Les Plumes d'Audrey

Plumes littéraires et ratures

Le temps du tableau – Catherine Weinzaepflen

Catherine Weinzaepflen, romancière et poète au nom imprononçable, nous livre ici un ouvrage original, que cela soit dans sa forme ou dans son fond.

La dévoreuse de livres que je suis avoue quand même une faiblesse: j’ai extrêmement de mal à tenir plus de 3 pages de vers, tout bien écrits qu’ils puissent être.
Et pourtant. Je n’ai pas lâché Le temps du tableau une seconde et ce malgré le fait que Catherine Weinzaepflen n’écrive uniquement qu’en vers.
Des vers brefs, coupants. Des vers sans majuscules ni ponctuation, ou très peu. Des vers qui ne riment pas. Des vers qui saisissent, des vers qui nous emmènent, des vers qui font écho à des émotions trop bien connues.

Le temps du tableau regroupe en fait 3 parties.
Dans la première partie, Catherine Weinzaepflen nous fait rentrer dans 36 tableaux différents, 36 moments vrais ou rêvés, 36 vies dans lesquelles le lecteur est la toile et dans lesquelles c’est le temps qui donne sa raison d’être au tableau.
Le rythme ne s’essoufle pas une seconde, on dirait finalement que c’est l’ensemble qui fait tenir la structure du livre, à peine un tableau découvert, nous voilà déjà haletants à l’idée d’en découvrir un autre.
Dans la deuxième partie, nous voici au théatre. Jeune fille avec entourage regroupe 22 scènes, toujours en vers, 22 scènes imaginaires, à la limite de l’absurde et qui pourtant s’enchaînent de façon parfaite.
La 3ème partie est une lettre. Migrations. Toujours en vers, je trouve néanmoins que cette partie alourdit le livre entier, mon approche de la poésie en fait se limiter l’efficacité à des textes courts et j’ai eu plus de mal à dépasser cela dans cette partie épistolaire.

Un très joli tableau au final. Un tableau qui réussit l’exploit de maintenir la tension et l’envie du lecteur jusq’au bout de la 130ème page, un tableau qui se peint et se dépeint tout seul et à propos duquel on a l’impression qu’il sera différent la seconde d’après.

Mention spéciale pour la première partie avec une affection particulière pour Géométrie:
il me fait face
mais décalé
nos trajets seraient
chacun sur un rail
parallèle
impossible face à face
de la parole
une vitre là
en longueur
sépare les mots
qui se cognent au verre
rebondissent sur les dents
maux de bouche
de la conversation translucide

je ne veux pas
me faire éplucher les bras
en lamelles.


World Music #4: Youssou N’Dour


Après Césaria Evora, Caetano Veloso et Nusrat Fateh Ali Khan, je vous propose de retrouver la World Music autour d’un autre personnage charismatique.
Le 4ème volume de la Collection Voix du Monde (éditions Demi-Lune) s’intéresse à Youssou N’Dour, surnommé « le griot planétaire ».

Youssou N’Dour a grandi dans un contexte culturel extrêmement riche puisqu’il est né à Dakar au moment où arrivait Senghor au pouvoir, poète et agrégé ès lettres qui, dès le début, fit de la culture la priorité absolue de l’Etat sénégalais.
Héritier par sa mère d’une dynastie de griots, Youssou N’Dour chante depuis ses 10 ans. Repéré par Ibrahim Kassé qui deviendra son mentor, le jeune Youssou devient musicien et chanteur professionnel à 16 ans et ne s’arrêtera plus.
En plus du talent, il a la chance de commencer à être reconnu au début des années 80 alors que la « musique du monde » débarque sur le marché occidental et que le CD annonce une nouvelle ère musicale.
C’est également dans les années 80 qu’il va faire la connaissance de Peter Gabriel qui deviendra son ami et mentor. « L’ange Gabriel » va, comme il l’avait déjà fait avec Nusrat Fateh Ali Khan, ouvrir des portes à Youssou N’dour et même le faire participer à son album « So… ».
Dès lors, Youssou N’Dour devient de plus en plus connu et accèda à une reconnaissance maximale en 1994 avec le titre « Seven Seconds » sur lequel il chante avec Neneh Cherry.
Chanteur et musicien, il va également devenir producteur (label Jololi) mais aussi diplomate en devenant l’interlocuteur africain privilégié de toutes les ONG internationales et en développant des projets personnels pour améliorer l’économie africaine. Avec plus de 100 albums (dont certains n’existent qu’en K7), Youssou N’Dour est devenu aujourd’hui un acteur incontournable de la scène musicale et politique africaine.

