
Mon avion, mon roman, mon amour – Emmanuelle Cosso-Merad
« Les rêves d’enfants ne meurent jamais. Ce sont les gens qui meurent. Les rêves ont de la mémoire. Si nous les oublions, eux ne nous oublient pas. Ils connaissent le chemin. Ils reviennent et détruisent nos vies, éléphants dans nos âmes de porcelaine »
Emmanuelle Cosso-Merad, auteur de nombreux scénariis et chansons, signe ici son deuxième roman. Après « J’ai longtemps été une blonde d’un mètre soixante-quinze » sorti en 2005, elle livre ici une histoire colorée, fantaisiste, qui débute légèrement et finit tragiquement.
Emma est une jeune femme dont le rêve le plus cher est de devenir peintre et qui, volontairement ou non, va choisir de prendre les routes les plus tortueuses, les plus escarpées et les plus dangereuses pour son rêve avant de reprendre ses pinceaux.

L’histoire débute donc facilement, on se sent bien dans une fiction, on s’immisce assez vite dans l’univers coloré et si émotionnellement chargé d’Emma. On suit sa vie, ses choix, tout se déroule de façon extremement fluide.
Et à un moment tout bascule, on se rend compte qu’on est pas du tout dans une très jolie histoire toute rose, on se rend compte qu’Emma souffre et ne s’en sort pas et on se rend compte qu’il est désormais impossible pour le lecteur qu’on est de sortir facilement de cette histoire.
L’apocalypse finale arrive avec la dernière partie, assimilable à l’épilogue, lorsque le « elle » d’Emma se transforme en le « je » d’Emmanuelle. L’auteur vient donc personnellement expliquer au lecteur ce qu’il vient de lire, ce à quoi il a participé et pourquoi tout ça a retentit en lui.
Car c’est une histoire qui retentit. Une histoire qui fera forcément vibrer la corde sensible de toute personne qui tente de profiter de la moindre miette du petit talent artistique dont elle a été dotée.
C’est un livre qui nous rappelle que nos rêves nous suivent et qu’il ne faut pas les enfouir sous des couches de normalité, de routine et de monotonie même si toutes ces couches nous rendent heureux à un moment-donné.
Les rêves se réveillent et n’ayant pas été nourris pendant des années, ils reprennent leur place de force, détruisant le fragile équilibre de toutes ces couches superposées.
J’ai été personnellement touchée, pour moi ce n’est pas la peinture mais l’écriture qui joue un rôle de lueur floue au loin. Parfois je la suis. Parfois je la masque avec une couche de routine et de flemme. Mais elle revient toujours.
Et ce que je viens de lire me confirme dans l’idée que ne pourrais pas masquer ou éteindre cette lueur. A moi plutôt de lui faire perdre son caractère flou, de lui faire gagner en netteté, en intensité.
« Mon avion, mon roman, mon amour » est donc un beau livre. Un livre agréable à lire déjà. Mais aussi un livre qui replace nos rêves d’enfants à la place qu’ils ne devraient pas quitter…
Le Maître et Marguerite – Mikhail Boulgakov
J’ai déjà évoqué, il y a quelques temps, mon amour de la littérature russe.
Même si je ne saurais pas définir exactement ce qui me plaît en elle, cela pourrait s’apparenter au mélange parfaitement dosé entre technique parfaite et richesse impressionnante de vocabulaire.
Il y a quelques temps, j’ai donc reçu par la Poste un chef d’oeuvre du genre à côté duquel j’étais pourtant passée.

« Le Maître et Marguerite » est le livre d’une vie.
Celle de Mikhail Boulgakov, écrivain dont les pièces et les écrits en général ont été, année après année, refusés par la censure féroce appliquée en URSS à l’art en général et à la littérature en particulier dans les années 1930.
Boulgakov, malade, réprimé, désespéré, entame la première ébauche du « Maître et Marguerite » en 1929 et en brûle la majeure partie en 1930, projetant ainsi le destin de Gogol (qui brûla lui-aussi certaines de ses oeuvres) sur le sien. Il en reprendra la rédaction en 1932 pour l’achever en 1940.
Je suis d’ailleurs persuadée que la richesse d’un tel roman est intrinsèquement liée à la propre richesse en émotions de l’existence de l’auteur.
Attention par contre, ce n’est pas un livre par lequel commencer sa découverte de la littérature russe. Sa construction diabolique nécessite qu’on se soit auparavant familiarisé avec la richesse parfois « lourde » de cette littérature car elle atteint ici son paroxysme.
Si « Le Maître et Marguerite » a souvent été présenté de façon réductrice comme un « énième livre sur le diable », il n’en est rien.
Ce roman est certes un roman fantastque qui met en scène le diable mais aussi un écrivain suicidaire, un chat géant, Jesus et Ponce Pilate et dans lequel on trouve pêle-mêle des meurtres, des crucifixions, une description merveilleuse de l’enfer, un tramway, des billets de 10 roubles qui disparaissent, un appartement damné rue Sadovaïa et un poète dans un asile psychiatrique.
Mais « Le Maître et Marguerite » est surtout une magnifique histoire d’amour, de celles qui sont écrites.
On peut certes être rebuté par la richesse des descriptions, l’accumulation de détails ou encore les mouvements de flash-back dont Boulgakov nous abreuve mais au final, « Le Maître et Marguerite » est le roman qui arriverait à me faire définir exactement pourquoi j’aime autant les univers de la littérature russe.
Satire acerbe de la société moscovite des 30′s et panorama splendide de la scène artistique de cette période, je comprend aujourd’hui pourquoi ce roman est cité comme étant un livre culte… A dévorer donc!
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