
En moins bien – Arnaud Le Guilcher
Stéphane Million est un phénomène et si sa maison d’édition est pas mal connue pour ses revigorantes revues Bordel, il est également l’instigateur de petites perles littéraires, Jérôme Attal, Barbara Israël, Chloé Alifax et j’en passe. Pour cette rentrée 2009 il en remet une couche avec une sombre histoire de dune et de pélican signée Arnaud Le Guilcher, « En moins bien ».

La 4ème de couverture annonce déja la couleur, jugez plutôt: « Emma. Un pélican à la con. Une station balnéaire aux États-Unis. Un Allemand qui tourne. Une tribu de hippies crados. Le moral dans les bottes. Une dune qui chante. Cassavetes, Kurosawa et Huey Lewis. Un pressing. Un verre de trop. Une équipe TV. Puis une autre. Richard. Love in Vain. Un requin et un marteau. Un coup de feu. Du sang sur le sable. Une Chevrolet Impala. Le bruit des vagues. L’amour à trois. L’amour tout seul. Une lettre d’amour. La vie qui continue. En moins bien. »
On sent que ça va aller vite, que ça va aller dans tous les sens, que ça va se lire comme on écouterait ou regarderait un film. Tout juste.
« En moins bien » nous raconte l’histoire d’un loser, perdu dans un bled américain, qu’un évènement malheureux et l’ironie du destin vont forcer à devenir leader d’un autre joyeux groupe de losers dans une station balnéaire nommée Sandpiper. Si Sandpiper était avant surtout connue pour sa dune qui chante, elle devient là le théâtre un peu halluciné d’une hystérie collective autour d’un derviche tourneur germanique, d’une communauté de hippies suicidaires, de chaînes de TV et autres médias vampiriques et d’un pélican bouffeur de talons nommé JFK.
Le héros, leader de ce groupe de bras cassés, alcoolique profond et écrivain raté, va finalement faire un point sur sa vie, ses envies et ses manques et tout changer de façon abrupte, un moindre mal compensé par les trésors tout simples mais précieux qu’il va découvrir dans son entourage.
Servi par un style très « parlé » même si gratuitement un peu grossier, « En moins bien » passe bien, très très bien, on a rapidement l’impression d’être plongé dans un bon film US de gentils losers, pas méchants mais pas vraiment aidés par la vie. La prouesse étant que ce qui pourrait être larmoyant, déprimant et un peu pathétique est ici émouvant et drôle.
Une belle rentrée, donc, pas moins bien que les autres ;)
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« En moins bien », Arnaud Le Guilcher
Paru le 8 Octobre 2009 chez Stéphane Million Editeur
HYROK – Nicolaï Lo Russo
Dans la lignée de « Adore » de Dahlia et d’ »Unplugged » d’Alexandra Varrin, les Editions Léo Scheer continuent leur mécanisme de rétro-publication (publication papier de manuscrits ayant été diffusés « virtuellement »" sur le site des Editions) avec « HYROK » de Nicolaï Lo Russo, dont les 500 et quelques pages m’attendaient bien sagement dans ma boîte aux lettres il y a peu.

Première impression, c’est lourd 516 pages. Surtout dans un sac de fille. Et puis, finalement, dans « HYROK », on a l’impression que ce qui pèse, ça n’est pas le poids du papier, mais le poids que trimballe en permanence Louison Rascoli sur ses épaules. Fatalité, destin, manque de chance, mauvais contexte, mauvaises rencontres, inadéquation, monde pourri, on pourrait disserter des heures sur les raisons qui seraient à l’origine de ce poids. Mais là n’est pas la question.
Louison Rascoli est un photographe de mode des années 2000 dont nous suivons, à travers la retranscription de son fils, vers les années 2040, de journaux intimes et enregistrements vocaux, la vie, la carrière, les rencontres (dont celle avec la mère de son fils) et la fin. Destin tragique s’il en est, Louison Rascoli mourra désespéré, sans imaginer un seul instant l’impact posthume de son oeuvre sur le monde artistique en général et photographique en particulier.
Nicolaï Lo Russo mêle dans « HYROK » des éléments caractéristiques de notre si beau monde actuel, le culte de l’apparence, la mutation des relations avec l’explosion du virtuel, le consensus mou autour d’un Art pauvre mais érigé en culte par quelques élites, la mise au trou de l’originalité et la pression sociale autour de tout ça.
Sujets lourds sur lesquels viennent se greffer de jolis clins d’oeil au monde des blogs, du langage SMS, des sites de rencontres et de p0rn amateur et également la main mise de la réussite par le réseau plutôt qu’au mérite.
