This entry was posted on Vendredi, juillet 24th, 2009 at 4:13 and is filed under Digressions. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. Both comments and pings are currently closed.

Dossier BooksMag Juillet/Août – « Internet rend-il encore plus bête? »
Lectrice du magazine Books depuis quelques temps mais récente abonnée, j’ai reçu il y a quelques jour le dernier numéro, celui de juillet-août, qui consacre un dossier entier à la relation, aux enjeux et surtout aux impacts du couple Internet / Livre et plus globalement au couple Internet / Culture.
L’utilisation du mot « bête » n’est pas ici à rapprocher de « stupide » mais plutôt de la notion de baisse de culture au sens second du terme , à savoir la connaissance en général. Pour faire court, grâce à Internet aujourd’hui, on a accès à plus de connaissances mais on en maîtrise beaucoup moins.
Amoureuse des livres, je les ai toujours défendus et continuerais de le faire.
Et si je ne les opposerais jamais complètement à Internet (je serais bien mal placée pour le faire, travaillant dans ce secteur, l’adorant et m’émerveillant tous les jours de la richesse de la Toile), je ne peux pas m’empêcher de penser qu’effectivement aujourd’hui, le volume considérable de contenus, d’informations et d’opinions disponible sur Internet le fait devenir le média de la distraction, là où le Livre a toujours été le média de la concentration.
Je m’explique:
Tout d’abord, quand un internaute cherche une information sur Google ou plus globalement sur Internet, en dehors du fait qu’il ne le fait pas toujours bien (je reviendrais sur la nécessité d’éduquer les gens à Internet un peu plus bas), il lui faut, après avoir cliqué sur « Rechercher », mettre à profit une compétence indispensable qu’est la capacité de tri.
Là où l’information diffusée dans les livres (je parle d’information et non d’opinion) subit un filtre (éditeurs, correcteurs…) qui lui permet d’être la plus pertinente possible, les contenus publiés sur Internet le sont de façon totalement libre, sans contrainte ni filtre.
Je ne dit pas que c’est un manque, je reste persuadée qu’Internet est le média de la liberté d’expression (de façon générale, même si l’on pourrait disserter des heures sur les censures gouvernementales de pays tels que la Chine, pour ne citer que celui-là) et qu’il n’a pas a faire subir un quelconque filtre à ses contributeurs.
Mais force est de constater que cette profusion d’informations pousse l’internaute à survoler pour trier, là où dans un livre, on peut se concentrer directement.
De plus, l’interactivité, les opportunités de business et la tendance au développement du cross-média fait qu’aujourd’hui, où que nous soyons sur le Net, nos yeux et nos oreilles sont « distraits » du seul contenu que nous sommes venus chercher par une foultitude d’encarts publicitaires, de sons, de gif, d’images, d’animations, d’outils flash et autres techniques sensées animer la Toile.
Là où encore une fois, un livre ne met en avant qu’un contenu seul et où la distraction, si elle existe, n’est pas le fait du média mais de l’environnement du lecteur. (Petite info en passant qui fait un peu frissonner, aujourd’hui 80% des adolescents ne peuvent pas lire un livre sans un fond sonore ou télévisuel – via une étude du département de l’Education américain ).
Notre cerveau est donc en train de s’adapter et de nous permettre de gérer la distraction en même temps que la concentration.
Finalement (vous aurez compris que je ne cherche absolument pas à prouver que le Livre vaut mieux qu’Internet, ce serait très hypocrite de ma part d’essayer de le faire), et si la solution au problème de distraction et donc à la perte de concentration que nous observons aujourd’hui chez les internautes (en toute franchise, combien êtes-vous à ne plus supporter de lire des articles ou des textes de plus d’une page aujourd’hui sur le Net alors qu’il y a encore quelques années, lire une heure n’était pas un problème?) était une question d’éducation?
Internet est un média certes mais c’est d’abord un outil.
Comme tout outil il a un fonctionnement optimal et des fonctionnements dégradés et aujourd’hui, la majorité des internautes ne l’utilise pas de façon optimale.
Là où ce n’est pas grave dans le seul cas de la recherche – même si la distraction dont je parle et la nécessité de tri concerne essentiellement cette fonctionnalité (généralement, ca n’induit qu’une perte de temps, un énervement vis-à-vis de l’incohérence des reséultats trouvés et la nécessité d’une capacité de tri plus importante), ca l’est beaucoup plus dans le cas de la protection des données privées par exemple.
Rappelez-vous le tollé autour du changement des CGU de FaceBook, il y a quelques mois, où toute une frange de la population s’est indignée de savoir que leurs données privées n’était pas si bien sécurisées que cela.
Evidemment, Facebook joue sur l’ignorance des gens pour alimenter ses bases de données qualifiées mais je reste persuadée qu’il aurait juste fallu que ces gens aient une information/explication (ou l’aient au moins recherchée sans foncer la tête baissée!) sur la façon dont FaceBook doit aujourd’hui être paramétré pour assurer une fermeture totale de leurs données au monde extérieur. Et ce besoin est vrai pour Internet tout entier, à mon sens.
A quand des cours sur l’utilisation d’Internet?
