Les Plumes d'Audrey

Plumes littéraires et ratures

Remember Me – Claire Delannoy

Dernier rescapé de ma pile de livres achetée au moment de la rentrée littéraire de septembre 2008 (oui je suis en retard, je sais), « Remember Me » m’avait attirée par son thème principal à savoir l’amnésie et la recherche d’une identité perdue, identité que l’on sent trouble et un peu dangereuse.

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Ana est née le 6 août 1959.  C’est inscrit sur son passeport et c’est finalement la seule chose à laquelle elle peut se raccrocher, ça et le fait qu’elle a beaucoup voyagé, au vu des tampons qui ornent le même passeport.
Ana ne se souvient de rien et décide de revenir dans les endroits qui ont, a première vue, compté pour elle afin de retrouver des lambeaux de sa vie d’avant.
Paris, le Québec, San Francisco, la chaîne de boîte de nuits « Remember Me », Ana va y suivre des pistes comme on dévide une pelote de laine, tirant ça et là un fil plus douloureux que les autres.
Car elle va s’apercevoir assez vite que la Ana d’avant était mystérieuse, étrange, un peu dangereuse et aux prises avec des histoires et des individus pas très nets.

En général, je suis friande des histoires d’amnésies.
Sur ce thème-là, rien ne m’intéresse plus que la reconstruction de l’identité. Les pistes suivies, les recherches engagées pour retrouver des bribes de souvenirs, tout cela participe pour moi à une question plus globale qui serait de savoir ce qui définit un individu, quelle prise a-t-il sur ce qu’il est et dans quelle mesure peut-il éventuellement changer.

« Remember Me », s’il partait sur des bases plutôt intéressantes, s’avère pourtant très plat. Très plat dans justement l’avancée et le récit de la quête d’Ana.
On suppose, on entrevoit pourtant des choses intéressantes mais rien ne ressort. L’histoire n’a finalement aucune finalité, aucun but et le fond n’est pas sauvé par la forme.
Ca aurait pu, le style de Claire Delannoy est pourtant assez agréable, dynamique, j’ai aimé ressentir le fait qu’Ana était perdue dans les mots de l’auteur, ressentir la gêne, la solitude, l’impression de ne pas s’appartenir.
Mais disons pour conclure que si le style colle bien à l’histoire, l’histoire en elle-même n’a aucun relief.
C’est dommage.

« Remember Me » est finalement un livre qui se lit facilement, rapidement, qu’on ne lâche pas car on espère jusqu’au bout un rebondissement, une touche d’éclat. Qui n’arrive pas.
Si vous avez l’occasion de l’emprunter, faites-vous votre propre avis mais sinon, ca ne justifie pas un achat dédié, à mon sens.


Enfant 44 – Tom Rob Smith

Sur le papier je me méfiais un peu. Certes, « Enfant 44″ se passe dans un contexte politico-social qui m’intéresse énormément, à savoir l’URSS sous Staline/Béria/Khroutchev mais le fait que cette enquête criminelle (car c’en est une) soit écrite par un scénariste anglais de 30 ans me laissait suspicieuse.

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A travers le déroulé d’une enquête sur une série de crimes d’enfants dans la campagne moscovite, c’est tout le système policier, juridique et propagandiste de l’URSS que nous retrouvons (ou découvrons): la rigidité des règles, l’interdiction de penser autrement que selon la pensée soviétique, le danger permanent d’être accuser d’anti-soviétisme, les décisions absurdes mais cadrant avec le Parti, l’obéissance aveugle de ces miliciens et autres membres du MGB (un des nombreux anciens noms du KGB) qui suivent une règle immuable: tout homme qui éveille les soupçons est forcément coupable, si lui même ne sait pas de quoi, le Parti le trouvera.

Léo Stepanovitch Demidov est un agent haut gradé du MGB, chargé du contre-espionnage, extrêmement bien vu de ses supérieurs grâce à son patriotisme sans faille et son allégeance au Parti.
Amené à travailler sur le meutre d’un enfant, retrouvé sur une voie ferrée, il va rester fidèle à la ligne du Parti qui veut que le crime n’existe pas dans le parfait état socialiste. Il classe donc l’affaire en accident mais ne peut s’empêcher d’avoir un doute.
C’est ce doute qui va le faire tomber. Accusé de trahison, Leo tombe en disgrâce. Emmenant avec lui sa femme, accusée d’espionnage et qu’il refusera de livrer, Leo est contraint à l’exil dans une petite ville de l’Oural. Là, tous les deux vont s’apercevoir que plusieurs enfants sont morts dans les mêmes circonstances, avançant ainsi la thèse d’un tueur en série, thèse inadmissible aux yeux du MGB et du Parti mais qu’ils décideront quand même de défendre, quitte à devenir des ennemis publics n°1.

