
Un roman français – Frédéric Beigbeder
NDLR: Cet article fait partie de la catégorie “Plumes invitées”. Il a été rédigé par Silphi et est donc publié sous son nom. Merci à lui ! :)
Je dois l’avouer en préambule, j’ai une certaine faiblesse pour FB. J’aime son personnage et ai donc une certaine complaisance quant à ses romans. J’ai apprécié « l’Egoïste romantique« , « Nouvelles sous extasy« , « 99 francs » & Cie ainsi que Le Cercle, son émission sur Canal+ cinéma.
J’étais donc vraiment curieux de voir ce que donnait son dernier roman.

Complètement autobiographique, ce nouvel opus de l’auteur revient sur son arrestation suite à la consommation de cocaïne sur le capot d’une voiture en compagnie d’un ami et les deux jours qui ont suivi.
Moments mis à profit pour revenir sur son enfance et dresser un constat sur son existence et les raisons pour lesquelles il en est arrivé là. Il faut aussi mentionner le léger scandale ayant entouré la sortie de ce livre.
Grasset aurait en effet demandé à l’auteur de supprimer quelques passages bien senti sur le magistrat Jean-Claude Marin, responsable de la prolongation de sa garde à vue. Et, en dépit d’un ton très libertaire affiché de manière ostentatoire, FB s’est exécuté. Et il faut avouer que cette contradiction vient quelque peu entacher une bonne partie du récit.
Le roman se scinde donc en deux parties : l’arrestation et les conditions de garde à vue et les souvenirs d’une enfance aisée passée entre le sud-ouest et Paris.
La partie concernant l’arrestation et la garde à vue prête cependant à sourire. On dirait que FB oublie que la consommation de drogue est un acte illégal et qu’il est normal qu’on ait des ennuis avec la justice ce faisant. A le lire, on a l’impression qu’on a affaire à un complot mené contre l’auteur et que c’était vraiment inhumain de lui faire subir ça. Cette propension à se faire passer pour une victime du système en vient donc à être agaçante à la longue. D’autant plus que, condamnant ce même système tout en osant pas aller au bout de ces convictions en s’auto-censurant porte un coup sévère à la crédibilité du récit concernant cette partie.
Par contre, là où FB est très fort en dépit d’un style parfois un peu facile, c’est de réussir à véhiculer de très belles émotions sur la partie liée à son enfance. En effet, on sent très bien la perte de repères liée au divorce de ses parent où lui et son frère se retrouvent entre leurs deux parents : une mère ayant décidé de vivre sa vie comme elle l’entend par amour d’un autre que son père et cette figure paternelle pleine d’excès et de superficialité mais résolument attachante. Une enfance où la morale est clairement que l’argent ne fait pas le bonheur. Une construction de soi difficile avec un frère qui réussit tout ce qu’il entreprend et qui reçoit la légion d’honneur quand FB sort de sa garde à vue. Une construction de soi difficile où il a fallut emprunter à tant de personnalités différentes pour se faire aimer. De très beaux moments à lire.
C’est pour toutes ces raisons que j’ai du mal à me faire un avis vraiment tranché sur ce livre.
De part ma complaisance naturelle envers FB et dont j’ai fait état en préambule, je dirai que j’ai apprécié ces moments passés à lire « Un roman français« .
Ceci dit, si je reste objectif, les passages sur la garde à vue sont assez scandaleux tant l’auteur se victimise. En gros je dirai donc que si, à la base, vous n’appréciez pas Beigbeder, ce roman vous confortera dans votre appréciation. Dans le cas contraire, vous passerez outre les passages trop faciles pour trouver dans les autres une attachante mélancolie.
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« Un roman français« , Frédéric Beigbeder
Paru chez Grasset le 19 août 2009
Pour en savoir plus sur Silphi ->http://silphi.fr/
Literary Death Match – Ep.1 à Paris
Entre deux chroniques, deux rencontres ou deux livres, il m’arrive aussi de fréquenter ce milieu de l’édition si souvent décrié lors de soirées confidentielles ou manifestations mémorables.
La soirée de mercredi n’appartient à aucune de ces deux catégories, et pour cause.
Mercredi soir donc avait lieu dans mon 11ème arrondissement adoré le premier épisode français (et parisien) du Literary Death Match, ou combat à mort littéraire en français dans le texte.
Manifestation organisée par le fondateur d’Opium Magazine, Todd Zuniga, le LDM a déja une quarantaine d’opus à son actif aux Etats-Unis mais également en Chine et à Londres.
Ce premier épisode, relayé par Kevin Dolgin, promettait donc, comme les autres, un combat entre 4 auteurs, par rounds de 2, l’épreuve consistant à faire une lecture de 8 minutes d’un texte de leur choix et d’être ensuite jugés et « départagés » par un jury de 3 personnes.
Pour cet opus, les 4 auteurs prêts à en découdre n’étaient pas moins que Philippe Jaenada, Frédéric Beigbeder, Max Monnehay et Mohammed Razane.