Voix rauque, musique rythmées ou plus lentes, on a l’impression en écoutant Youssous N’Dour, de pénétrer l’atmosphère des villages africains telle que l’on peut les imaginer. Odeurs, couleurs, sons et émotions, c’est toute l’Afrique qu’il nous offre…

free music

Monumenta 2008 au Grand Palais: Richard Serra

Si vous me lisez depuis un moment maintenant, vous savez que je suis d’assez près le cycle Monumenta du Grand Palais, étant complètement fascinée par la nef, toute en acier, rivets et verre, et surtout par l’extraordinaire palette de possibilités qu’elle offre aux artistes assez gonflés pour l’investir.
Car on n’expose pas dans la nef. On investit la nef.
L’an dernier le cycle Monumenta avait invité Anselm Kiefer.
Cette année c’est le tour de Richard Serra.

Richard Serra est connu pour ses sculptures minimalistes en acier brut, pour ses jeux permanents avec l’espace et la gravité, pour essayer de faire résonner un lieu avec une oeuvre.
Au Grand Palais, il présente une installation inédite, « Promenade » qui se décline en 5 plaques d’acier brutes, chacune est haute de 17 mètres et large de 4 mètres, pour une épaisseur minime de 13,5 cms. La spécificité de ces plaques est qu’elles ne sont pas dressées dans le sol de façon rectiligne et droite. Richard Serra les a inclinées.
Quand on entre dans la nef, on cherche l’oeuvre. Car malgré leur caractère monumental, les plaques de « Promenade » font pâle figure face à la magnificence de la nef.
Et puis on comprend. On comprend que ce qu’a voulu Richard Serra c’est que ca soit le visiteur qui fasse de ces plaques une oeuvre.
L’exposition Monumenta 2008, c’est la relation qu’entretient le visiteur avec cet acier brut, comme sorti du sol.
Cet acier brut qui défie l’espace et la gravité. Cet acier brut auprès duquel on est irrémédiablement attiré. On veut le toucher, le sentir, on veut se mesurer à un matériau qui aurait tôt fait de nous écraser sous son poids, sous sa hauteur.
En tournant autour des plaques c’est toute l’installation qui bouge, elles sont inclinées de différentes façon, de différents degrés, on est à la fois effrayés à l’idée qu’elles puissent tomber et nous aplatir et en même temps comme aimantés par cet acier dont la nudité est juste parfaite.

Je suis restée plus de 5 minutes scotchée à une de ces plaques, le corps appuyé, les mains à plat, la tête vers le haut cherchant la fin de cette étendue si brute. J’en ai eu le vertige, moi qui ne l’ai jamais. J’ai également eu l’impression que si j’appuyais trop fort, la plaque allait s’effondrer. J’ai posé mon visage sur cette matière si froide et si impressionnante et j’ai eu l’impression de faire partie de la plaque.
Impressions étranges. Mais marquantes.
Du coup quand on sort de la nef, tout nous parait si fragile, si petit. Même le pont Alexandre 3 où nous sommes allés nous balader ensuite, le pont Alexandre 3 avec ses dorures m’a paru plus petit, moins imposant.
Du coup, nous avons tout naturellement enchaîné sur le jardin des Tuileries où une autre oeuvre de Richard Serra, « Clara-Clara » (du nom de sa femme) est exposée, en écho au Grand Palais. Encore des perspectives étonnantes, encore de l’acier brut mais cette fois-ci avec une rondeur que les plaques du Grand Palais n’ont pas. Echo intéressant.

La session 2008 de Monumenta est au Grand Palais jusqu’au 15 juin, de 10h à 19h les lundis et mercredis, fermée le mardi et de 10h a 23h les jeudis, vendredi, samedis et dimanches.
Profitez-en, pour 4€ c’est une expérience à faire.