
Le Soupir de l’Immortel – Antoine Buéno
J’avoue ne pas être une fan inconditionnelle des romans d’anticipation et de SF.
Oh bien sûr, j’ai lu mes classiques. J’ai dévoré les Fondation d’Asimov, le cycle de Dune de Frank Herbert, quelques Philip K. Dick. Je connais également par coeur 1984 d’Orwell et Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley. Du coup, je me suis pas vraiment sentie perdue dans le dernier opus d’Antoine Buéno, Le Soupir de l’Immortel…
4ème roman d’Antoine Buéno, Le Soupir de l’Immortel nous plonge dans un monde futuriste: l’action se passe en 570 AF (après Ford), ce qui correspond, dans le calendrier que nous connaissons, à l’année 2478 ap JC (L’année 0 de Ford étant 1908).
En 570 AF, le monde est enfin durable: la planète ne connaît plus de crises, plus de guerres, elle est régie par un Directoire International et la Sécurité Sociale Universelle assure à tous les humains l’immortalité. Cette société est composée d’humains bigenrés (hommes/femmes et femmes/hommes) qui ne sont plus vivipares. Des couveuses géantes assurent la reproduction de l’espèce.
Dans ce monde, les Intelligences Artificielles sont partout, les droïds et les replicants aussi, les taxis sont remplacés par des capsules Maglev, la réalité virtuelle connaît un succès sans précédent et le sexe est devenu spiritualité et donc culte.
Mais, dans ce monde apparemment parfait, plusieurs crises couvent. Crise de l’enfant, montée du suicide assisté (euthanasie pro active), problématique de la surpopulation, expansion spatiale et colonisation, tous ces virus sous-jacents vont être démultipliés avec l’arrivé d’un autre virus, plus inquiétant encore.
L’environnement, et plus spécifiquement le Paris, dans lequel Antoine Buéno nous plonge est plaisant, solide, sans incohérence.
Les descriptions des lieux sont assez dingues de détails (particulièrement l’escapade de JS et Lénina dans le « Lieu du Tout ») mais la palme revient aux descriptions des relations entre les humains et entre les IA et les humains. Des cellules familiales aux cérémonies de culte, on en prend plein l’hypothalamus…
Je reste d’ailleurs particulièrement soufflée de la séance de confession administrée par le coachanalyste à JS et par la description des univers de jeux d’Aldous.
Antoine Buéno a un style à la fois riche et facile à lire, j’avais déja pu m’en rendre compte avec Le Triptyque de l’Asphixie (2006). 3 ans se sont écoulés depuis celui-ci et il est évident que Le Soupir de l’Immortel est le fruit de recherches, d’implication et d’une passion sans faille.
Mais (car il y un mais), j’ai tout d’abord été frappée, puis amusée et finalement très vite gênée par la myriade de références (extrêmement flagrantes pour qui a lu quelques classiques d’anticipation et de SF, et de classiques tout court) et d’éléments issus de livres et films dont Antoine Buéno use et abuse, tout en en accordant bien sûr le crédit aux auteurs dans un Glossaire à la fin du livre.
Asimov, Huxley, le Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll, L’Anneau-Monde de Larry Niven, Orange Mécanique d’Anthony Burgess, le film Blade Runner (NB: inspiré de Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? de Philip K Dick) entre autres, les références sont bonnes certes et plutôt très bien utilisées. Certes, combinées avec les créations d’Antoine Buéno, le tout est cohérent. Certes la réutilisation est courante en littérature, peut-être plus en SF et anticipation que dans d’autres genres.
Mais je n’ai pas pu m’empêcher de trouver cela beaucoup trop important et visible, surtout que vient s’ajouter aux 2/3 du roman un phénomène plus que réel, voire d’actualité dont l’utilisation a été la goutte d’eau de trop pour moi.
Le Soupir de l’Immortel reste donc un livre que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire, globalement, j’ai passé un très bon moment, il ne souffre pas de longueurs qu’on aurait pu envisager en visualisant le nombre de pages (640) et contient des éléments, des détails et des inventions (dont la paternité est clairement celle de l’auteur) que j’ai trouvés stupéfiants.
Malheureusement, mon impression générale restera entachée de cette trop grande (à mon sens) réutilisation d’éléments clairement identifiables…
A lire tout de même!
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Le Soupir de l’Immortel, Antoine Buéno
Publié le 20 Août 2009, aux Editions Héloïse d’Ormesson
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