Le jury lui, était composé de David Foenkinos, Yorgos Archimondritis (critique et journaliste) et Bo (musicien). Une belle affiche? Une belle affiche.
Mais ne nous leurrons pas, ce que je préfère dans ces soirées moi, c’est retrouver des gens, en rencontrer d’autres et papoter au bar sur fond de thème littéraire arrosé de vin blanc. Sur ce point-là, soirée réussie mais j’y r
eviendrai.
J’ai donc récupéré mon acolyte devant le Réservoir, me suis acquittée des 10€ règlementaires (aouch!), ai gagné pour ce prix un programme et un badge à l’effigie de l’auteur que je supporterai plus tard, en l’occurence Max Monnehay et ai pénétré l’antre. Enfin le Réservoir en fait.
Matthias me présente Max, qu’il connait bien et avec laquelle nous allons donc passer quasiment toute la soirée. Une chouette rencontre que cet auteur de « Corpus Christine » qui a subi il y a peu une actualité peu reluisante (actualité d’ailleurs reprise, on s’en serait doutés, par Frédéric Beigbeder qui en fera son introduction lors de sa lecture…).
Aux alentours de 20h30, le coup d’envoi est donné et le premier round oppose Mohammed Razane et Philippe Jaenada, les deux lisant un extrait de leur propre roman. Même si le jury a eu des avis et réactions que je ne partage pas, Jaenada restant pour moi la caution « classe » de cette soirée, les minutes s’égrènent dans une ambiance plutôt sympa, toute appréciation des textes mise à part…
C’est sur la « victoire » de Mohammed Razane que démarre le 2nd tour, opposant donc (si vous avez bien suivi…) Beigbeder et Max.
Beigbeder commence, avoue n’avoir rien préparé, oublié son livre et meublera ses 8 minutes à coup de blagues, grandes envolées lyriques et autres réactions Beigbedesques. Max suit, et lit quant à elle un texte écrit la veille au soir, spécialement pour l’évènement, on la sentait stressée elle s’en sortira finalement très bien.
La lecture de Max terminée, les délibérations du jury sont finalement très brèves et c’est elle qui sortira gagnante de ce round.
La suite, je ne la sais pas trop, c’est le moment que j’ai choisi pour retrouver quelques connaissances, copains et autres gens de bonne compagnie au bar pour discuter et j’avoue ne même pas avoir vu la finale (que Mohammed Razane a d’ailleurs remporté sur une épreuve à première vue equilibro -artistique?). Je n’étais d’ailleurs pas la seule à détourner mon attention de la scène , la salle s’étant vidée après la lecture de Max.
En conclusion?
Une chouette soirée pour les gens revus, rencontrés et bisoutés (j’ai passé ma soirée à faire des bises), une ambiance agréable, un concept intéressant que le LDM mais à mon avis qui reste à travailler pour en faire un vrai RDV litté’ français (ou parisien, clin d’oeil à ceux qui se morfondent en Province, on vous aime aussi) si tant est que ça en soit le but. En fait, j’ai peur qu’en l’état, il n’y ait pas moultes épisodes supplémentaires pour cause de chute de fréquentation. Enfin, je dis ça, mais ne serait-ce que pour le vin blanc et les copains, j’y retournerai bien je crois ;)
Siècle d’enfer – Frédéric Castaing
Frédéric Castaing, auteur reconnu de deux polars chez Série Noire – Gallimard (« J’épouserai plutôt la mort » et « Ca va? Ca va. ») signe pour cette rentrée littéraire son 4ème roman, au Diable Vauvert, en conservant le fil rouge du roman policier et y mêlant un tout petit peu de science-fiction…

« Siècle d’enfer » se présente comme le journal intime de celui qui se fera appeler Vendredi 13 par la suite, incarcéré à 5 ans dans un camp de redressement et qui en ressort à 22 ans. Après 17 ans passé enfermé, il se retrouve dans un Paris en proie aux émeutes urbaines dans lequel sa réinsertion va devoir se faire coûte que coûte.
Vendredi 13, après sa sortie du camp, doit également fuir des individus surgis de son passé et bien décidés à ne pas le laisser en vie maintenant qu’il est hors du camp.
Avec une verve très orale, argotique et surtout agressive, Frédéric Castaing nous plonge ici dans un contexte non imaginaire mais plutôt un monde où les évènements sociaux, politiques et économiques actuels auraient été exacerbés pour transformer radicalement la société et les rapports entre les hommes, sur fond d’émeutes, de pillages, d’incendies et de carnages en plein Paris.
Mêlant en ce sens quelques codes de la science-fiction (un Paris méconnaissable, le succès des jeux vidéos, l’ampleur de leur industrie et de leur généralisation à toutes les couches de la société) et un polar bien construit (la raison de l’enfermement de Vendredi 13 à 5 ans et la présence à ses côtés d’individus y étant pour quelque chose), Frédéric Castaing pond ici un livre haletant, épuisant.
