
World Music#2: Caetano Veloso
Je continue sur ma lancée musicale: quittons le Cap Vert pour le Brésil cette fois-ci.
Toujours aux éditions Demi-Lune et dans la collection Voix du Monde, je suis tombée nez à nez avec un visage au sourire contagieux et un nom aux sonorités solaires.

Ricardo Pessanha et Carla Cintia Conteiro se sont penchés sur le cas assez singulier de Caetano Veloso, ou simplement Caetano ainsi qu’il est connu au Brésil: artiste polyvalent, il a une réputation qui le précède, celle d’un personnage qui a révolutionné la culture musicale brésilienne et qui a été à l’origine d’un mouvement culturel plus global, appelé Tropicalià.
En effet, lorsque Caetano quitte Salvador de Bahia pour Rio de Janeiro dans les années 1960, c’est pour ébranler et moderniser les structures de la musique brésilienne: en intégrant rock et instruments électriques aux sonorités traditionnelles de la capoeira et de la bossa nova, Caetano n’a jamais cessé de surprendre, de choquer et de remettre en question les acquis de la musique de son pays.
Ajoutant à tout ca une âme profondément poète et musicale, Caetano est considéré comme « l’intellectuel érudit du monde musical brésilien » et n’a jamais renié son objectif premier: bousculer les idées reçues, que cela soit par ses textes, ses sons ou ses prestations scéniques.
Une phrase du critique José Wisnik résume assez bien la personnalité de Caetano: « Si une grande partie des gens, de façon consciente ou pas, vivent en fonction de ce que la vie est surveillée et réprimée, Caetano semble, lui, affirmer que rien ne peut contrôler la vie. »
Une phrase qui me parle et qui prend tout son sens lorsqu’on écoute les chansons de Caetano, retrouvant les sonorités brésiliennes entre les accords rock ou les accents reggae, devinant les instruments traditionnels derrière les instruments électriques, ressentant la samba en-dessous des accélérations funk.
Enjoy!
Un chateau en forêt – Norman Mailer
Voici donc un livre que j’aurais mis longtemps à chroniquer.
Non que je ne l’ai pas aimé, au contraire, disons seulement qu’il est de ces livres qui traitent d’un thème assez important et sujet à discussions pour mériter une réflexion amont.
Moi qui rédige habituellement mes articles comme un chat cracherait une boule de poil, c’est à dire brusquement, spontanément, sans travail préparatoire et surtout au nom d’un besoin viscéral de faire sortir tout cela, j’ai été ici confrontée à la nécessité d’une approche différente.

Un chateau en forêt est le dernier livre de Norman Mailer, monstre de la littérature américaine et lauréat du Pulitzer, qui s’est d’ailleurs éteint quelques temps après la sortie de celui-ci à la rentrée littéraire 2007.
Sous le couvert de raconter l’enfance d’Adolf Hitler, Norman Mailer nous retrace ici l’histoire d’une famille autrichienne incestueuse de la fin du 19ème siècle. Le narrateur de cette fresque sociologique et très métaphysique se présente comme Dieter, un SS en possession d’informations secrètes sur les raisons qui ont fait de Hitler ce qu’on en connaît, raisons qui sont liées à son enfance et au caractère particulier de son environnement familial.
Le caractère métaphysique du livre se révèle progressivement lorsque l’on comprend que Dieter n’est autre qu’un envoyé du Diable, descendu dans la vie du jeune « Adi » pour le former, en révéler le caractère diabolique et en faire le personnage historique que l’on connaît. Tel Boulgakov dans Le Maître et Marguerite, Norman Mailer place le Diable comme acteur omniscient dans nos vies de pauvres humains, pantins d’un duel sans fin entre les forces du Bien et celles du Mal.
En romançant l’enfance d’Hitler, Norman Mailer essaie finalement de nous faire comprendre comment des détails de la vie d’un jeune enfant peuvent finalement mener à de grandes catastrophes, les obsessions de pouvoir d’Hitler et son égo démesuré étant liées à ses expériences passées.
Sujet délicat car Norman Mailer ne nous propose-t-il pas ici des « excuses » ou du moins des explications rationnelles à la catastrophe politique, historique et humaine que l’on connaît?
A mon sens non. Car c’est cela tout l’enjeu de ce livre. Il n’est pas à prendre comme un essai mais bien comme un roman, une oeuvre se basant sur un sujet réel mais partant dans des considérations métaphysiques qu’il ne faut jamais détacher de leur vraie nature, à savoir des élans romanesques. L’enfance d’Adolf Hitler n’excuse pas ses actions, ce n’est pas le but de Norman Mailer ici et ne voir dans ce livre que cet aspect revient à se mettre des oeillères sur le chef d’oeuvre qu’est ce livre, littérairement parlant.
Le ton de Dieter est tour a tour méticuleux, allant dans des détails comparables à un Assomoir de Zola, ou ironique, empreint de dérision cynique.
Un chateau en foret est un ouvrage qui a suscité des polémiques à n’en plus finir, même après la mort de son auteur, on a même évoqué la thèse selon laquelle Norman Mailer ne ferait avec ce livre qu’un pied de nez potache à tous les historiens trop sûrs d’eux qui ont tenté un jour et continueront de tenter de mettre des explications rationnelles sur le peu d’éléments biographiques que l’on possède sur Hitler.
C’est un livre que je vous conseille mais je me répète: ne l’abordez pas comme un essai historique mais comme un roman, au risque de vouloir y voir une excuse au mal du siècle et de finalement, combattre des moulins à vent…
La fabrication d’un mensonge – Audrey Diwan
Et oui chers amis, un bon mensonge se fabrique de toute pièces.
La recette en est tout simple: prenez une situation qui vous est réellement arrivée, une situation intense en émotions dont vous pouvez encore ressentir les moindre détails, incorporez-y un élément imaginaire et laissez macérer. Peu à peu, la greffe prendra directement dans votre inconscient et la nouvelle situation créée de toutes pièces paraitra la plus sincère du monde aux autres et à vous-même. Laissez ensuite agir la déformation dûe au bouche-à-oreilles et peu après, tout le monde sera persuadé que tout cela vous est vraiment arrivé. Y compris vous.

