Les Plumes d'Audrey

Plumes littéraires et ratures

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier – Stig Dagerman

Stig Dagerman (à ne pas confondre avec l’auteur de la trilogie Millenium) fut une des étoiles de la littérature suédoise des années 40.
Après quelques années d’une production sans pareil (dont Le Serpent, L’île des condamnés ou L’enfant brûlé), Stig Dagerman se suicide, à 31 ans, en laissant derrière lui un texte, un essai, dernier témoignage, presque testament d’un écrivain torturé.

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Oh il n’est pas long ce texte. 10 pages, 12 tout en plus selon ce qu’on y intègre.
Mais 12 pages lourdes, noires, glacées.
Non par le style qui est effectivement assez abrupt (mais admettons qu’il s’agisse d’un style propre à la littérature nordique) mais par le sens, par la tentative de raisonnement philosophique qu’y fait Stig Dagerman et par le poids du désespoir qui transpire de chaque phrase, de chaque mot.

Selon Stig Dagerman, l’Homme passe sa vie à chercher des consolations à sa peur. La peur de la mort bien sûr mais également la peur de la vacuité totale de sa vie et la peur de se rendre compte un jour que la liberté n’est qu’illusion.
L’auteur nous fait ici une belle apologie de la « rage de vivre » et du refus de vivre par défaut, philosophie qui me parle beaucoup si vous me connaissez un peu… Vivre en se laissant porter par les évènement n’est pas vivre et c’est pour cela que toutes ces consolations ne servent à rien, bien que nous passons nos existences à les chercher.

Finalement il n’y a qu’une seule consolation acceptable pour l’Homme, une seule qui pourra justifier et donner un sens à la vie, celle qui n’arrive qu’au bord du précipice, quand le désespoir l’aura rendu fou et qui le réconciliera avec sa vie.
Dagerman, lui, s’est suicidé.

Oui je sais, il y a plus joyeux pour un lundi. Il y a plus joyeux tout court.
Mais ca reste 10 pages faciles à lire et qui ont le mérite de nous renvoyer un peu à la trace que nous souhaitons laisser ici-bas…


I love NY – Nicolas Pages

New York est à la mode.
En y réfléchissant un peu, New York a toujours été à la mode en fait.
La Grosse Pomme, un joyeux mélange de fashion, de hype, de décadence, de pauvreté, de culture, de melting pot social, de musique, d’architecture, d’histoire, de tragédies et d’extravagances est ici le théâtre du nouveau roman de Nicolas Pages.

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« I love NY », avec son titre digne d’un tee-shirt emblématique, fait intervenir deux anciens amis, Arnaud et Vincent, qui se retrouvent après quelques années, dans un appartement new-yorkais puis à la campagne et qui se racontent ce qu’ils ont manqué dans la vie l’un de l’autre.
Pendant près de 300 pages, Vincent dépeint son Amérique à Arnaud, une Amérique de trafics de drogue, de sorties sans fins, de trash, de road trips, d’amitiés et plus si affinités, avec l’omniprésence de Lucas, le 3ème mousquetaire.

Le style fait parler.
Nicolas Pages a rédigé son roman comme un scénario ou une pièce de théâtre, en terme de forme et également de fond, précisant les contextes, les actions de chaque protagoniste, les scènes en arrière-plan.
300 pages de ping pong de dialogues sur fond de drogue et d’argent, 300 pages dans lesquelles je ne suis absolument pas rentrée, pas une minute.

J’ai trouvé le style lourd, le mode « scénario » sensé rythmer l’ouvrage ne fait que le desservir car il nous enferme dans une intrigue qui n’en est pas une et dans un livre dont on ne voit pas la fin.
Je fais aussi peut-être une overdose du fameux – et si Ellisien – cocktail Molotov trash/sexe/drogue/argent que j’avais avalé pour le Tristan Garcia et qui m’avait déjà gonflée.

Je me prend à rêver désespérément d’un roman plus simple, plus facile, qui cherche moins le spectaculaire que la construction ficelée, moins l’explosion d’image que la profondeur des personnages.
Je suis loin d’être psychorigide mais je sature de cette vague trasho-droguo-littéraire.
Vraiment.


Delirium Vocabularis #2

2ème opus de l’opération secrète lancée par Neirie il y a une semaine et qui a pour nom de code « Réhabilitons les jolis mots poussiéreux mais néanmoins merveilleux ».
Oui c’est un peu long pour un nom de code je vous l’accorde.

