dont je vous ai vanté les mérites il y a peu, et Stéphane Million, son éditeur, autour d’un verre, le singulier étant bien sûr illusoire. Le consortium des mecs à barbe en fait.
« En moins bien » est le premier roman d’Arnaud et si j’avais noté un style parlé, enlevé et plutôt « fleuri » dans mon article, force est de constater qu’Arnaud n’écrit pas comme il parle. Plus doux tu meurs. Enfin d’apparence certainement, je n’oserai me prononcer sur le reste ;)
Arnaud m’explique donc que certains passages du livre, dont celui sur les pingouins, datent de 1999 et sont issus de bouts de papiers sur lesquels le Arnaud d’alors gribouillait férocement des tirades, des dialogues, des bouts de textes. Ces bouts de papier sont aujourd’hui bien planqués dans une boîte, LA boîte comme il la nomme, qui ne renfermerait donc selon lui que du « 100% pourri ».
Oui parce qu’Arnaud, à la base, n’est pas écrivain mais musicien et travaille d’ailleurs chez Universal Music.
Il s’est longtemps essayé à l’écriture de chansons, accompagné pour leur enregistrement de quelques amis compatissants sensés distraire (avec leurs accords et instruments originaux) des paroles « 100% pourries » de son propre texte. Peine perdue, même si l’une de ces chansons « fonctionnera » d’un point de vu personnel, le reste restera au point mort.

« En moins bien » a vu le jour il y a à peu près 2 ans donc, en tout cas la trame principale, à la suite d’une rupture sentimentale, l’histoire du héros et d’Emma se calquant à peu près sur celle d’Arnaud.
Celui-ci envoie son manuscrit à quelques maisons d’éditions, lesquelles ont toutes refusé le roman via des lettres types plus ou moins agréables, la palme revenant à Maud Béranger au Dilettante pour la lettre la plus désagréable et insultante de l’année.
Arnaud l’a d’ailleurs tellement lue et relue qu’il me la récite par cœur entre deux clopes et je devine effectivement l’impact qu’elle a du avoir au moment de sa réception.
Arnaud enterre donc plus ou moins son manuscrit en se disant que celui-là aussi doit faire partie du « 100% pourri ». C’était sans compter Yves Simon, qui ayant eu le manuscrit entre les mains et l’ayant adoré, décide d’envoyer le manuscrit à Stéphane Million.
Stéphane reçoit « En moins bien » en novembre 2007, n’ouvre l’enveloppe qu’en mars 2008 et appelle Arnaud dès le lendemain, sous le charme du manuscrit. A ce moment-là Stéphane est en pleine période de transition de distributeur et estime que le roman d’Arnaud mérite la meilleure diffusion possible. Il lui propose donc de faire passer son livre à des éditeurs « plus gros » pour lui assurer le succès qu’il mérite, n’étant pas lui même dans la capacité de le faire.
Mais le sort en a décidé autrement puisqu’au moment où Arnaud accepte, Stéphane trouve un distributeur et a donc la possibilité de publier et diffuser « En moins bien ».
Une fois le projet lancé, Arnaud se sent pousser des ailes et, en vacances, les cheveux dans le vent, va pondre un paquet énorme de réécritures et corrections. Quasiment toutes refusées, « 100% pourries », de l’avis des deux, qui s’en marrent encore comme des baleines.
C’est donc un roman presque pas retouché qui est publié début octobre, et qui sera lu et salué publiquement par des gens aussi différents que Sébastien Chabal (le consortium des mecs à barbe, toujours) ou Renan Luce (et moi-même d’ailleurs).
Une chouette histoire que la publication de ce livre qui aura également eu une conséquence majeure puisque la relation qui lit Arnaud et Stéphane va aujourd’hui plus loin qu’une relation auteur/éditeur, l’un n’envisageant pas de publier un nouveau titre sans l’autre. Opération qui sera donc renouvelée dans peu de temps puisqu’Arnaud est actuellement dans un 2ème manuscrit que j’espère aussi bien que le premier, sans en être trop inquiète. Je les soupçonne même d’avoir le même barbier, m’enfin…
La prochaine étape sera peut-être juste d’incinérer LA boîte du « 100% pourri » pour conjurer le sort ;).
Une belle rencontre encore une fois, c’est toujours foutrement agréable de passer un moment avec des gens talentueux, qui aiment ce qu’ils font et qui, en plus, ont un contact des plus sympathiques.
Et je ne dis pas ça parce qu’ils m’ont payé tous mes verres hein.
La SF selon Clément #2: La patrouille du temps – Poul Anderson
NDLR: Vous l’avez aimé, il revient!! Voici la deuxième chronique SF de Clément. Merci à lui!!