De la délocalisation pour sauver l’économie aux émeutes urbaines, en passant par les gangs et la dépersonnalisation de la société (Vendredi 13 parle de ses semblables selon des attributs physiques et non de personnalité), « Siècle d’enfer » dépeint ici un tableau noir de ce qui pourrait peut-être arriver dans notre société.
Si le fond du livre est construit et cohérent, j’ai par contre été rapidement essouflée par le style.
La sémantique, pauvre, le rythme, violent, les aller/retour entre les prises de parole des personnages pas forcément délimitées, les flash back et autres mélanges des temps d’action, ce qui avait démarré comme une piqure d’adrénaline m’a laissée sur le bord de la route au 2/3 du roman, malgré ma curiosité de savoir le fond de l’histoire.
Finalement, si je ne peux que saluer la performance d’avoir su tenir en haleine la lectrice que je suis sur le fond et notamment sur le fil rouge « polar », je regrette néanmoins ce style qui, à mon sens, dessert un peu la cause et rend difficile la lecture au bout de 200 pages….
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« Siècle d’enfer »
Frédéric Castaing
Paru le 20 août 2009 au Diable Vauvert
L’homme qui m’aimait tout bas – Eric Fottorino
« Ce sont les mots qu’ils n’ont pas dits qui font les morts si lourds dans leur cercueil. » (Montherlant).
Cette seule phrase pourrait illustrer ce roman d’Eric Fottorino, roman dédié à son père qui a choisi de se suicider en 2008.

Eric Fottorino a été adopté à 9 ans par Michel Fottorino, kinésithérapeute, et s’il a plus tard renoué des liens avec son père biologique, lui-même avoue « être né une seconde fois » ce jour-là.
Dans cet hommage à son père, Eric Fottorino nous raconte l’histoire d’un homme qui ne savait pas exprimer ses sentiments avec des mots mais dont l’amour transparaissait dans chacun de ses gestes. Il nous raconte un homme qui n’a pas supporté la vieillesse, la fin de son activité de masseur-kinésithérapeute, la fin de son « utilité ». Il nous raconte un père, un frère, un mari, un docteur. Il nous raconte le soleil tunisien, le port de la Rochelle et les routes du Marais Poitevin.
Une déclaration d’amour certes. Un hommage donc. Une douleur apprivoisée aussi. Des mot simples, un style fluide et un sujet de départ qui ne laissera personne insensible. En plus de la mort d’un être cher et de la douleur à surmonter vient aussitôt la culpabilité liée à au suicide. « Qu’aurais-je du faire? Qu’aurais-je du voir? ».
Eric Fottorino nous livre ici une tranche de sa vie très vraie, très sincère, une prose qui touche forcément mais dont la portée justement est, à mon sens, quelque peu desservie par la lègereté de l’écriture. Je reconnais la fluidité, j’en regrette un peu la simplicité.
Mais « L’homme qui m’aimait tout bas » reste un livre très beau, il est finalement le cadeau d’un fils à son père, le dernier support des mots qu’il n’a jamais prononcés.
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« L’homme qui m’aimait tout bas », Eric Fottorino
Paru le 17 avril 2009 chez Gallimard
La route – Cormac McCarthy
En obtenant le prix Pulitzer 2007 pour « La Route », l’auteur de notamment « No country for old men » aura rallié à sa cause de nombreux nouveaux lecteurs, si tant est qu’il en ait eu encore besoin.
Avec la sortie en poche de ce petit chef d’oeuvre, ça ne risque pas de s’améliorer…

Après l’Apocalypse. Un homme et son fils traversent un pays et suivent ses routes en allant vers le Sud.
Dans un environnement dévasté, brûlé, noir, où la lumière du soleil ne traverse plus la couche de cendres en suspension dans l’air, et où sévissent des hordes de cannibales, ils vont avancer, encore et toujours, survivants « portant le feu ».
On a beaucoup écrit sur ce livre mais ce qu’il en ressort surtout est cette impression un peu gênante de réalisme. Cormac Mc Carthy nous décrit un monde d’horreur que l’on arrive pourtant excessivement bien à visualiser et à envisager.
En suivant cet homme et ce petit garçon, fantômes sans nom, sans âges, dans un pays non identifié, c’est toute la palette des sentiments humains qui se déroule, au nom du réflexe de survie inhérent à l’homme.
« La Route » transpire la noirceur, la désolation, l’horreur mais laisse transparaitre l’amour et surtout l’espoir.
L’espoir en un être, l’espoir en l’homme lui-même.
C’est un livre qui prend aux tripes, un livre à lire en plein jour en étant de bonne humeur, sous peine de de regarder son environnement et ses congénères d’un oeil désespéré, une fois le livre fermé. Mais c’est un livre magnifique, une quête de celles qui font les hommes et leur nature.
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« La Route », Cormac Mc Carthy
Paru en janvier 2008 aux Editions de l’Olivier
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