PS: Merci à ceux qui sont arrivés jusque là, je vous promet que cet article n’était pas un test volontaire de votre concentration :)
7 Commentaires sur “Dossier BooksMag Juillet/Août – « Internet rend-il encore plus bête? »”
Contact
Catégories
Le salon
Derniers articles
Commentaires récents
- zarline dans La SF selon Clément #8: L’échelle de Darwin – Greg Bear
- Mèyonsi dans De la beauté – Zadie Smith
- ts dans De la beauté – Zadie Smith
- ts dans De la beauté – Zadie Smith
- Méyonsi dans De la beauté – Zadie Smith
Je suis là aussi

24 juillet 2009 at 4:59
Euh, ce qui est sûr, c’est que toutes les parenthèses n’aident pas à la concentration ;)
Quant au fond de ton article, je partage ton avis et ton raisonnement, mais au-delà de l’utilisation d’Internet, je l’étendrais à un spectre beaucoup plus large. Comme tu le fais remarquer, on est tellement distraits qu’on ne fait plus beaucoup de choses « à 100% », notamment en ce qui concerne la lecture, l’écoute de musique, ou même regarder la télé! Et je m’inclus dans le lot. En plus (je vais faire mon vieux réac de base), j’ai l’impression qu’aujourd’hui, à l’école par exemple, on n’apprend plus aux élèves à chercher une réponse dans une masse d’info (un exposé? hop, wikipédia…) qu’à leur apprendre comment trouver cette info, sur le net ou ailleurs, à y réfléchir, la remettre en question éventuellement, la relier à d’autres infos, et l’utiliser autrement que pour simplement répondre à un devoir. Donc si on poursuit l’idée, la perte de cet apprentissage à ce qu’on pourrait appeler « la réflexion » a un impact direct sur l’(in)capacité à prendre le temps de réfléchir à ce qu’on fait sur le net et à l’(in)capacité à résister aux distractions. Avant même de parler d’utiliser un outil, il faut un minimum de capacité de compréhension dudit outil.
Je sais pas si j’ai été clair en fait ^^
24 juillet 2009 at 5:03
@sharky: Si si très clair, je suis d’accord sur le fait qu’avant de se servir d’un outil, il faut comprendre comme il fonctionne :) Je te rejoins aussi sur le fait qu’un élève aujourd’hui ne sait plus chercher par contre il sait regrouper et mettre en lien. Ce n’est pas forcément mieux ou moins bien, disons qu’avec Internet on développe de nouvelles compétence autour de la façon d’aborder l’information.
24 juillet 2009 at 5:46
Analyse lue jusqu’au bout et que je partage à 100% pour le coup !
je voudrais juste ajouter que, pour ma part, le livre est également un médium d’éducation (en plus de concentration comme tu le soulignes). Le livre offre tant de styles différents que le cerveau s’enrichit quoiqu’il arrive, il emmagasine. Après, à chacun d’exploiter ces richesses… Et puis, sur un plan pragmatique, plus on lit, meilleur on est en orthographe. Et ce n’est pas un luxe aujourd’hui !!
24 juillet 2009 at 5:53
aaaah, l’orthographe aujourd’hui, uh uh, y’a de quoi en faire un autre post aussi détaillé ^^
24 juillet 2009 at 8:24
Je te suis sur la majorité de ton article, en rajoutant deux petits points qui vont dans ton sens (une fois n’est pas coutume entre nous chere amie ^^):
1/ L’identification de la bonne information dans la jungle internet peut se faire par un moyen relativement simple, qu’est la labellisation. Je prend, une fois de plus ce que je connais le mieux en exemple, i.e la médecine, avec le label HON Code (Health On the Net): http://www.hon.ch/
Ce label, géré par une fondation, permet par son logo de reconnaitre les sites web dont l’information médicale est basée sur les faits scientifiques et les données de la littérature, lui assurant crédit et sérieux. On voit tout de suite ce q’un tel label apporte en pluvalue pour une info trouvée sur le web non?
2/ sur l’apprentissage de l’utilisation d’internet, il devient evident qu’il s’agit d’un grand enjeu du futur pour l’Education Nationale. Il ne s’agit pas tant de faire de la prévention de masse vis à vis des peurs que véhiculent les mésusages d’internet que d’apprendre aux jeunes à utiliser un outil devenu surpuissant au fil de son développement. Une bonne politique d’éducation web serait d’apprendre à utiliser cet outils et de savoir faire le tri entre bonne et mauvaise info. Avec la volonté de transmettre le meilleur d’internet en en évitant le pire mais sans psychodrame.
D’ailleurs, la France est déjà en retard sur le sujet, vu que dernièrement en Suède, les candidats au bac ont eu le droit de se servir d’internet comme outils de recherche pendant les épreuves, se rapprochant ainsi de la situation réelle lors de la vie active. Evidemment les épreuves ont été adaptées et les candidats devaient citer leurs références… L’idée est alléchante non? Pour ma part, sans doute une idée et un combat à mener en perspective!
25 juillet 2009 at 12:28
Il est très chouette cet article. Par contre je crains de ne faire partie de cette génération de gens distraits. Je suis incapable de lire sans musique et ce, depuis que je suis enfant. Ce qui me permet d’associer mes musiques aux passages que je lis.
Pour en revenir a l’éducation, je ne sais si il faut des cours spécifiques de gestion de l’information ou plutôt des cours de bon sens et d’esprit critique… mais je crains que la plupart des gens ne soient pas équipés pour gérer ca :)
25 juillet 2009 at 6:52
@sharky et Marie: ah ça l’orthographe…. j’en pleure des larmes de sang tous les jours ;)
@Clément: Hé bien un sujet consensus entre nous? faut fêter ça :) Blague à part tl’idée de label est intéressante je ne connaissais pas HON mais effectivement ca rejoint un peu ce que je disais sur le problème (ou la difficulté dirons-nous) que pose Internet autour du tri à faire et de la validité / pertinence des informations trouvées. Je vais regarder ça de plus près.
@Silphi: Merci :) Concernant les cours d’esprit critique et de bon sens, Dieu sait que ça serait nécessaire pour certains…. ;)