516 pages lourdes donc.
Mais lourdes de sens. Si « HYROK » est parfois difficile à lire (et il l’est, j’ai souvent dû m’accrocher pour dépasser certaines pages), disons que le fond en est l’explication. Le style de Nicolaï Lo Russo est parfois un peu trop riche, un peu brouillon mais le sujet et le sens qu’il dessert le rend finalement légitime, ou en tout cas parfaitement compréhensible. C’est pas funky « HYROK », c’est même parfois déprimant. Il y a vraiment des moments où les 516 pages ont envie de tomber toutes seules par terre. Mais au final, ça fonctionne pas mal.
Et concernant l’explication du titre, pas de chance, je ne dirai rien, elle se trouve vers la fin du livre.
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« HYROK », Nicolaï Lo Russo
Paru le 7 Octobre 2009, aux Editions Léo Scheer, collection M@nuscrits
La SF selon Clément #1: Le dieu venu du centaure – Philip K. Dick
NDLR: Ici démarre la chronique mensuelle de Clément, autour de la SF. Je suis ravie d’accueillir ici un passionné de ce genre que je connais peu. Et je le suis d’autant plus qu’il écrit excessivement bien, lisez moi donc ça… Merci à lui!
Essayez un peu de définir ce qu’est la Science Fiction.
Aussitôt, un petit malin viendra vous citer un titre qui ne rentrera pas dans votre définition. Du Frankenstein de Mary Shelley qui tient presque du conte fantastique victorien aux romans les plus hard science de Arthur C. Clarke, le spectre couvert par ce genre littéraire est si large qu’on serait bien en peine d’en donner une définition simple pour débuter cette chronique.
Peut être que nous pourrions nous en sortir avec une petite pirouette en reprenant le mot de Norman Spinrad: “La Science Fiction, c’est tout ce qui est publié sous le nom de Science Fiction”. Au moins, on ne se mouille pas.
Ou alors par une blague de potache comme le fit Michel Blatrier: “Ah bon, je fais de la Science-Fiction? Alors quand je dis: “Monique, apportez moi mes pantoufles hyper spatiales” je fais de la SF! Mon dieu, que la science est une belle chose…”
Toujours est il que la Science Fiction, longtemps considérée comme un sous-genre littéraire, un cousin de province un peu abattardi de la Grande Littérature, a pris peu à peu ses lettres de noblesse. Qui aujourd’hui viendrait remettre en cause les influences considérables qu’ont pu avoir un Isaac Asimov, un Arthur C. Clarke ou un John Brunner sur la littérature et, peut être, sur la vision que nous avons du monde qui nous entoure? Car au travers de cette multitude de récits permettant à de jeunes adolescents en mal de sensations fortes de s’évader en dehors de la grisaille du quotidien, tous les thèmes existentielles se retrouvent. Que deviendras le monde après la fin de notre civilisation? Qu’est ce que la réalité? Qui est Dieu? Sommes nous seuls dans l’univers? Autant de questions, parmi d’autres, traitées tantôt avec humour, tantôt avec gravité par les écrivains de Science Fiction.
Ainsi, cette chronique mensuelle dont Audrey me fait l’honneur (qu’elle en soit remerciée jusqu’à Trantor, Proxima et jusqu’en l’an 470 apres Ford!) aura pour but de faire une ballade dans ce monde un peu halluciné de la Science Fiction. Sans but précis, des grands classiques aux petites perles. En abordant les grands thèmes et les grands auteurs. Certains choix pourront surprendre. C’est le but. Mais sans jamais se prendre trop au serieux. La Science Fiction est avant tout un jeu, une récréation, une ouverture d’esprit qui développe notre imaginaire, pas un genre littéraire dont on pourrait juger la qualité selon des codes trop bien établis.
Pour cette première chronique, il fallait faire fort afin d’espérer être reconduit pour les mois prochains! Alors nous commencerons par un très bon cru. Un peu comme cette bouteille de St Julien qu’on aurait oubliée dans un coin de la cave et qu’on déboucherait entre copains. Commençons par la carafer pour en révéler les parfums.
A venir: la chronique mensuelle de Clément, autour de la SF
En imaginant et en réalisant ce blog, j’avais certes la volonté de me créer un espace de parole dédié à la littérature et à tout ce qui peut la toucher de près ou de loin mais j’avais également envie d’en faire un espace de partage, de découverte et d’échange.
C’est à ce titre notamment que j’ai créée la rubrique « Plumes Invitées », pour permettre à ceux qui le souhaitaient de publier chez moi un article de leur propre Plume, autour des livres et de leurs auteurs.