Je me méfiais donc, mais j’avais tort.
Dès le début j’ai été aspirée. L’enquête criminelle est vraiment prenante et surtout la toile de fond permet de vraiment comprendre les rouages de la police stalinienne et le fontionnement du Parti en général.
Moi qui adore cette période, j’ai été servie, Tom Rob Smith maîtrise son sujet et ne tombe jamais dans le trop historique ou le trop policier, le juste milieu est parfait.
De plus le dénouement de l’histoire est incroyable, un vrai scénario de film en somme, j’en ai été soufflée.

C’est sûrement pour ça que « Enfant 44″ va d’ailleurs être adapté au cinéma par Ridley Scott.

Un bouquin à dévorer donc, même si l’on est moins fan que moi (c’est pas dur) de cette période historique, il n’y a rien de trop lourd, trop abscons ou trop rébarbatif car l’enquête s’incrit parfaitement dans la toile de l’histoire et elle (l’enquête) est passionnante.

Un der nière chose pour ceux qui, comme moi, vont se demander le so what du titre. Non, l’histoire ne se passe pas en 44 mais en 53. Pour l’explication… lisez-le!


Rencontre avec… les lauréates du prix Technikart « Opération Manuscrits » 2009

Le hasard fait parfois bien les choses. Oui j’utilise le mot hasard, n’en déplaise à certains.

Quand j’ai rencontré Eloïse Lièvre il y a quelques mois, au détour d’un dîner d’anniversaire, j’étais loin de me douter qu’elle reviendrait vers moi aujourd’hui pour me proposer une rencontre assez fantastique puisqu’il s’agissait de rencontrer les 4 lauréates du prix Technikart 2009 , « Opération Manuscrits », dont elle-même fait partie.

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Ce prix, né en 2006 et lancé à l’occasion du Salon du Livre, récompense chaque année un nombre variable d’auteurs, sans se fixer de contrainte de forme ni de thème. Petit bémol cette année puisqu’il s’agissait de la première année où les recueils de nouvelles étaient acceptés.

Le jury Technikart a donc, pour son « Opération Manuscrits », désigné cette année les manuscrits de 4 jeunes femmes, Caroles Fives pour « Que nos vies aient l’air d’un film parfait », Eloïse Lièvre pour « La Biche ne se montre pas au chasseur », Sabrina Bellahcene pour « Assistante for ever » et Virginie Sauzon pour « Constance du rythme ».

La gagnante est Carole Fives qui a reçu le Prix du Manuscrit Technikart 2009 pour son recueil, « Que nos vies aient l’air d’un film parfait », du jury présidé par Alain Mabanckou.

Si le prix Technikart a la particularité de ne pas faire gagner de publication à ses lauréats, il permet néanmoins à ceux-ci de bénéficier d’une reconnaissance, d’une couverture médiatique et de l’appui de Technikart dans leurs démarches éditoriales.

Me voici donc, un soir, autour d’une table en compagnie de 3 d’entre elles, Caroles Fives, Eloïse Lièvre et Sabrina Bellahcene.
Virginie Sauzon vivant en Irlande, j’ai utilisé cet outil magique qu’est l’e-mail pour recueillir ses impressions. Pour les 3 autres, mon dictaphone a encore fait des miracles, malgré une atmosphère sonore nuisible.

La première chose qui se dégage de ces jeunes femmes, c’est une impression de fraîcheur.
Même si pour Carole Fives et Virginie Sauzon, ce n’était pas la première réussite à un concours, ces jeunes femmes sont toutes encore sous le coup de l’émotion et de la joie d’avoir remporté ce prix et surtout d’avoir acquis par ce biais une confirmation et surtout une reconnaissance de la qualité de leur prose et de la pertinence de leur envoi.

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Rencontre avec… Tania De Montaigne, auteur des « Caractères Sexuels Secondaires »

Jeudi, 20h, Paris 2ème arrondissement.

