
Rencontre avec… Pierre Stasse, auteur des « Restes de Jean-Jacques »
Un mercredi caniculaire de ce mois d’août, dans le 3ème arrondissement de Paris.
Un verre prévu quelques semaines auparavant avec Guillaume Robert, auquel celui-ci a convié Pierre Stasse, dont le premier roman, « Les Restes de Jean-Jacques », sort le jour même chez Flammarion. Occasion à fêter, donc.

20h, il fait toujours une bonne trentaine de degrés lorsque je rejoins Guillaume, dans un Paris au ralenti.
Quelques bafouilles autour de Barcelone et pile au moment où j’avoue à Guillaume que je n’ai pas, à ce moment-là, encore fini « Les Restes de Jean-Jacques », Pierre arrive.
Guillaume et lui se sont rencontrés en 2007, Guillaume faisait partie du jury d’un Concours de Nouvelles, organisé au sein de Sciences Po, dont Pierre Stasse obtint le 1er prix avec une nouvelle qui sera d’ailleurs publiée dans Le Monde 2.
Un véritable coup de foudre littéraire puisque Guillaume s’empresse alors de demander au jeune lauréat s’il n’a pas « quelque chose de plus long » dans ses tiroirs.
Question jackpot pour tout jeune auteur s’il en est… Pierre propose donc un manuscrit à Guillaume, sur lequel il travailleront sans relâche pendant 1 an. Travail de fourmi, non vain mais qui finalement ne satisfait pas Pierre. Celui-ci lâchera donc ce roman en cours de retravail et reviendra vers Guillaume, 7 mois plus tard, « Les Restes de Jean-Jacques » dans les mains.
Avec ce roman qui flirte avec le surréalisme, Pierre Stasse nous emmène au sein d’une cellule familiale et amicale un peu lunaire, composée de Paul, qui ouvre le roman en se faisant tirer dessus par sa future-ex (parce qu’il a donné des restes à manger à Jean-Jacques, CQFD), Mikhaïl et Anouchka, fratrie russe, l’un auteur d’un manuscrit de 6000 pages et l’autre traductrice, Kristin, auteure de » romans de gare », Leila et Ilias, qui tiennent une pension de famille, Keith, le chien acrobate, George Sands, éditeur américain, la mère de Paul qui est une voix sur dictaphone et son père, diplomate.
Il y a finalement peu d’intrigues entre ces personnages, ce qu’on retient surtout est la singularité des dialogues (autant dans le fond que la forme), l’originalité d’un roman non-localisé, non-daté et surtout la fantaisie mise au service de situations et actions à la base totalement banales, et ce tout au long du livre.
J’ai juste noté, de façon anecdotique, le fait que sur 6 personnages principaux, 2 sont écrivains, un éditeur et une traductrice. Miroir amusant, surtout que finalement, le personnage qui a le plus d’épaisseur est celui qu’on ne rencontre quasiment qu’à la fin du livre.
Mais, et ce titre? Quand je pose la question à Pierre, celui-ci sourit et me répond d’un air sérieux (mais pas trop) qu’il s’est penché sur la question pour pouvoir fournir une explication métaphysique digne des illustres journalistes qui l’interrogeront à ce sujet et ne pas avoir à avouer simplement que Jean-Jacques est un « connard de teckel qui se prend pour un berger allemand » (NDLR: Faux, Jean-Jacques est un pékinois d’ailleurs) et qui mange des restes. Hum.
Et donc cette explication métaphysique? Une sombre référence à un professeur japonais très réputé qui aurait consacré un article sur le déclin de la littérature contemporaine et ce qu’il en « reste ». Soit :)
Car finalement, en ce jour de sortie, Pierre Stasse est plutôt fébrile.
On le serait à moins, bien évidemment.
Et quand il nous raconte avoir fait le tour des librairies autour de chez lui et vu son roman sur les tables, juste avant de repartir en cours (NDLR: En guise d’activité estivale supplémentaire, Pierre Stasse prépare le concours du Barreau), je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que ouais, wah quand même. 23 ans, Sciences Po et un premier roman chez Flammarion, il y a de quoi chopper le vertige.
Ayant fini de le lire depuis, je réitère mes propos, ce côté surréaliste, lunaire, un peu fou confère une légèreté appréciable aux « Restes de Jean-Jacques », ce dont j’étais pourtant un peu dubitative à la fin du premier chapitre, à mon sens pas très représentatif de l’ensemble, le tout servi par un style fluide et solide.
Quand je quitte Guillaume et Pierre, il est 22h, il fait toujours 35°C, nous dégoulinons toujours.
Je crois avoir, durant cette entrevue, effrayé notre auteur en lui disant que justement je ne m’étais pas encore fait d’avis sur son livre, mais sachez, Monsieur Stasse, que je vous tire mon chapeau pour ce livre frais qui fait du bien par où il passe, surtout dans une rentrée littéraire caniculaire et, comme toutes les rentrées littéraire, prolifique!
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« Les Restes de Jean-Jacques », Pierre Stasse
Paru chez Flammarion le 19 août 2009
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