
L.A. Story – James Frey
Je dois avouer que cette rentrée littéraire m’avait un peu frustrée. Certes je n’ai pas lu l’exhaustivité des 600 et quelques livres sortis entre fin aout et début octobre, certes quelques unes de mes lectures m’ont laissée d’agréables impressions. Mais pas de gros coup de cœur, pas de gros crush, pas d’extrême, seule une tiédeur, certes confortable mais un peu soporifique… Jusqu’à la semaine dernière en fait et les néons de « L.A. Story » de James Frey.

James Frey, c’est cet auteur qui avait défrayé la chronique en 2001, se mettant tous les médias américains (Oprah Winfrey en tête) à dos après avoir soutenu mordicus que son roman « Mille Morceaux » était un témoignage et non une fiction. Supercherie découverte et pour laquelle James Frey a payé en s’exilant un temps en France.
Pour « L.A. Story« , il affiche clairement la couleur. C’est un roman. Les chiffres utilisés et présentés ne sont « inventés qu’à 25% » dixit l’auteur lui-même.
Car finalement ce qui marque dans ce livre n’est pas la véracité ou non des faits et statistiques de la ville de Los Angeles et de ses habitants. Ce qui marque c’est la désacralisation du rêve américain californien, la descente de Los Angeles de son piédestal, c’est la réalité opposée à l’imaginaire.
Pour James Frey, Los Angeles est assimilable à une des autoroutes qui la bordent et la traversent, une 16 voies embouteillée, grise, sale, où les vies se croisent et parfois percutent à pleine vitesse le mur de l’American Dream.
Dans son roman on suit de façon fractionnée les vies d’Esperanza, américaine d’origine mexicaine contrainte de faire du ménage à Pasadena, d’Amberton, acteur superstar pesant des millions de dollars, hétéro publiquement mais gay dans l’intimité, de Vieux Joe, SDF sur la promenade de Venice Beach, de Dylan et Maddie, jeunes de 19 ans qui ont quitté l’Ohio pour réussir et mieux vivre à L.A., de Larry le marchand d’armes, de ces millions de jeunes venus à la conquête de l’Ouest en rêvant d’intégrer le monde du cinéma et des paillettes…
Entre ces histoires, James Frey nous rappelle l’histoire de la construction de LA et son expansion, il nous assène aussi des « Faits marrants sur L.A. » ou de « Faits pas marrants sur L.A. », d’informations factuelles sur les autoroutes, les gangs ou les points étranges de la legislation du comté de Los Angeles.
Ce qui m’a touché, en plus du style de James Frey, à la fois très accessible et en même temps très « habité », c’est l’aura de ce livre. Une espèce de Bible de L.A. mais une Bible noire, effrayante, qui casse en deux les images pastels que nous avons tous de cette Californie.
Ce que raconte James Frey n’a rien d’un conte de fée, ça n’a rien non plus d’un tableau noirci à l’extrême, c’est juste la réalité de L.A., en dehors des strass et des paillettes des collines de Beverly Hills et d’Hollywood. Ce sont juste des bouts de vie , des bouts d’époques, des rêves brisés ou au contraire des vies sublimées par une rencontre, un coup du sort ou autre…
James Frey casse le mythe et il le fait d’une façon brillante, incandescente, avec une écriture habitée, une écriture qui, en tout cas, m’a personnellement frappée de plein fouet.
Pour une fois qu’un « Bret Easton Ellis-like » ne me débecte pas…
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« L.A. Story », James Frey
Paru chez Flammarion le 1er septembre 2009
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