La fabrication d’un mensonge est le premier roman d’Audrey Diwan qui, en plus d’être très jolie et d’avoir un prénom magnifique, cumule les mandats puisqu’elle est également journaliste.
En plein dans la mouvance des auteurs trentenaires qui sévit actuellement, la demoiselle nous livre ici un récit dont la forme n’atteint pas forcément des sommets stylistiques mais dont le fond est finalement bien tourné, bien troussé même.
Raphaëlle, fille des beaux quartiers, enfermé dans le carcan bourgeois où l’ont collé ses parents et son style de vie, va rencontrer son alter-égo vulgo-pauvro-mytho-débrouillarde en la personne de Lola, personnage emblématique de son quartier Barbès-Magenta.
D’amitié en admiration, d’admiration en adulation, d’adulation en perdition, on suit ces deux héroïnes qui n’en sont pas, chacune cherchant à échapper à sa vie mais l’une étant et demeurant bien plus faible, moins aguerrie peut-être, que l’autre.
Je ne ferais pas de spoiler sur la chute du roman, disons qu’elle sort un peu du lot dans lequel nous ont mises les 100 pages d’avant, le rebondissement est donc bien mené au final.
Un roman un peu chick lit mais pas trop, un roman qui se lit vite, très vite ( moins de 5 trajets de métro pour moi), un roman simple, accessible finalement et qui m’a fait me dire qu’écrire n’était pas un privilège destiné à quelques élites.
Audrey Diwan a selon moi les clefs techniques et imaginatives pour nous pondre quelque chose de très bien la prochaine fois. A suivre donc.
World Music #1: Cesaria Evora
Elargissons aujourd’hui, cher amis, le champ des possibles de mes livres adorés.
Les éditions Demi-Lune sortent cette année une nouvelle collection, « Voix du monde », série d’ouvrages biographiques dédiés aux plus grandes figures de la World Music. Plus que des portraits figés de chanteurs emblématiques, cette collection nous propose ici de replacer l’artiste dans son contexte politique, sociologique et musical.
Une jolie collection pleine d’images, de références, de notes et de liens Web. C’est aujourd’hui de Cesaria Evora (par Sandrine Teixido) dont j’ai envie de vous parler, cette grande dame qu’on ne présente plus, ce personnage si particulier, aux antipodes des canons de la beauté, cette vie de roman, ce destin de femme que l’on a comparé cent fois à Billie Holiday, cette professionnelle de la scène, capable de partir 5 ans en tournée, cette chanteuse jamais fatiguée à la discographie impressionnante (plus de 15 albums, 6 compilations et des participations sur des compilations).
La « Diva du Cap Vert » a fait connaître au monde entier ces deux courants musicaux capverdiens que sont la morna et la coladeira à travers des succès tels que « Sodade » ou « Mar Azul » et est également l’une de ces femmes qui ont marqué l’histoire de la musique, par leur histoire, leur présence et leur talent. Elle a d’ailleurs été très souvent comparée aux figures du jazz américain… « La vulgarité de l’expression a chez cette femme un autre poids. Elle est capable de vérité. Me reviennent en mémoire Billie Holiday, Bessie Smith, les racine du jazz nord-américain que cette femme ne connaît pas. Elle sait à peine que cela existe. » (Voz de Povo, Cap Vert, 1983) Musique, paroles et voix, les chansons de Césaria Evora vous emmènent forcément ailleurs, on ferme les yeux un instant et l’on n’est plus dans le métro parisien, on ne foule plus les trottoirs gris, on n’est plus englués dans une vie routinière, on a l’esprit libre, on imagine des sourires ensoleillés sur des figures ridées, on voit des murs brûlés de soleil et des ports pleins de bateaux de pêche un peu miteux. Je ne connaissais que très peu, j’ai fait un plongeon dans la vie de cette grande dame, j’ai découvert le Cap Vert et j’ai ouvert mes oreilles aux sonorités de cette musique d’origine portugaise.
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