Le mois dernier nous nous étions séparés sur un petit jeu littéraire autour des premières phrases des romans de SF.
Il est donc temps, comme promis, de donner les réponses :
- « Il s’appelait Gaal Dornick et c’était un bon provincial qui n’avait jamais vu Trantor » – Fondation, Isaac Asimov
- « A notre connaissance, il n’existe qu’une race capable de rivaliser avec l’Homme. Tout le monde a déjà compris, il s’agit des Triangles. » – Stefan Wul, Piège sur Zarkass
- « J’avais atteint l’age de 1000 kilomètres. » – Le monde invertis, Christopher Priest
- « L’humanité se composait de 128 personnes. » – Des hommes et des monstres, William Tenn
- « Frère Francis Gérard de l’Utah n’aurait peut être jamais découvert les documents sacrés sans le pèlerin qui apparut, les reins ceints de toile à sac, pendant le jeûne du carême que le novice observait au milieu du désert. » – Un cantique pour Leibowitz, Walter Miller
- « Tout là-bas, au fin fond des tréfonds inexplorés et mal famés du bout du bras occidental de la Galaxie, traîne un petit soleil jaunâtre et minable. » – Le guide du routard galactique, Douglas Adams
- « Je suis composé d’eau. Personne ne peut s’en apercevoir parce qu’elle est contenue à l’intérieur. Mes amis sont composés d’eau eux aussi. Tous autant qu’ils sont. Notre problème, c’est que nous devons non seulement circuler sans être absorbés par le sol, mais également gagner notre vie. » – Confession d’un Barjo, Phillip K. Dick
- « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance, c’est la force. » – 1984, Georges Orwell
- « Il était une fois un martien du nom de Valentin Michael Smith. » – En terre étrangère, Robert Heinlen
- « Vaughan est mort hier dans son dernier accident. » – Crash, JG Ballard
Un grand bravo à Silphi qui est donc notre grand vainqueur, Audrey sera donc chargée, puisque toutes les occasions sont bonnes, d’organiser une rencontre apéritive afin de fêter cela dignement, espace temps à définir !
___________________________________
Grand classique de la SF, issu de l’âge d’or américain, « La Patrouille du temps » reprend, vous l’aurez compris l’un des thèmes favoris des écrivains de science fiction : le voyage dans le temps.

On ne compte plus les romans et les films faisant état de tels voyages, que ce soit pour étudier les évènements passés ou futur, pour modifier le cours de l’histoire ou pour simplement vivre une odyssée amoureuse par nature impossible. La possibilité de passer d’une époque à une autre et d’interagir avec celles ci démultipliant évidemment les possibilités jusqu’à l’infini, avec en point d’orgue le fameux paradoxe temporel, expérimenté initialement par « le Voyageur imprudent » de René Barjavel (oui, oui un français !) dès 1944: il tue son aïeul avant que celui ci n’ait une descendance ? Donc il ne peut exister… et s’il n’existe pas, alors il ne peut tuer son aïeul.
Cette spirale de destins et de non destins inspirera la Science Fiction sans relâche, jusqu’à nos jours.
Mais, chez Poul Anderson, le temps ne se comporte pas classiquement, rendant les enjeux des voyages légèrement différents et ô combien plus passionnants !
- Le temps est ici élastique et s’il est légèrement modifié, il a tendance à revenir à sa forme originelle, si bien que les hommes peuvent s’y déplacer sans craindre de modifier l’Histoire à chaque pas.
- Mais il existe des « points nodaux » dans l’Histoire qui, s’ils sont modifiés, changent radicalement l’Histoire du monde.
- Le temps répond aux lois de conservation et de causalité mais sont associées à un principe de discontinuité de l’espace temps. Ainsi, un voyageur imprudent tuant son aïeul continuerait à exister. Exit donc le classique paradoxe temporel.
Pays des ombres – Stig Dalager
8 ans après, les évènements du 11 septembre 2001 sont encore présents dans les esprits de beaucoup de gens. Stig Dalager, auteur danois, nous sert ici un « Pays des Ombres » qui revient sur ces évènements, s’en servant comme d’une trame de fond.

Loin des théories du complot que l’on nous ressert régulièrement, en mode réchauffé, à propos des évènements du 11 Septembre, Stig Dalager prend ici le parti de nous faire « vivre » ces évènements de l’intérieur et surtout du point de vue d’un étranger vivant aux Etats-Unis.
Début Septembre 2001. Jon Baeksgaard, avocat, est chargé de la défense d’Ifrahim Mohammed, accusé à tort du meurtre d’un joaillier juif. Le 11 Septembre, c’est pendant un entretien avec son client qu’il apprend qu’un avion vient de percuter la Tour Nord du World Trade Center, entretien qu’il quittera précipitamment pour aller chercher Eve, sa compagne israélienne, qui travaille dans la Tour Sud.
