
Gomorra – Roberto Saviano
Il ne faut pas juger un livre sur sa couverture.
Sinon je n’aurais jamais ouvert « Gomorra », rapport aux deux crevettes en slips D&G qui tirent en mitraillette sur une plage.
De même pour le film associé (que je n’ai pas vu mais ma religion m’oblige à lire les livres avant d’aller voir l’adaptation cinématographique, psychorigide je suis).

La Camorra est le nom de la criminalité organisée, ou mafia, napolitaine. Celle-ci, bien que moins connue, est plus étendue, plus puissante et puis ramifiée que la Cosa Nostra sicilienne.
Les terres de la Camorra s’étendent tout autour de Naples, jusqu’à la Campanie et à la limite des Pouilles, générant ainsi un micro-climat économique et social tournant autour des clans, des parrains et des responsables de zone.
C’est au coeur de cette nouvelle Gomorrhe que Roberto Saviano nous fait entrer, nous expliquant tous les mécanismes, listant les règles tacites ou non, remontant les ramifications comme on déroule une pelote de laine.
Dans cette Italie-là, tous les réseaux sont enchevêtrés, toutes les activités commerciales sont gérées de près ou de loin par les camorristes, toutes les familles ont perdu l’un des leurs pour ou par la camorra… mais l’expansion économique de la région doit son succès aux clans, l’absence de chômage est dûe aux travaux et aux organisations mises en place et l’on peut monter assez vite dans la hiérarchie si l’on se donne corps et âme à sa Famille.
Roberto Saviano nous raconte son enfance dans ce monde-là… pour mieux le dénoncer.
Gomorra fera échos aux fantasmes de tous les adeptes du « Parrain », des « Donnie Brasco » et autres histoires de mafia, ces histoires qui font rêver autant qu’elles effraient, ces histoires si bien tournées et si romanesques que certains n’y voient que l’honneur et la solidarité quand d’autres n’y décèlent que la mort et la destruction.
Un livre assez long et assez compliqué que celui-ci, Roberto Saviano listant nom après nom et rappelant les ponts qui existent entre chaque clan, citant les parrains, comptant les morts… mais animé d’une fougue toute italienne qui le rend facile à lire.
La corde et la pierre – Gueorgui et Arkadi Vaïner
Je suis encore et toujours, culturellement, dans ma période soviétique.
Cet été, à la recherche d’un poche pour mes trajets en train, j’ai déniché une perle.
Un roman noir, entre roman policier et roman politico-historique, écrit a 4 mains dans un style auquel j’ai immédiatement accroché car il m’a rappelé Dostoïevski.

Moscou, URSS, 1978. En plein marasme économique et social, Aliocha, écrivain et accessoirement fils quasi renié d’un ancien général de Staline, oublie sa condition de vilain petit canard dans la vodka. Son seul rayon de soleil s’appelle Ula, étudiante juive qui finit une thèse sur le poète hébraïque Haïm Nahman Bialik. Mais l’équilibre précaire de leur relation vole en éclat le jour où Ula veut déterrer un sanglant secret de famille, secret de famille qui implique le père d’Aliocha et son propre père. L’un bourreau, l’autre victime.
Le style est exemplaire.
En alternant les récits d’Ula et d’Aliocha, en mettant comme pretexte un secret de famille personnel, les frères Vaïner déterrent plusieurs décennies de l’histoire soviétique et surtout l’éradication des forces juives en puissance. Entre 1948 et 1952, la police Stalinienne aura donc fait disparaître des centaines de figures du judaïsme russe.
Les frères Vaïner dépeignent cette époque avec un réel talent: toute l’histoire de l’URSS est contenue dans ce que vivent et surtout dans ce qu’apprennent Aliocha et Ula en enquêtant sur leurs pères respectifs. La mort de Staline, la main mise du KGB de Beria sur Moscou, la politique de Khrouchtchev, l’arrivée de Brejnev au pouvoir…
Moscou est sale, puante, grouillante, son atmosphère est viciée de relents de conspiration, de trahison, de sang et de vodka.
L’ambiance de ce roman est glauque, noire à souhait.
Mais mêler avec une telle réussite histoire, politique et enquête quasi policière fait du roman des frères Vaïner un vraie prouesse.
En plus d’un livre jouissif que j’ai dévoré en moins d’une semaine
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