Ce soir, je rencontre Tania De Montaigne, journaliste, présentatrice télé, écrivain, scénariste, auteur compositeur interprète… Déjà, sur le papier, le CV impressionne.montaigne2

Je viens de finir son dernier livre, « Les Caractères Sexuels Secondaires », suite de « Tokyo, c’est loin » (sorti en 2008). Autant « Tokyo, c’est loin » m’avait fait passer un bon moment mais sans exaltation, autant « Les Caractères Sexuels Secondaires » m’a franchement plu.

J’y ai retrouvé une résonance avec ma propre vie et ma propre condition : femme, pré-trentenaire, pas mariée, avec un utérus nullipare et qui le vit bien, vivant à Paris, essayant de se construire et de se reconstruire et se débattant avec des questions incessantes et la pression sociale qui impose de « faire comme tout le monde ».
Et Dieu sait que faire comme tout le monde a le don de m’hérisser .

20h05, Tania arrive, accompagnée de Guillaume, son éditeur.

Une commande passée plus tard, tout le monde a son verre de blanc, son jus de tomate ou son cocktail de fruit devant lui et la conversation a déja démarrée sur le but et le déroulé de la rencontre.
2 articles sont prévus (celui de Lullapaf et le mien), nous décidons donc de nous isoler chacune notre tour avec Tania afin d’avoir deux vues différentes et personnelles.

Je commence.
Je vous resitue donc la situation, je suis en face d’une fille qui a à peine quelques années d eplus que moi, qui a un parcours hétéroclite et couronné de succès, 4 livres publiés, un passé de présentatrice télé (Canal +, Canal J…), un album en préparation sous l’égide de Benjamin Biolay et qui en plus, comme si ce n’était pas suffisant, est magnifique, très sympa, hyper avenante et ultra drôle.
La pression.

Durant les 20 minutes qui ont suivi, Tania m’a donc expliqué son parcours, sa relation à l’écriture, sa rencontre avec Guillaume, son rythme et sa façon d’écrire, la genèse de son activité musicale, l’intervention de Benjamin Biolay, ses concerts au Cha-Cha Club, à la Flèche d’Or ou au Reservoir, tout ça avec une fraîcheur dingue et un rire assez contagieux.

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Finalement Tania c’est quelqu’un de très simple.
Quelqu’un qui a toujours écrit et qui s’est un jour fixé l’objectif d’arrêter de s’acharner au bout de 4 manuscrits refusés.
Il n’y en a eu qu’un finalement, dès le deuxième, Tania de Montaigne a été publiée chez Florian Massot avant de rejoindre Flammarion pour le 3e, le 4e et ceux à suivre.

Tania c’est aussi quelqu’un qui fait et tente ce qu’elle a envie de faire et de tenter.
Adorant la musique depuis toujours, elle écrit ses chansons depuis longtemps également. Un jour, elle envoie une maquette amateur a Benjamin Biolay, en se disant qu’elle n’a finalement rien à perdre.
Rien à perdre et tout à gagner puisque Benjamin Biolay la recontacte et va la pousser à se mettre même à la composition de ses chansons en lui proposant son aide pour sortir son album.
Je pense que « qui ne tente rien n’a rien » c’est du Tania de Montaigne en fait.

Quand Lullapaf prend mon relai auprès de Tania, je reviens m’asseoir avec Barb et Guillaume, un immense rire encore dans la gorge. Nous attendons que les deux autres aient fini en papotant monde de l’édition, Florian Zeller (autre auteur de Guillaume), blogs, Ladies Room, Internet, métier d’éditeur, gym suédoise et j’en passe.

Tania et Lullapaf nous rejoignent, je remarque que cette dernière a elle aussi un grand sourire, Tania est vraiment contagieuse, ce n’est donc pas une impression.
Celle-ci et Guillaume se lèvent, il est temps de nous quitter, le temps que Barb’ finisse de jouer à la paparazette en nous prenant en intérieur, en extérieur, avec ou sans manteau, avec ou sans mèche dans les cheveux.

Une bien belle rencontre.

Merci à Tania de Montaigne et Guillaume Robert pour cette soirée, à Barb’ pour m’avoir laissée l’organiser, à Lullapaf pour l’article qu’elle a écrit et aux serveurs du Café Etienne Marcel pour leur non-amabilité qui nous a fait comprendre que nos interviews se passeront désormais ailleurs ;)

Mamzelle pour LadiesRoom, à vous les studios

Tania de Montaigne:

- Son Myspace: http://www.myspace.com/taniademontaigne
- « Les Caractères Sexuels Secondaires »,   publié le 4/3/2009 chez Flammarion