Après presque 4 mois de vie autonome, « Les Plumes d’Audrey » prend tout doucement la voie que je lui souhaitais avec des articles plus qu’intéressants écrits par Silphi et Clément.
Toujours dans le même esprit, j’ai donc la joie de vous annoncer que cette tribune que j’offrais à qui la voulait va encore s’étoffer puisque Clément m’a proposé de rédiger ici une chronique mensuelle, une critique littéraire de son cru autour d’un genre que je ne maîtrise pas vraiment, la Science-Fiction.
Un belle collaboration et un beau complément pour les Plumes et, je l’espère, un beau support pour lui qui a décidé sur son propre blog, de se recentrer vers ses sujets de prédilection, à savoir la politique et la santé Publique.
Le premier opus de cette chronique devrait être publié d’ici une ou deux semaines et comptez sur moi pour le mettre en avant ;)
En attendant, au programme sur les Plumes dans les jours qui arrivent:
- « HYROK » de Nicolaï Lo Russo
- « En moins bien « d’Arnaud Le Guilcher
- un petit article autour de la revue Bordel et son dernier opus, « The Rat Pack »
L.A. Story – James Frey
Je dois avouer que cette rentrée littéraire m’avait un peu frustrée. Certes je n’ai pas lu l’exhaustivité des 600 et quelques livres sortis entre fin aout et début octobre, certes quelques unes de mes lectures m’ont laissée d’agréables impressions. Mais pas de gros coup de cœur, pas de gros crush, pas d’extrême, seule une tiédeur, certes confortable mais un peu soporifique… Jusqu’à la semaine dernière en fait et les néons de « L.A. Story » de James Frey.

James Frey, c’est cet auteur qui avait défrayé la chronique en 2001, se mettant tous les médias américains (Oprah Winfrey en tête) à dos après avoir soutenu mordicus que son roman « Mille Morceaux » était un témoignage et non une fiction. Supercherie découverte et pour laquelle James Frey a payé en s’exilant un temps en France.
Pour « L.A. Story« , il affiche clairement la couleur. C’est un roman. Les chiffres utilisés et présentés ne sont « inventés qu’à 25% » dixit l’auteur lui-même.
Car finalement ce qui marque dans ce livre n’est pas la véracité ou non des faits et statistiques de la ville de Los Angeles et de ses habitants. Ce qui marque c’est la désacralisation du rêve américain californien, la descente de Los Angeles de son piédestal, c’est la réalité opposée à l’imaginaire.
Pour James Frey, Los Angeles est assimilable à une des autoroutes qui la bordent et la traversent, une 16 voies embouteillée, grise, sale, où les vies se croisent et parfois percutent à pleine vitesse le mur de l’American Dream.
Dans son roman on suit de façon fractionnée les vies d’Esperanza, américaine d’origine mexicaine contrainte de faire du ménage à Pasadena, d’Amberton, acteur superstar pesant des millions de dollars, hétéro publiquement mais gay dans l’intimité, de Vieux Joe, SDF sur la promenade de Venice Beach, de Dylan et Maddie, jeunes de 19 ans qui ont quitté l’Ohio pour réussir et mieux vivre à L.A., de Larry le marchand d’armes, de ces millions de jeunes venus à la conquête de l’Ouest en rêvant d’intégrer le monde du cinéma et des paillettes…
Entre ces histoires, James Frey nous rappelle l’histoire de la construction de LA et son expansion, il nous assène aussi des « Faits marrants sur L.A. » ou de « Faits pas marrants sur L.A. », d’informations factuelles sur les autoroutes, les gangs ou les points étranges de la legislation du comté de Los Angeles.
Ce qui m’a touché, en plus du style de James Frey, à la fois très accessible et en même temps très « habité », c’est l’aura de ce livre. Une espèce de Bible de L.A. mais une Bible noire, effrayante, qui casse en deux les images pastels que nous avons tous de cette Californie.
Ce que raconte James Frey n’a rien d’un conte de fée, ça n’a rien non plus d’un tableau noirci à l’extrême, c’est juste la réalité de L.A., en dehors des strass et des paillettes des collines de Beverly Hills et d’Hollywood. Ce sont juste des bouts de vie , des bouts d’époques, des rêves brisés ou au contraire des vies sublimées par une rencontre, un coup du sort ou autre…
James Frey casse le mythe et il le fait d’une façon brillante, incandescente, avec une écriture habitée, une écriture qui, en tout cas, m’a personnellement frappée de plein fouet.
Pour une fois qu’un « Bret Easton Ellis-like » ne me débecte pas…
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« L.A. Story », James Frey
Paru chez Flammarion le 1er septembre 2009
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