15 nouveaux mots cette semaine, la difficulté s’accentue.
Et comme la dernière fois, n’hésitez pas à cliquer sur les définitions ;)

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Je n’avais fermé les yeux qu’une seconde mais elle m’avait paru durer une éternité.
La densité de la fumée qui montait au plafond s’était intensifiée et en me tournant vers le coin opposé de la pièce, je vis Philippe morigéner le pauvre tison qu’il tenait encore entre ses lèvres.
Je rampais tant bien que mal dans l’idée de quémander un peu de ce qu’il restait, au risque de me voir infliger un horion en retour. Le bougre n’était pas connu pour sa générosité mais je le manipulais assez bien pour pouvoir obtenir ce que je voulais sans recourir à des logomachies poussées à l’extrême.
Ayant obtenu ce que je désirais (grâce à une plaidoirie d’anthologie basée essentiellement sur notre oaristys et la punition jaculatoire qu’aurait engendré une réponse négative, voire violente), je me reculais, toujours en rampant, pour m’adosser au mur le plus proche.
La drogue faisait petit à petit son effet et les foutriquets qui m’entouraient disparaissaient progressivement. Je me mis à rire devant la munificence de mon pouvoir, la capacité d’effacer les intrus selon mon gré était une émotion immarcescible.
Mais pourquoi celui-ci venait-il de réapparaître devant mon champ de vision?
Ah, c’était Philippe. Je me fis la remarque de rédiger une notule pour trouver une formule adaptée à son effacement, lequel semblait être plus compliqué que pour les autres.
Procrastination, quand tu nous tiens!
Je n’étais de tout façon pas en état de rédiger quoi que ce soit, et sans être stéatopyge, être assise sur le parquet me paraissait pour le moment être le summum du confort.
Cherchant un moyen d’éviter la conversation sans intérêt de mon cher et tendre, mon esprit enfumé tenta une phrase babélique.
Et c’est ainsi que, effrayé par ma verve franco-anglo-espagnole, il déguerpit sans demander son reste.
Non mais.
Je n’allais pas permettre que l’on troublât ma quiétude. Surtout si ce « on » était quelqu’un qui trouvait que vesser était un pur acte de respect. Je n’étais pas l’une de ces inqueresses qu’il baisait habituellement, il ne fallait pas qu’il l’oublie.


Celle qui se verrait bien en rouge sang

Pas vraiment envie de blogguer mais je me dois de conjurer le sort, le 666ème post ne pouvait s’appliquer qu’à ma journée avec Mephistophélès et son pote Faust (Marguerite ne sert pas à grand chose en fait).

C’était merveilleux hier soir.
Comme prévu j’ai passé la moitié du temps à pleurer, la musique classique et les chants lyriques ont cet effet un peu bizarre sur moi et vu mon état, j’ai pu prendre ce pretexte encore plus facilement.

Un petit bémol sur Faust, j’ai trouvé l’interprétation de Luca Lombardo un peu faiblarde et pas articulée au début, même si ca s’est amélioré par la suite.
Par contre, Méphistophélès m’a transcendée, Matthieu Lécroart a une voix et une présence de malade. Un peu plus et je me jetais sur scène depuis le premier balcon pour lui arracher son manteau rouge sang. Oui c’est peut-être parce que c’est le Diable.


Celle qui recadrait les choses

Ce matin, j’ai reçu un message via Ladies Room (message très émouvant et dont le contenu ne sera pas raconté ici car ce n’est pas le propos) qui m’a fait m’interroger sur l’image que je pouvais donner de moi à travers mes articles.

Autant ici c’est un peu un gros fourre-tout dans lequel chacun pioche ce qui lui plaît (j’ai bien vu que mes posts litté ne déchaînait pas les foules ;)), autant sur LadiesRoom, je me tiens à ma rubrique « Bouquins » chérie.
Dévorant et donc chroniquant un livre par semaine, il y a plusieurs solutions, soit j’ai un budget bouquins de malade mentale, soit je bosse « dans le milieu » et donc ca ne me coûte rien, soit j’applique le système D, soit je couche, soit je sais pas hum?

Alors pour que ça doit clair les enfants…
- je ne bosse pas dans le milieu de l’édition (et pourtant j’adorerais, donc n’hésitez pas chers éditeurs, je sais aussi faire le café)
- je ne couche pas (ou en tout cas ça ne me rapporte pas de bouquins gratos)
- je n’applique le système D que dans la mesure où j’ai des amis bien intentionnés qui m’envoient quelques livres en service de presse aux rentrées litté (merki G!)
- j’ai par contre un budget bouquins de malade, oui, j’avoue (et du coup je prend les dons hein). Et un budget étagères équivalent, forcément :p

Voilà, cette mise au point faite, je vais aller un peu réfléchir à ma vie…