Il la sortira in extremis des flammes et, en état de choc et par besoin d’exutoire, il se lancera à corps perdu dans la défense de son client, défense qui va rapidement le mener au sein d’un réseau terroriste lié à Al-Quaida.
Stig Dalager prend un parti dangereux, celui d’essayer de nous faire comprendre ce qu’il s’est passé à l’intérieur des tours du WTC ce matin-là et également celui de nous faire pénétrer une réalité difficile à appréhender, celle des réseaux terroristes. Aux 3/4 du livre, c’est donc à Jérusalem, puis en Cisjordanie, à Hébron, qu’il nous emmène, sur les traces du Hamas, des extrémistes musulmans, des tirs sur la bande de Gaza, du soutien des Etats-Unis à Israël et de l’état chaotique de cette partie du monde.
Si la description de l’explosion des avions dans les tours du WTC et de l’état mental des personnes impliquées (passagers de l’avion et personnes dans les tours) fonctionne, l’intérêt du livre est, à mon sens, plutôt contenu dans l’après-11 Septembre et plus particulièrement dans la description de l’ambiance patriotique et surtout anti-islamiste qui se développe. Comme le dit si bien un agent de la cellule anti-terroriste (paraphrasant ainsi une réplique célèbre de G.W. Bush) reprochant à Jon de défendre un musulman, « Si vous n’êtes pas anti-terroristes, vous êtes avec eux ». Amalgame entre Islam et terrorisme, vendetta et nationalisme exacerbé, tous les états ressentis et vécus par les américains à la suite du 11 septembre sont retraduits ici à travers l’enquête que mène Jon pour faire acquitter son client.
Un sujet bien mené, qui tient aux tripes, qui choque parfois, remue souvent mais un style qui s’essouffle tout seul à coup de digressions et de rêves où Jon, Eve et les autres protagonistes du roman mélangent imaginaire, inconscient et réalité.
Dommage également que la dernière partie en Cisjordanie soit traitée de façon moins émotionnelle et plus factuelle et surtout qu’elle clôture le livre de façon aussi rapide, en quelques pages tout est fini. On aurait aimé en savoir et en ressentir un peu plus.
——————————————————————–
« Pays des Ombres », Stig Dalager
Paru le 31 Août 2009 aux Editions Gaïa
Bordel – The Rat Pack
Le nouvel opus de la revue « Bordel » de Stéphane Million a pour titre et pour thème « The Rat Pack ».
Une jolie couverture jaune plus tard, issue d’une photo trafiquée et signée JC de Castelbajac, nous voilà face à un recueil de nouvelles tournant autour de la célèbre bande d’amis qui régna sur Las Vegas et Hollywood dans les années 50 et 60.

Chloé Alifax, Jérôme Attal, Frédéric Beigbeder, Barbara Israël, Fanny Salmeron, Jean-Paul Rouve, Arnaud le Guilcher, Pierre Mérot, Lucien Cerise et j’en passe, c’est au final 32 nouvelles qui nous attendent ici de pied ferme pour nous plonger dans l’univers des crooners un peu décadents qu’étaient Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr et leurs acolytes.
Mafia, politique, drogue, stupre, fêtes orgiaques, alcool, pouvoir, talent, et surtout bande de potes, un cocktail Molotov repris tout le long des 210 pages de Bordel, sous différents angles, différentes perceptions, différents protagonistes.
Pour ceux qui ne connaissaient pas le Rat Pack (si tant est qu’il y en ait?), c’est un tour d’horizon qui devrait vous donner envie d’en savoir plus et pour les autres, ca vous donnera également envie de vous replonger dans les films et les concerts live de ces figures américaines.
Un chouette moment de lecture avec un gros coup de cœur personnel pour les nouvelles de Alexandra Julhiet « Mr Moustache », Gauderic G. Vermeil « L’hôtel de sable », Barbara Israël « Pretty in Pink, isn’t she? », Fanny Salmeron « Betty Joan sur le boulevard » et Philippe Sohier « Sympathy for the angel »
—————————————————
Bordel – The Rat Pack
Paru le 8 Octobre chez Stéphane Million Editeur
Contact
Catégories
Le salon
Derniers articles
Commentaires récents
- zarline dans La SF selon Clément #8: L’échelle de Darwin – Greg Bear
- Mèyonsi dans De la beauté – Zadie Smith
- ts dans De la beauté – Zadie Smith
- ts dans De la beauté – Zadie Smith
- Méyonsi dans De la beauté – Zadie Smith
Je suis là aussi
